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ENQUÊTE

La bonne éducation

De La Cinquième, chaîne du savoir, de la formation et de l’emploi créée en 1994 jusqu’à la France 5 actuelle, mêlant habilement magazines, animation et documentaires, c’est un véritable laboratoire télévisuel qui célèbre actuellement son dixième anniversaire. Une télévision différente car non soumise aux lois de l’audience même si elle est aujourd’hui devenue la nouvelle petite chaîne qui monte.

 
L’audience de France 5
- 1995 3,5
- 1996 3,8
- 1997 4,3
- 1998 4,5
- 1999 4,6
- 2000 4,1
- 2001 4,1
- 2002 5,1
- 2003 6,4
- 2004 6,7*
*De janvier à novembre 2004.
Source : Médiamétrie (pda mensuelles)
Chaîne éducative ? Chaîne du savoir ? Chaîne de la découverte ? Difficile de définir ce qu’est vraiment France 5. En dix ans en effet, ce canal pas toujours forcément bien identifié dans l’esprit des téléspectateurs a pourtant réussi à se faire une place au soleil dans le paysage audiovisuel français. Depuis 1994, elle a en effet presque doublé son audience, une performance que doivent lui envier ses grandes sœurs. Après avoir affiché ces trois dernières années une incroyable santé, passant de 5 à 7% de part d’audience, France 5 a battu un nouveau record en novembre dernier, atteignant 7,5% de Pda. Elle affiche ainsi sur les 12 derniers mois une progression insolente d’un point d’audience (quand TF1 doit, elle, se contenter d’un gain de 0,3 point) et réalise désormais en journée le double d’audience d’Arte qui bénéficie pourtant de l’exposition autrement avantageuse d’une diffusion en soirée. Réussir sans perdre son âme plutôt que surfer sur les modes : c’est le tour de force qu’a réalisé Jean-Pierre Cottet, directeur général de la chaîne entre 2000 et 2004. Il a fait de France 5 le laboratoire d’une télévision différente, une autre façon de distraire et d’informer avec des magazines devenus emblématiques comme Arrêt sur images, Riposte ou Les maternelles mais aussi des documentaires (dont une Histoire du chômage en France, modèle du genre) ou des formats nouveaux (Les Martin). Décomplexée, France 5 veut faire savoir à qui veut l’entendre que l’audience et la qualité peuvent aller de pair.

C’est dans le cadre baroque d’une soirée sous la Pyramide du Louvre à Paris qu’est lancée la Cinquième, le 13 décembre 1994. Jean-Marie Cavada a reçu pour mandat de “prendre toutes les dispositions nécessaires au démarrage de l’activité d’une chaîne du savoir, de la formation et de l’emploi”. Après les dérives de la défunte Cinq de Berlusconi et de Lagardère, l’heure est (enfin) au mieux disant culturel. Une mission qui, cependant, n’évite pas toujours le rébarbatif. La Cinquième de l’époque est ainsi une accumulation de formats courts (jamais plus de 13 minutes), censés rapprocher la télévision et l’école. Sortiront de cette première mouture des rendez-vous intéressants comme Les écrans du savoir ou L’école buissonnière avec Gérard Klein. Mais, cette grille en forme de puzzle fait que le commun des téléspectateurs a vite fini de se perdre. Le fond est là, mais la recette n’est pas encore totalement au point malgré quelques créations d’émission qui vont perdurer : le magazine de décryptage de la télévision, Arrêt sur images ou encore Le journal de la santé avec Michel Cymès.

Avril 1997 : La Cinquième progresse peu à peu (de 3,5 à 4,3% de part d’audience sur les trois premières années) mais son image demeure brouillée. En mars 1997, le gouvernement impose la fusion avec Arte dont elle partage le même canal. Cette cohabitation hertzienne ne se fait pas sans heurts et le mariage est donc de raison à défaut d’être passionné. Jérôme Clément, président d’Arte, devient PDG de La Cinquième. Sous sa houlette, peu d’émissions passeront le cap (hormis Ripostes, magazine dominical de Serge Moati, l’un des grands succès d’audience actuel de France 5) mais La Cinquième peut enfin respirer. Dès la fin 1997 en effet, les programmes de la chaîne sont en effet diffusés sur TPS et CanalSatellite (avant d’être repris sur le câble) jusqu’à minuit. L’émancipation commence.

Trois ans après son adossement à Arte, la loi sur l’audiovisuel d’août 2000 abandonne cette fusion pour faire entrer La Cinquième dans le giron du groupe Francetélévisions. Marc Tessier appelle alors Jean-Pierre Cottet, talentueux trublion du PAF. Moins d’un an plus tard, le directeur général et Jean Mino, son directeur des programmes, ont changé 80% de la grille. Exit les fictions, oubliées les quelques percées dans la diffusion de longs métrages : la grille devient plus lisible et se focalise entièrement sur deux pivots : les magazines et le documentaire. Dans ce dernier domaine, la chaîne fait un effort important, faisant passer le volume horaire des docs de 1 154 heures en 1995 à 3 925 heures en 2003, soit une progression de 340%. Pour ce qui est des magazines, La Cinquième, devenue France 5 fin 2001, tire tous azimuts. “La liberté de la chaîne vient paradoxalement de son cahier des charges, expliquait à l’époque Jean-Pierre Cottet dans nos colonnes. C’est un cahier des charges qui demande à la chaîne de remplir un rôle social mais qui n’apporte pas, heureusement, d’indications de mise en œuvre. C’est donc une invitation à l’intelligence et à la créativité…” Plusieurs grands succès à venir de la chaîne sont lancés à la rentrée de septembre, dont Les maternelles avec Maïténa Biraben et C’ dans l’air avec Yves Calvi. D’autres coups d’essai resteront dans les mémoires comme Le goût du noir (une émission tournée à l’aveugle) mais aussi Ubik et L’ultime razzia, magazines culturels novateurs et décalés.

Fin 2003, l’ère Cottet prend fin à France 5 (le directeur général est en partance vers le groupe Lagardère). Le Dg délégué Daniel Goudineau prend les rênes de la chaîne avec à ses côtés Geneviève Giard et Alexandre Michelin aux programmes. À eux de faire prospérer le capital acquis. C’est ce trio qui aura finalement la charge, grâce à la télévision numérique terrestre, d’imaginer France 5 en diffusion 24h/24 dès mars 2005 puisqu’elle bénéficiera d’un canal plein dans l’offre gratuite. D’ores et déjà, France 5 mise sur C.U.L.T., magazine interactif des cultures urbaines présenté par Ray Cookes et Chakib Lahssaini, qui passe au crible l’actualité culturelle des 15-25 ans. La chaîne proposera également dès Noël dans la case “avant-goût”, le mardi soir des tests de nouveaux concepts d’émissions. Une quinzaine de projets seraient également dans les cartons. Avec l’avènement du prime-time, France 5 s’apprête à faire sa révolution en gommant ce que beaucoup dans les couloirs de la chaîne considéraient depuis trop longtemps comme une “infirmité”. Le futur proche dira donc si France 5 peut avoir tout d’une grande…

Dossier réalisé par Fabrice Leclerc

Vendredi 24 décembre 2004

 


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