| ENQUÊTE
La production cinéma en sortie
de crise ?
Le Centre national de la cinématographie
a présenté ses statistiques de lannée
2004 lors de la réunion de lObservatoire de la production
cinématographique. Plus dargent pour un peu moins de
films, mais plus de projets au-delà de 5 ME pour moins de
petits budgets, net recul des coproductions et retour des tournages
en France
Telles sont les grandes tendances de lannée avec, en
arrière plan, les effets du crédit dimpôt
cinéma.
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Le tournage, en janvier dernier, du film
de promotion des industrie techniques, produit par 24-25 Production
pour la Ficam.
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Plus dargent sur un peu moins de films, avec moins de coproductions
203 films agréés dont 167 films dinitiative française
(FIF) : lannée 2004 confirme le dynamisme de la production.
Malgré une baisse du nombre de films agréés par
rapport à 2003, année record avec un total de 212 films
dont 183 FIF, la barre des 200 films, franchie depuis maintenant quatre
ans, devient habituelle ! Toutefois, cest la production dinitiative
française qui est en légère baisse, avec 16 films
en moins. À linverse, seuls sept films de coproduction
minoritaire française ont été agréés
en plus, pour 36 films au total, soit le même niveau quen
2002. 98% des FIF ont été tournés en français,
alors quils étaient 90% ces dernières années.
Seuls quatre films ont été tournés en langue
étrangère, dont deux en anglais (Man to Man et Animal),
en 2004.
La baisse du nombre de FIF saccompagne dune hausse des
apports sur ces films de 45,37 ME (+5,4%), due à la progression
de 9,5% des investissements français, soit près de 70
ME, qui compense largement la diminution de 18,3% des apports étrangers
(-23,09 ME). Ces derniers sont à lorigine de la baisse
de linvestissement total dans les 203 films agréés.
Toutefois, les données sont faussées sur 2003 par la
présence du film Alexandre avec son budget hors catégorie
de 180 ME. Sans ce film qui a fait grimper artificiellement les chiffres,
ces investissements étrangers affichent une progression.
Le nombre de films en coproduction a, lui, fortement régressé
en 2004, après avoir atteint un niveau jamais aussi élevé
en 2003 avec 50% de lensemble de la production, contre 36% cette
année. Ce recul concerne principalement les FIF, les producteurs
ayant, eux, moins recours aux coproductions afin de bénéficier
du crédit dimpôt (cf. tableau ci-dessous). Dans
les pays coproducteurs, les principaux partenaires restent la Grande-Bretagne
(13 films), et la Belgique (10 films), malgré des investissements
minorés quasiment de moitié pour chacun des films par
rapport à 2003 (le gouvernement britannique ayant en plus donné
un coup de frein au recours au sale & lease back). Suivent lItalie
(9), lAllemagne (5) et Israël (3).
Le crédit dimpôt porte ses fruits
Le succès du crédit dimpôt était
connu depuis son entrée en vigueur début 2004. Son impact
est maintenant largement perceptible : 111 demandes dagréments
provisoires pour 163 films dinitiative française, le
bénéfice du crédit dimpôt leur étant
réservé. Outre le soutien à la production en
termes de financement, lobjectif politique de relocalisation
des tournages sur le territoires français est rempli. La mise
en place de cet instrument fiscal a clairement mis un frein au mouvement
de délocalisations des tournages et des travaux de postproduction.
Délocalisations entraînées soit par mesures déconomies
dans les pays de lEst ou au Portugal, soit pour accèder
aux instruments fiscaux de nos voisins européens en contrepartie
de dépenses locales, comme avec la Grande-Bretagne, la Belgique
ou le Luxembourg. Or, même si ce nest pas toujours le
cas, ces contreparties sont souvent incompatibles avec les critères
daccès au crédit dimpôt. Concrètement,
malgré une diminution du nombre de semaines globabes à
1 329 contre 1 445 (pour une durée moyenne de tournage stable
à 8,2 semaines), les films dinitiative française
ont été plus souvent tournés sur notre territoire
(981 semaines contre 879 en 2003), avec en contrepartie une diminution
du nombre de semaines de tournage à létranger
pour ces films (348 contre 566 en 2003). Cette progression des semaines
de tournage en France concerne les décors naturels (+15,7%),
alors que les studios ont été moins occupés avec
-22,3% de semaines de tournage. Outre les tournages, la postproduction
son a, elle aussi, connu une relocalisation significative en France.
