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DÉJEUNERS DU FILM FRANCAIS

Ce mois-ci, Le film français a invité au Flora Danica les réalisateurs Anne Fontaine pour Nathalie… et Jean-Marc Moutout pour Violence des échanges en milieu tempéré, ainsi que les comédiens Sarah Grappin à l’affiche de Je t’aime, je t’adore et Jalil Lespert pour Les amateurs.

Emmanuel Carrère

Auteur de plusieurs romans mais aussi de scénarios, vous réalisez aujourd’hui votre premier long métrage, Retour à Kotelnitch. Quel est le point de départ de ce documentaire ?
Tout a commencé par un reportage de 52 minutes pour le magazine Envoyé spécial, en 2001, sur l’histoire de ce prisonnier hongrois retrouvé 56 ans plus tard en Russie alors que tout le monde le croyait mort. Cette expérience, inédite pour moi, a provoqué un double déclic : un premier du côté du cinéma et un deuxième du côté de la Russie qui m’était à la fois très proche, c’est le pays d’origine de ma mère, Hélène Carrère d’Encausse, tout en étant très lointain. Alors que je m’étais tenu à l’écart de la Russie pendant 40 ans, j’avais envie de reparler russe, de retrouver cette jeune femme, Ania, rencontrée à Kotelnitch, qui m’avait intriguée, et de savoir qui étaient toutes ces personnes que nous avions connues pendant le reportage. Ce désir de cinéma ajouté à ce désir de Russie m’ont conduit à retourner à Kotelnitch et à faire un documentaire.

Aviez-vous alors une idée de ce que vous raconteriez ?
Pas du tout ! Je suis parti, un an et demi plus tard, sans sujet, sans aucune feuille de route, avec le seul projet de réaliser un travail documentaire classique mêlé à une approche intime de ce qu’était la Russie pour moi. En fait, je disposais d’un point de départ, l’histoire de ce prisonnier, et d’un point d’arrivée, l’histoire de mon grand-père maternel qui, lui aussi, avait disparu en septembre 1944. De retour à Paris, j’ai commencé à visionner avec Camille Cotte, la monteuse, la centaine d’heures tournées, C’est à ce moment-là que nous avons appris qu’Ania et son enfant de huit mois avaient été assassinés par un fou. Cette nouvelle a agi comme une déflagration.

Pourquoi ?
Cette jeune femme était l’une des personnes dont nous nous étions les plus proches. Nous avons alors décidé de retourner à Kotelnitch pour le quarantième jour du deuil, qui est dans la tradition orthodoxe le jour où l’âme monte au ciel. Là encore, je ne savais pas si on filmerait et puis Philippe Lasnier a sorti sa caméra. Ce séjour est devenu la colonne vertébrale du film. Cette semaine d’une force émotionnelle et d’une folie totale est l’expérience la plus intense de ma vie.

Pourquoi les proches d’Ania, sa mère, son compagnon…, ont-ils accepté votre caméra dans des moments intimes de grande douleur et d’ivresse, souvent ?
Parce que nous n’étions plus du tout dans une posture d’observateurs. C’est parce que nous avons vécu ce deuil ensemble que nous avons acquis le droit de le raconter. Dans le cas contraire, nous n’aurions jamais filmé. Quand nous sommes rentrés, la forme du film est alors venu très naturellement. Il était clair que nous raconterions cette semaine-là en incluant des retours en arrière.

Souhaitez-vous revenir à la réalisation ?
Oui mais en tournant un film de fiction cette fois. Alors que j’étais très content de trouver cette voie oblique – commencer par un long métrage de fiction, avec un scénario, des comédiens, m’aurait terrifié. Retour à Kotelnitch m’a donné envie d’une expérience qui, à l’inverse, serait préméditée.

En avez-vous trouvé le sujet ?
Oui, le scénario est même écrit. Il s’agit de l’adaptation d’un de mes romans, La moustache, que je cosigne avec le scénariste Jérôme Beaujour et qui sera produit par Anne-Dominique Toussaint. Le livre a d’ailleurs fait l’objet de plusieurs tentatives d’adaptation aux États-Unis qui n’ont jamais abouti. Il raconte l’histoire d’un homme qui a toujours porté la moustache et qui décide un jour de se la raser sans que personne ne s’en aperçoive… Sa vie va alors plonger dans le chaos. C’est Vincent Lindon qui jouera le personnage principal. J’ai pensé à lui dès le départ. Il a donc été associé au projet du film très tôt.

Propos recueillis par Emmanuelle Miquet

 

Vendredi 23 avril 2004
   Emmanuel Carrère
   Jacques Perrin
   J.-P. Darroussin
   Clovis Cornillac

 

 

 

 


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