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ENTRETIEN
DU FILM FRANCAIS
"La
concertation sur louverture du soutien financier est lancée"
Lex porte-parole de Jacques Chirac est restée
discrète depuis sa nomination au Centre national de la cinématographie.
Deux semaines après le jugement annulant lagrément
dUn long dimanche de fiançailles, Catherine Colonna
a choisi de prendre la parole sur le dossier qui agite la profession
depuis un an et demi : laccès au soutien des sociétés
extra-européennes.
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Catherine
Colonna Dg du CNC |
Le CNC va-t-il faire appel du jugement sur Un
long dimanche de fiançailles annulant lagrément
du CNC, délivré le 23 octobre 2003 ?
Tout dabord, le CNC vient, comme il lavait annoncé,
de faire appel effectivement du jugement annulant la décision
dagrément de Lex-femme de ma vie, le film de
Josiane Balasko, produit par ICE 3 et Josy films. Dans notre mémoire
en appel, nous demandons le sursis à exécution (afin
de suspendre lapplication du jugement en attendant la décision
dappel, ndlr). Pour Un long dimanche, la question reste ouverte.
Il y aurait une logique à faire appel. Mais le délai
dappel étant de deux mois, nous procédons à
lexamen très attentif du jugement et de ses conséquences,
tant juridiques que pratiques.
Quelles sont-elles justement ?
Elles sont lourdes. Non seulement les films nont plus
accès au compte de soutien à la production mais ils
perdent également le soutien automatique distributeurs. Le
film de Jean-Pierre Jeunet perd aussi sa qualification duvre
européenne. Celle-ci a des implications pour les chaînes
partenaires, tant pour leurs obligations de production que de diffusion.
Les partenaires financiers des films pourraient aussi en tirer les
conséquences, même si ce nest, heureusement,
pas le cas aujourdhui. Un long dimanche perd en plus laide
aux nouvelles technologies, tandis que Lex-femme de ma vie
nest plus éligible au crédit dimpôt,
dispositif réservé aux films agréés.
Le ministre de la Culture et de la Communication vous a demandé
douvrir sans délai une concertation avec les professionnels
du cinéma pour mieux définir les règles
du soutien. Attendez-vous le début de la concertation pour
faire ou non appel ?
Il faut distinguer les deux aspects de ce dossier : le cas
des deux films et le problème plus général
de ladaptation de notre réglementation par rapport
à ses objectifs. Ces annulations ont suscité de vifs
débats, entre les auteurs du recours et ceux qui sétonnent
que ces films pourraient ne plus être considérés
comme des uvres françaises. Elles posent
la question de fond de savoir quel est lobjectif politique,
au sens noble du terme, du système de soutien français.
Linstrument financier doit être au service de lobjectif
politique. De nombreux observateurs ont souligné ce paradoxe
français : un système qui permettrait sans difficulté
de soutenir un film tourné en anglais, au Maroc, par des
Américains et pas un film en français tourné
entièrement en France par des Français aurait un sérieux
problème de cohérence. Au mieux, je dirais que cest
paradoxal, mais on pourrait être plus sévère
Comment abordez-vous cette concertation ?
La feuille de route du CNC est clairement tracée par
le ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu
de Vabres. Nous devons assurer le soutien à la création
ainsi que lattractivité de notre territoire,
avoir une réglementation qui serve lemploi et qui permette
aussi des financements étrangers pour le cinéma français.
La concertation est lancée, le CNC réunira les professionnels
le 15 décembre.
La ou les procédures en cours ne vont-elles pas parasiter
les débats ?
Je ne le crois pas. Les procédures suivent leurs cours.
Par ailleurs, vérifier la pertinence de notre réglementation
par rapport à ses objectifs fondamentaux est une exigence
permanente. Le système a atteint une très grande complexité,
peut-être au détriment dune certaine cohérence,
et il existe de facto une insécurité juridique quil
faut corriger.
Sur quelles bases les règles du soutien peuvent-elles
évoluer ?
Comme je lai dit, il est nécessaire de toujours
réfléchir à ladéquation de la
réglementation avec ses objectifs. Jappelle chacun
à aborder cette concertation sans passion et avec autant
de mesure que possible. Pour ma part, cest cet esprit qui
manime. Ensuite, rappelons que, jusquen 1992, les investissements
étrangers avaient accès au soutien. Nombre de nos
grands cinéastes, François Truffaut ou Louis Malle
notamment, ont été aidés par des capitaux étrangers
et notamment américains. La restriction en 1992 a touché
la seule production, et non pas la distribution, ni lexploitation,
deux secteurs dans lesquels les capitaux étrangers pourraient
aujourdhui investir.
Mais lenvironnement économique a depuis beaucoup
évolué, le système de soutien aussi avec la
réforme de 1998, qui la ouvert notamment sur lEurope.
Effectivement. La situation de 2004 nest pas la même
quen 1992. Ce qui fonde notre politique de soutien au cinéma,
cest la diversité culturelle. La France défend
la diversité culturelle, croit en légale dignité
de toutes les cultures. Mais elle ne défend pas le protectionnisme
dans les négociations internationales, ni à lOMC
ni à lUnesco. Il ne faut pas se tromper : les enjeux
sont lourds pour notre capacité à faire accepter par
nos partenaires la diversité culturelle afin quelle
soit reconnue dans le monde. Enfin, rappelons que lagrément
est un système vertueux et une prime au succès. Le
producteur ne reçoit pas de largent mais un droit à
soutien pour un réinvestissement sur un futur film, en fonction
du succès de son uvre précédente. Ce
nest pas de largent pris aux Français pour payer
Hollywood ! Ce nest pas ainsi que le compte de soutien est
alimenté. Le ministre sest prononcé en faveur
dune ouverture, sous conditions. Lobjet de la concertation
est de les définir.
Il existe déjà des propositions, tels que la limitation
en langue française, le cantonnement général
du soutien
Sur lorientation générale, la majorité
de la profession a déjà émis le souhait de
sengager dans la direction dune ouverture à certaines
conditions. Il faut les détailler. Il est normal de privilégier
les uvres françaises et européennes et de favoriser
lemploi en France. Mais pourquoi refuser des capitaux sils
viennent servir le cinéma français ?
Sur cette affaire, tout le monde a une question en tête
: pourquoi ce débat na pas été ouvert
par le CNC avant Un long dimanche pour éviter justement de
se confronter à un risque juridique ?
Il y a eu plusieurs réunions de concertation sous légide
du CNC en 2003 et 2004, menées par mon prédécesseur.
Malheureusement, elles nont pas été conclusives.
Votre passé de diplomate vous sert-il à vos nouvelles
fonctions ? Pensez-vous quêtre novice dans le secteur
soit un handicap ou un atout ?
Lavenir le dira ! Ne pas être du métier
me permet davoir le regard neuf et lesprit libre. Lexpérience
des négociations internationales peut aussi être utile.
Je souhaite que cette expérience me serve pour que le CNC
ne perde pas de vue son objectif : défendre la diversité
culturelle et la création. Le président de la République,
ardent défenseur de la diversité culturelle, a tracé
la voie à suivre.
Propos recueillis par Sarah Drouhaud
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