Ainsi seulement 10 FIF, contre 32 lannée précédente,
ont effectué ces travaux à létranger, entre
Belgique et Grande-Bretagne.
Reste toutefois une inconnue, le coup global du crédit dimpôt
pour lÉtat en 2004 ? Quant à son impact sur le
coût des talents, soulevé par la récente polémique
opposant producteurs et agents, il est difficile de le mesurer à
ce stade. Pour certains observateurs, lutilisation du crédit
dimpôt tel quelle est pratiquée aurait en
tout cas tendance à favoriser la hausse artificielle du devis
des films
Augmentation des devis moyens et élevés
La hausse des investissements sur les films dinitiative française
conjuguée à la baisse globale du nombre de FIF conduit
logiquement à une augmentation du devis moyen : il atteint
5,34 ME (+15,3%), soit le montant le plus important sur ces dix dernières
années, mais aussi le montant exact du seuil de la clause
de diversité ! Le devis médian progresse de manière
bien plus forte encore, de 50,8% pour atteindre 3,92 ME. Ce dernier
chiffre sexplique par un recentrage de la production sur les
devis moyens et les gros budgets. Dune manière générale,
il ressort de ces statistiques que la production dinitiative
française est mieux financée, avec un devis moyen en
hausse et de moins en moins de tout petits budgets. En effet, ces
derniers, qui sétaient multipliés depuis lannée
2001, ont diminué de moitié ! Parmi ces 20 films, la
moitié sont des documentaires. Seulement 10 films de fiction
ont donc présenté un devis inférieur à
1 ME. Comment expliquer cette baisse ? Effet de la réforme
du régime des intermittents ? Crainte des sanctions financières
en cas de non respect des règles sociales, respect en termes
de salaires difficilement compatible avec des budgets inférieurs
à 1 ME pour des films de fiction ? Plus généralement,
la part occupée par les films de 4 ME se réduit (cf.
tableau ci-dessous). À linverse, les films affichant
un devis compris entre 5 et 15 ME nont jamais été
aussi nombreux. La part des investissements qui leur sont consacrés
augmente très fortement : ils captent 48,5% des apports contre
34,2% en 2003. Plus précisément, la tranche supérieure,
entre 5 et 7 ME, progresse sensiblement (+13 films), inversant la
tendance de 2003 (-11 films). Tous les films ont en commun un devis
égal ou inférieur à la fameuse clause de diversité
de Canal+, fixée à 5,34 ME (la chaîne avait jusquen
2004 inclus lobligation dinvestir 45% de son obligation
dans des films au budget supérieur ou égal à
5,34 ME), et 30 dentre-eux ont justement été préachetés
par la chaîne. Cet effet de seuil devrait se déplacer
en 2005 avec lapplication de la nouvelle clause de diversité
issue de laccord ratifié par la chaîne avec les
professionnels français en mai 2004. Ensuite, les films au
devis entre 7 et 10 ME sont un peu moins nombreux, mais ceux entre
10 et 15 ME doublent ! Les films de plus de 15 ME, en légère
baisse, se maintiennent à un niveau constant depuis quatre
ans. Après Deux frères en 2003, cest Arthur, le
film danimation réalisé par Luc Besson qui atteint
le sommet avec 65,2 M€.
Les préachats des télévisions payantes en hausse
Nous ne revenons pas ici sur le bilan des investissements des diffuseurs
hertziens en clair (cf. FF n°3082). Du côté des télévisions
payantes, tous les curseurs sont à la hausse !
Le premier investisseur parmi les diffuseurs, Canal+, retrouve son
niveau de 2001 : 122 films, dont 112 dinitiative française
ont été préachetés par elle. Le montant
des préachats progresse, lui aussi, dans lensemble de
4,7%, mais de 2,7% pour les FIF. Au total, Canal+ a engagé
135 ME en préachat de films agréés en 2004, dont
126,8 sur des FIF. Toutefois, cette reprise ne permet pas à
la chaîne de retrouver le niveau dengagement de 2000 (145
ME), ou 2001 (153 ME). Mais elle regagne du terrain dans la part des
FIF quelle finance : 67% de la production de FIF, contre 54%
en 2003. Son apport global couvre 16,5% de lensemble des investissements
français des films agréés en 2004, comme en 2003,
mais en constante érosion depuis plusieurs années.
