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ENTRETIEN DU FILM FRANCAIS

Claude-Eric Poiroux, missionnaire du cinéma européen

2002 restera une année historique pour les éditeurs vidéo : celle où le marché aura basculé en faveur du DVD, devenu déjà un produit de masse. Pour Yves Caillaud, président du Syndicat de l’édition vidéo et Pdg de Warner Home Vidéo France, il est l’heure de faire le bilan d’une stratégie qui a porté ses fruits, avec des succès imparables comme Harry Potter, Ocean’s Eleven ou encore Le boulet.

 
 

Claude-Eric Poiroux

Européen convaincu. Telle pourrait être la meilleure façon de décrire en quelques mots Claude-Eric Poiroux. Exploitant des 400 Coups à Angers, directeur général d’Europa Cinemas et délégué général de Premiers Plans, il a également été distributeur, producteur et même professeur d’histoire du cinéma. Autant de casquettes pour celui qui ne sort jamais sans un chapeau. Installé dans son bureau parisien, près du Centre Beaubourg, il se décrit comme volontariste et pragmatique. Deux adjectifs qui conviennent à une personnalité volubile qui n’a de cesse de défendre le cinéma européen.

“L’Europe n’est pas impérialiste, elle intègre l’image de la réciprocité” explique-t-il pour justifier le succès d’Europa Cinemas. Créée en 1992 avec plusieurs exploitants européens, cette association est devenue, au fil du temps, une véritable institution qui vise à favoriser et faciliter la circulation des films européens dans les salles européennes. “Europa Cinemas concrétise une certaine idée de l’Europe, celle de la diversité culturelle” estime-t-il. Une diversité qu’il défend également à travers le festival Premiers Plans d’Angers. Cette manifestation, qui a vu le jour en 1989, s’est affirmée au fil des ans comme un rendez-vous incontournable du jeune cinéma européen. Longs ou courts métrages, films d’école et rétrospectives permettent à chaque édition de dresser un état des lieux significatif, à défaut d’être exhaustif, de la production européenne. La première année, le jury est présidé par Théo Angelopoulos. “J'avais rameuté tous mes amis pour constituer le jury” se souvient-il. Les premiers films primés sont Peaux de vache de Patricia Mazuy et La petite Véra de Vassili Pitchoul. Le festival a, depuis, contribué à révéler de nombreux auteurs comme Arnaud Despléchin, Nick Park, François Ozon ou Aktan Abdykalytof. “La création de Premiers Plans était également motivée par mon envie permanente de découvrir des auteurs” note-t-il. Cette soif de découverte, il l’avait déjà mise à profit pour créer Forum Distribution en 1981. Alors exploitant, il ne voulait plus dépendre de l’offre des distributeurs, mais créer la sienne.

La société a démarré son activité avec Le mépris de Jean-Luc Godard. “Cette sortie était comme un manifeste, explique-t-il. Je ne souhaitais pas particulièrement faire de la réédition, mais Le mépris correspondait parfaitement à ma ligne éditoriale.” Une ligne éditoriale faisant la part belle aux auteurs européens. Forum Distribution a en effet permis de découvrir des auteurs comme Jean-Pierre Limosin (Faux-fuyants), Léos Carax (Boy Meets Girl) ou Lars Von Trier (Element of Crime), et a également révélé d’autres cinéastes non moins importants comme Hector Babenco (Pixote) ou Jim Jarmusch (Stranger Than Paradise qui a obtenu la Caméra d’or à Cannes en 1986). Et toujours fidèle à sa volonté de faire découvrir des films inattendus, Claude-Eric Poiroux se risquera même à importer en France un phénomène américain : Les tortues ninjas. S’il est alors bien loin du cinéma d’auteur européen qu’il défend, il n’est pas peu fier de cette incartade. “J’avais trouvé le scénario très drôle, se rappelle-t-il. J’ai donc investi 200 000 $ dans le projet. J’ai visionné le film terminé à l’AFM à Los Angeles en février 90. Un mois plus tard, il était numéro 1 du box-office aux Etats-Unis. Je l’ai sorti en décembre 90 et ça a marché.” Les tortues ninjas ont effectivement réalisé plus d’un million d’entrées. “Ce film a tout de même trouvé sa place dans mon planning de sorties entre deux succès d’auteurs Et la lumière fut d’Otar Iosseliani et Le décalogue de Krzysztof Kieslowski” tient-il à préciser, non sans amusement.


Vendredi 22 novembre 2002

"Europa Cinemas concrétise une certaine idée de l’Europe qui n’est pas impérialiste, celle de la diversité culturelle. "


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