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ÉVENEMENT
Rapport Kriegel, le cinéma au banc des accusés
Le rapport sur la violence à la télévision
prône notamment une réorganisation de la commission
de classification des films. Un texte qui est loin de faire lunanimité
dans la profession du cinéma.
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Le rapport préconise de ne diffuser
aucun film interdit aux moins de 12 ans dans les plages daudience
générale. Un film comme Léon ne pourrait
ainsi plus être diffusé en prime-time.
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Résoudre le problème
de la violence à la télévision était
devenu à juste titre un sujet essentiel pour
le nouveau ministre de la Culture et de la Communication. Pourtant,
la teneur du rapport remis jeudi dernier par la philosophe Blandine
Kriegel a étonné plus dun observateur par ses
propos à lencontre du cinéma. À linverse,
la réponse de Blandine Kriegel à la présence
de films pornographiques à la télévision paraît
presque anodine. La philosophe se borne en effet à proposer
la mise en place dun système de double cryptage ou
de paiement à la séance pour les programmes pornographiques.
Des propositions qui sont dores et déjà effectives,
notamment depuis lundi sur CanalSatellite. Autre proposition du
rapport : la généralisation de linterdiction
des programmes violents regardés par les enfants entre 7
h et 22 h 30 sur le petit écran. Cela devra passer également
par la fin des exceptions pour la diffusion de films interdits aux
moins de 12 ans ou porteurs dun avertissement dans les plages
daudience générales (jusquà aujourdhui,
la diffusion de quatre films par an est permise). Si cette mesure
était appliquée, des films comme La reine Margot de
Patrice Chéreau ou Il faut sauver le soldat Ryan de Steven
Spielberg ne pourraient plus être diffusés en prime
time sur les chaînes
Plus largement, Blandine Kriegel veut renforcer le système
français de classification des uvres qui devra sétendre
progressivement à tous les écrans (fiction,
DVD, internet, jeux vidéo). Selon le rapport qui dénonce
un certain laxisme français, il sagit détablir
des normes de classification proches de la moyenne européenne,
prône Blandine Kriegel. Cependant, cette notion paraît
bien floue. Selon nos informations, la France se place dans la moyenne
européenne en terme de classification des films, un domaine
où les différences sont surtout culturelles ou de
sensibilité locale sur un sujet précis (violence en
Belgique, religion en Italie). La France apparaît un rien
moins laxiste que son voisin espagnol (où aucune interdiction
nexiste, hormis pour les films pornographiques). À
linverse, la Grande-Bretagne, réputée jusque-là
avec la Suède comme un des pays les plus répressifs
dEurope a fait preuve lété dernier dun
peu plus de souplesse avec la création dun nouveau
certificat, le 12A, autorisant les mineurs de moins de 12 ans à
voir un film accompagné dun adulte.
Le cinéma, vecteur important de la violence dans la société
contemporaine, voilà ce que tente donc davancer le
rapport Kriegel. Mais il le fait parfois dans des termes surréalistes
ou imprécis (à noter quaucun représentant
du cinéma français ne faisait partie de la commission
Kriegel). Ainsi, pour évoquer Limaginaire terroriste
et la violence urbaine tels quils sont dépeints
dans les films, le rapport cite Mars Attacks de Tim Burton, Independance
Day de Roland Emmerich, Armageddon de Michael Bay, Deep Impact de
Mimi Leder ou Couvre-feu dEdouard Zwick : à lexception
de ce dernier, tous les films cités ne mettent pas de terroriste
en scène mais
des extraterrestres ou des météorites.
Autre exemple : le rapport évoque la violence verbale et
gratuite de La haine de Mathieu Kassovitz, en lopposant à
celles des films de Clint Eastwood où des tueurs se
demandent comment ne plus lêtre (voir Impitoyable).
Dabord surpris, le milieu du cinéma a évidemment
mal accueilli le rapport. Beaucoup sinterrogent dabord
sur le sérieux du travail de la commission Kriegel. Et expliquent
la place importante consacrée au cinéma par le fait
que la commission sest révélée incapable
de traiter lobjet même du rapport. Elle sest alors
reportée sur le cinéma, qui ne représente que
5% du temps dantenne des chaînes, le seul secteur où
existe un système de régulation a priori. LARP,
la SACD (toutes deux ont été entendues par la Commission
Kriegel) et la SRF doivent se réunir début décembre
pour préparer une réponse commune. Mais déjà
la SRF a fait savoir quelle sopposerait fermement
à toute réforme de la commission de classification
des uvres quelle considérerait comme une tentative
abusive, autoritaire et indigne de contrôler la création
cinématographique.
Quant à la proposition principale de création dune
commission commune de classification chargée du cinéma
et autres média, elle soulève plusieurs problèmes.
Sur la forme, cela signifierait une réforme logistique énorme
au point que certains sinterrogent sur le caractère
réaliste de la proposition. Quoi quil en soit, il semble
peu probable dans cette hypothèse que cette commission puisse
rester dans le giron du CNC. Lidée serait de créer
une autorité administrative indépendante. Selon certains
observateurs, lactuel président de la commission de
classification, Francis Delon, se verrait bien diriger cette nouvelle
entité même si ce dernier ne fait aujourdhui
aucun commentaire. Sur le fond, le mélange de tous les médias
pose bien sûr problème. Car si le cinéma relève
du domaine de la culture, ce nest pas le cas de tous les autres
médias. Par ailleurs, lidée dintroduire
des représentants des diffuseurs à la Commission de
classification, actuellement composée de 25 personnes dont
8 professionnels du cinéma, est fraîchement accueillie
car elle pousserait au renforcement du pouvoir des diffuseurs.
Du côté des politiques, il ny a que Christine
Boutin, la députée extrémiste de lUMP,
pour avoir considéré que les mesures proposées
par la philosophe Blandine Kriegel pour lutter contre la violence
à la télévision ne constituaient quune
solution de repli. En effet, même si Jean-Jacques Aillagon
lors de la remise du rapport a dit se reconnaître philosophiquement
et politiquement dans le texte, il a précisé
que les conclusions du rapport appelaient à un examen et
une concertation avec les professionnels du secteur, semblant vouloir
se garder une certaine marge de manuvre. La commission a donné
un an aux différents acteurs du dossier pour lapplication
de ces mesures, faute de quoi elle demanderait à ce que des
mesures plus drastiques soient prises
Drastiques ou
encore plus violentes ?
Fabrice Leclerc, Sarah Drouhaud et Anthony Bobeau
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