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ENTRETIEN
DU FILM FRANCAIS
Perrine
Fontaine
Directrice du département fiction de France 2
Perrine Fontaine dirige le département fiction
de France 2 depuis juin 2004. Elle a précédemment
occupé le même poste à France 3, où elle
a développé une politique à la fois ambitieuse
et créative. Elle donne aujourdhui limpulsion
à de nouveaux chantiers, parmi lesquels la création
dune fiction de day-time et des téléfilms plus
représentatifs de la mixité de la société
française actuelle.
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Quel est le budget que France 2 consacre à
la fiction cette année ?
Environ 139 millions deuros, ce qui représente
à peu près une augmentation de 8,5 millions deuros,
à nombre de cases constant. Ce budget sera évolutif
selon la grille.
Justement, vous aviez entamé une réflexion sur
des nouvelles cases de day-time ou daccess
Nous avons pris la décision den ouvrir. La réflexion
est en cours : 26 ou 52, hebdomadaire ou quotidien,
sitcom ou feuilleton ? Dès que cela sera établi de
manière définitive nous lancerons lappel doffre.
Au Mip, vous présentez Les rois maudits (cf. Événement
et Dossier)
Quel est lavenir de ce genre de production
prestigieuse, mais extrêmement coûteuse, sur la chaîne
?
Notre soirée de fiction du lundi est dévolue
aux uvres qui créent lévénement.
Parfois, ce sont des productions très ambitieuses. Notre
politique est de développer des uvres originales et
pas, comme dautres chaînes, un nombre important de séries
parmi lesquelles sont éparpillées quelques fictions
événementielles.
Même si cela prend une grosse place dans votre budget
global ?
Le budget de ce genre de projet est important, mais nous ne
diminuons pas pour autant le nombre de fictions initiées
par la chaîne : 183 heures en 2004 et nous nous dirigeons
vers un volume analogue pour 2005. Ces fictions de prestige coûtent
de plus en plus cher, mais nous voulons continuer de les tourner
en France. Nous savons notamment que le crédit dimpôt
et les aides régionales vont permettre de trouver certaines
solutions. Il y a aussi les coproductions internationales, dont
nous connaissons les limites et les contraintes. Nous devons tous,
scénaristes, réalisateurs, producteurs, travailler
ensemble là-dessus, en étant le plus inventif possible.
Cela signifie notamment de choisir des comédiens qui ne demandent
pas des cachets invraisemblables.
Vous êtes en train de mettre au point les fameuses séries
de 52. Quand feront-elles leur apparition dans la grille ?
Tout à fait. Premier bon exemple, Clara Sheller (6x52),
série destinée à la case du mercredi, et qui
sera programmée avant la rentrée scolaire. En 2005,
nous tournons trois autres séries différentes de 52,
soit 18 épisodes, et il y en a plusieurs autres en écriture.
Il faut donc un certain temps pour que les choses sinstallent
Dans une perspective à plus long terme, je pense que nous
serons sur deux modes de création : la série ou le
feuilleton de 52 et lunitaire ou la minisérie
de 90. Nous nous préparons aussi à tourner David
Nolane, une nouvelle série de 52 sur le mode du suspense
fantastique, produite par GMT pour le vendredi soir. Elle est écrite
par Joël Houssin et cest un projet très innovant.
Certains producteurs craignent que la généralisation
du format de 52 se traduise par une diminution du nombre de
sociétés impliquées dans la production de fiction
Nous sommes conscients de leurs craintes. Cest justement
pour cela que nous avons opté, entre autres, pour des séries
de 6x52 bouclées qui permettent de respecter la diversité
éditoriale et le large spectre des sociétés
de production.
Quelle est la politique de F 2 par rapport à la fiction
inspirée de faits divers réels ou dévénements
politiques récents ?
France 2 est une chaîne qui, contrairement à dautres,
propose déjà beaucoup de documentaires et de magazines
dactualité en prime time. Je pense donc que, sur notre
chaîne, la fiction doit rester de la fiction, cest-à-dire
raconter des histoires et privilégier limaginaire des
créateurs. Cela ne veut pas dire quil ne faille pas
réfléchir à la manière de renouveler
le genre en lui-même. Mais, si on se cantonne dans la fiction
du réel, on va limiter le champ de ce que lon peut
aborder. À mes yeux, cest une dérive de croire
que dès quune fiction ne part pas dune histoire
vraie, elle nest pas innovante. Il y a cinquante façons
de raconter des histoires et on peut innover autrement.
Comment, alors, avez-vous décidé daborder
le réel et dinnover ?
Notre souci est de témoigner au sens large du temps
passé, présent et, pourquoi pas, dun futur plus
ou moins éloigné. Raconter des biographies de gens
admirables comme celle de de Gaulle, écrite et réalisée
par Bernard Stora, avec une vraie écriture originale
Il y aura également Jaurès, Sartre et même Dalida
ou Joséphine Baker. Nous développons aussi quelques
fictions anticipatoires. On ne sinterdira pas non plus certains
des thèmes qui font débat comme récemment avec
Un amour à taire et prochainement Leïla, fille de harki,
tiré dun récit réel, qui sera produit
par Image et Compagnie.
Est-il plus difficile pour France 2 que pour dautres chaînes
dinitier des fictions politiques ? Aura-t-on plus de réticence
à faire une fiction sur Jacques Chirac sur France 2 que sur
TF1 ?
Non. Mais la première question est de savoir si la vie de
Jacques Chirac relève bien de la fiction
Il faut quun
téléfilm puisse apporter un angle particulier, quelque
chose dautre que le documentaire ou le magazine. Je ne suis
dailleurs pas sûre que les téléspectateurs
meurent denvie de regarder une fiction sur ce genre de thème.
De plus, il y a un droit à limage assez protecteur
de la personne en France, on ne peut pas tout dire ni tout raconter,
ce qui est pour le mieux à mon avis.
Quel sont vos projets de fiction avec Alain Delon ?
Nous préparons un unitaire de 90 produit par PM,
dans lequel il jouera un rôle très inhabituel. Il sagit
dune comédie écrite par Alexandre Jardin.
À France 3, vous aviez lancé des fictions qui reflétaient
laspect multiculturel de la société française.
Quen est-il à France 2 ?
Mieux représenter la société française
dans sa mixité à travers la fiction est quelque chose
qui me tient à cur. Nous avons donc amorcé un
vrai travail sur la représentation des minorités,
à tous les échelons. Dune part à travers
les thèmes abordés, quils soient contemporains
ou historiques, dautre part en ouvrant plus le casting des
téléfilms à des comédiens de toutes
les origines. Nous avons plusieurs projets qui vont déjà
dans ce sens : dans les sujets contemporains, il y a Aïcha
de Yamina Benguigui ou Malika de Rachida Krim, produit par Elzevir,
avec Fejria Deliba et Charles Berling. Dans les sujets historiques
cest une fiction sur Toussaint Louverture, produite par la
société de Thomas Langmann. Nous réfléchissons
aussi à un projet sur Abdel Kader. Comme exemple de casting
plus représentatif de la mixité, nous avons un pilote
de série éventuelle qui sappelle Prof de cuisine,
produit par Grand Large, avec Smaïn dans le rôle principal.
Propos recueillis par Catherine Wright
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