La hausse des engagements de Canal+ est significative sur les coproductions
minoritaires (+ 44%) et atteint son niveau le plus élevé
depuis cinq ans. Sur les FIF, la progression des investissements ne
compense pas celle du nombre de films préachetés. Du
coup, son apport moyen saffaiblit : 1,13 ME par film, contre
1,25 ME en 2003. La fourchette des acquisitions de la chaîne
varie de 0,08 ME à 4,88 ME (contre 0,15 à 6 ME en 2003).
En 2004, les producteurs ont plus souvent eu recours à un double
préachat de Canal+ en première fenêtre de diffusion
cryptée et TPS Cinéma en deuxième fenêtre
: 25 films contre 7 en 2003. Lexplication tient certainement
à laugmentation très sensible du nombre dengagements
de son concurrent TPS Cinéma. Cest une véritable
envolée des préachats pour le bouquet détenu
par TF1 et M6 : 46 films (dont 44 FIF), contre un nombre oscillant
entre 22 et 16 films depuis 1999. Il faut dire que TPS Cinéma
et CinéCinéma sont soumis depuis lan passé
à la réglementation des chaînes premium cinéma,
avec chacun un régime différent, mais qui les conduisent
à une progression de leur obligation dinvestissement
en préachat avec une clause de diversité. Au final,
lenveloppe globale de TPS Cinéma progresse de 42,9% pour
atteindre 31,8 ME, répartie entre premières fenêtres
(21,22 ME pour 13 films), et deuxièmes fenêtres (8,94
ME pour 40 films, plusieurs films cumulant les deux fenêtres).
TPS sest engagé également pour 1,15 ME dans des
MG de paiement à la séance.
Si TPS Cinéma se concentre toujours sur les gros budgets, laugmentation
du nombre de films et des deuxièmes fenêtres conduit
à une chute de lapport moyen à 0,71 ME, contre
1,97 ME en 2003, avec un devis moyen à 7,09 M€.
À son échelle, CinéCinéma affiche aussi
des curseurs à la hausse : 48 films dont 46 dinitiative
française (contre 19 en 2002 et 40 en 2003), pour 9,41 M€
(2,78 en 2002, 7,22 en 2003). Elle acquiert le plus souvent des deuxièmes
fenêtres en complément des acquisitions de sa maison
mère Canal+. 40 FIF sur 46 ont été préachetés
pour une deuxième fenêtre. Les six premières exclusivités
représentent un montant total de 1,98 M€.
Le recul des engagements des Sofica
Lintervention des Sofica (Société de financement
de lindustrie cinématographique et de laudiovisuel)
a reculé sensiblement en 2004. Elles se sont engagées
dans six films de moins quen 2003, avec 55 films, le chiffre
le plus bas de ces six dernières années. Lenveloppe
totale engagée par les différents opérateurs
sélève à 27,67 ME, en diminution de 12
ME comparé à 2003, année record. Du coup, elles
sont intervenues en moyenne à hauteur de 0,50 ME contre 0,64
ME en 2003 et 0,58 ME en 2002. Leurs apports représentent 6,8%
des budgets des films concernés, une moyenne en baisse sur
les quatre dernières années. À noter quelles
ont soutenu deux fois moins de premiers films, avec des montants moins
élevés.
Tassement de la mobilisation du soutien automatique 151 sociétés
de production ont investi 53,68 ME de soutien automatique, qui correspond
en fait à 70,06 ME avec les majorations. 1% de cette somme
a servi à régler les créances privilégiées
(salaires, charges sociales, crédits professionnels). La plus
large part est consacrée à la production en amont (53,06
ME) avec un léger recul de 2 ME après une progression
continue depuis plusieurs années.
Comme chaque année, plus de la moitié du soutien automatique
est trustée par une poignée de sociétés
: 61% du soutien a été mobilisé par EuropaCorp,
TF1 Films Production, Gaumont, UGC Images, France 2 Cinéma,
Pathé Renn Productions, ARP, Vertigo, StudioCanal et M6 Films.
