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ENTRETIEN DU FILM FRANCAIS

Lawrence Bender : Producteur de Kill Bill avec A Band Apart.

Fondateur de A Band Apart, avec Quention Tarantino en 93, Lawrence Bender a produit tous les longs métrages du réalisateur depuis Reservoir Dogs. Entretien à l’heure où Kill Bill Volume 1, le dernier opus du maître, sort sur les écrans français.

 
 

 

Êtes-vous content des résultats de Kill Bill Volume 1 aux États-Unis ?
Oui, nous avons fait une première semaine extraordinaire avec 22 M$. Ce qui est très encourageant. La troisième semaine a été plus difficile parce que nous nous sommes retrouvés en face de Scarie Movie 3. Mais au bout de seulement quatre semaines nous avons déjà cumulé 63 M$ de recettes. Ce qui signifie que Kill Bill Volume 1 a d’ores et déjà dépassé les recettes totales de Jackie Brown aux USA. Et nous attendons avec impatience la sortie de Kill Bill Volume II, fin février aux États-Unis.

Quel est le budget du film ?
Au total, Kill Bill Volume 1 et Volume 2 ont coûté 60 M$. Ce qui est très raisonnable pour deux longs métrages. Sur chaque film qu’il tourne, Quentin Tarantino fait en sorte que le budget soit en rapport avec le succès prévisible. Kill Bill est une intrigue classique de film de revanche. Donc, nous savions que nous pouvions nous attendre à une bonne réponse du public dans le monde entier.

Comment s’est passé le tournage ?
Très long – plus de 16 mois – et très complexe techniquement. Le film a été tourné dans quatre pays : les États-Unis, la Chine, le Japon et le Mexique. Sans parler de la préparation, pour laquelle il a fallu amener en Californie et pendant plusieurs mois, les entraîneurs de combats venus de Hongkong. Nous avons tourné trois mois en Chine. Cela a été la plus heureuse de nos décisions. Une fois sur place, Quentin a tenu à utiliser les meilleurs talents du pays. Il ne voulait pas faire venir une équipe 100% américaine qui aurait dicté sa loi. Résultat : nos décorateurs chinois et japonais ont fait des prodiges. Et au point de vue budget, cela nous a coûté beaucoup moins cher que si nous avions tourné aux États-Unis.

Le fait de sortir le film en deux volumes était-il prévu dès le départ ?
Un mois avant la fin du tournage, Harvey Weinstein est venu sur le plateau. Comme nous avions de très beau rushs, il dit : “Pourquoi ne pas faire deux films ?” Quentin était ravi. Comme l’histoire était structurée en épisodes très distincts, cela ne posait pas de problème. Au montage, on a tous regardé le résultat avec Harvey, qui a donné son accord. Commercialement, c’était un gros risque. Car si le premier volume n’avait pas marché, le second aurait eu encore moins de chances. Mais on a tous trouvé que le jeu en valait la chandelle.

Vous n’avez pas été inquiet pour la censure ?
J’ai assisté au tournage des bagarres les plus sanglantes et tout était fait d’une façon très comique. Ceci dit, on savait qu’on allait avoir un R [Rating aux USA, Ndlr.]. Mais même Jack Valenti, le président de la MPAA, a beaucoup aimé le film.

Vous avez fondé A Band Apart avec Quentin Tarantino, quels sont vos relations contractuelles avec Miramax ?
Miramax a produit tous les films de Quentin depuis Reservoir Dogs. C’est une relation très solide. Les premières années, nous étions liés par un “first look deal” sur nos projets. En contrepartie, Miramax prenait en charge nos frais de structure. Depuis un an, nous n’avons plus de contrat spécifique avec Miramax. Mais les deux autres films que je produis le sont pour cette société.

Cela signifie-t-il que Quentin Tarantino pourrait faire son prochain film dans un autre studio ?
Quentin peut faire un film avec tous les studios hollywoodiens s’il le veut. Mais il fera certainement son prochain film avec Harvey Weinstein. Avec le temps, une grande relation d’amitié s’est tissée entre eux. C’est pour cela que Quentin veut continuer à travailler avec Miramax.

Jackie Brown, l’avant-dernier film de Tarantino, date de 1997. Cela n’est pas trop dur d’attendre six ans entre deux films ?
Quentin a toujours un projet en cours d’écriture. Entre deux films, on se voit régulièrement. Mais, souvent, il y a d’autres projets qui viennent s’intercaler. Quentin avait déjà écrit un premier traitement de Kill Bill au moment de Pulp Fiction. Mais ensuite, il y a eu Four Rooms en 95, puis Jackie Brown en 97. Après la sortie de ce film, il est revenu dessus en disant que ce serait “my revenge movie, my Kung-Fu movie”. Il m’a donné les vingt pages du traitement pour mon anniversaire. Puis, il a commencé à écrire le scénario proprement dit en 2000. Mais vous savez, Quentin passe ses journées à regarder des films. Cela lui prend beaucoup de temps. Il a un vrai amour pour le cinéma.

Quentin Tarantino a été un des fers de lance du cinéma indépendant au début des années 90, quel regard portez-vous sur ce cinéma-là aujourd’hui aux USA ?
Le cinéma indépendant a été très important aux USA pendant toutes les années 90. On a vu émerger des talents extraordinaires. Aujourd’hui, il y a toujours un fort volume de production indépendantes, qui est financé par des capitaux privés extérieurs au monde du cinéma. Mais le concept est toujours valable. Aujourd’hui, tous les studios veulent avoir leur propre écurie de cinéastes indépendants. C’est admis, on peut avoir du succès avec ce genre de film.

Produisez-vous d’autres films indépendants avec A Band Apart ?
J’aime produire aussi bien des films de studios que des petits films indépendants. Actuellement, je travaille sur Dirty Dancing 2 qui est produit avec un budget confortable. C’est bien agréable de tourner dans ces conditions. Mais je produis aussi un film en espagnol avec un budget de 2,5 M$ : Casas de carton de Luis Mandoki, avec Alta Vista qui a déjà produit Amours chiennes. C’est une très belle expérience.

Le prochain film de Quentin Tarantino s’appellera Inglorious Bastards. Quand commencez-vous à tourner ?
Inglorious Bastards a été écrit il y a déjà quelques années. Quand il a terminé le montage de Kill Bill Volume 1, il a annoncé que ce serait son prochain film. Mais vous savez, tant que Quentin n’a pas fini de monter Kill Bill Volume 2, il ne décidera rien. Je sais que c’est son intention de faire ce film, mais il se peut très bien que d’autres projets viennent s’intercaler d’ici là.

Propos recueillis par Patrick Caradec et Sarah Drouhaud


vendredi 21 novembre 2003

“Tarantino passe ses journées à regarder des films. Il a un vrai amour du cinéma”



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