Suivent 33 sociétés qui ont investi 36% du soutien,
dont France 3 Cinéma, Téléma, Ce Qui Me Meut,
Les Films Christian Fechner, Les Films Alain Sarde, Fechner Productions,
Nord-Ouest, Rhône-Alpes, MK2. Le solde de 3% du soutien mobilisé
est, lui, réparti entre 108 sociétés.
En dehors des filiales de diffuseurs, les producteurs les plus actifs
sont en partie ceux qui généreront le plus de soutien
à réinvestir dans leur production suivante. Plus de
133 sociétés sont à lorigine des 167 films
agréés en 2004. Se côtoient dans les sociétés
les plus dynamiques des modèles de productions opposés
: on retrouve dans les premières places deux structures orientées
vers le cinéma dauteur et deux structures axées
sur les grosses productions grand public. Habitué du haut de
ce classement, le producteur le plus dynamique en nombre de films
est Paulo Branco, Gémini Films, avec sept films agréés
aux petits budgets den moyenne 2,41 ME. Il est suivi dEuropaCorp
et de Gaumont, des maisons habituées aux grosses machines (16,64
ME de devis moyen pour la première, ou 6,93 ME en moyenne sans
Arthur, et 9,48 ME pour la deuxième). La quatrième place
revient à Agat Films avec cinq films (2,43 ME de devis moyen).
Suivent ensuite Why Not et Mandarin avec quatre films, et sept sociétés
ayant produit trois films : ADR Productions, CDP, Fidélité,
Hirsh avec Pathé Renn Productions, Ognon Pictures la société
dHumbert Balsan décédé récemment,
et Vertigo.
La moitié de la production en premiers et deuxièmes
films
En 2004, les premiers films à moyen budget ont eu le vent en
poupe en salle. Ce mouvement se poursuivra-t-il en 2005 ? En attendant,
le cinéma français continue dassurer son renouvellement
: la moitié de la production dinitiative française
de 2004 est constituée, comme en 2003, de premiers et deuxièmes
films. Toutefois, le nombre de premiers films, après des records
en 2002 puis 2003 (avec 67 et 68 films), baisse à 54 films
alors que les deuxièmes films passent de 27 à 35. Le
devis moyen des premiers films sétablit à 3,27
ME, celui des deuxièmes films est en revanche supérieur
à la moyenne globale (5,34 ME) à 5,89 ME. Les plus haut
budgets concernent aussi les premières et deuxièmes
uvres : respectivement cinq et sept films affichent un devis
supérieur à 10 M€.
En nombre de films, la part de Canal+ dans le financement de ces premiers
films sérode dannée en année, pour
atteindre 50% en 2004 (contre 76% en 1998) avec un apport moyen de
843 800 E. En revanche, la chaîne cryptée est intervenue
sur un plus grand nombre de deuxièmes films, 27, soit 77% dentre-eux.
LAvance sur recettes reste un apport privilégié
de la jeune création : 44,4% des premiers films et 42,9% des
deuxièmes ont reçu une avance avant ou après
réalisation.
Des films et une enveloppe en hausse pour lAvance sur recettes
Comme en 2003, les engagements de la plus fameuse des aides sélectives
du CNC, lAvance sur recettes avant réalisation, progressent
tant en nombre de films (63 films, dont 4 minoritaires, contre 60
en 2003 et 50 en 2002), quen masse financière (23,5 ME
contre 21,6 en 2003 et 17 en 2002). Du coup, la part des films aidés
par lAvance croît : 35% en 2004, 30% en 2003 et 29 en
2002. Cette croissance profite en particulier aux premiers et deuxièmes
films. En général, la part de lAvance représente
12,1% du devis des films, une part en baisse cependant par rapport
aux années antérieures. La moyenne du montant de lavance
atteint 373 500 E, pour des montants variant entre 80 000 et 500 000
E. 80% des films concernés ont sollicité le crédit
dimpôt.
Quant à lAvance sur recettes après réalisation,
elle regresse tant en nombre de films (8 contre 11 en 2003, 12 en
2002, 19 en 2001), quen termes denveloppe (692 200 contre
1,026 ME). Les films bénéficiant de cette aide présentent
un devis moyen de seulement 903 600 €.
Les régions soutiennent toujours plus le cinéma
Les collectivités locales accentuent sans cesse leurs soutien
à la production cinématographique : 49 films agréés
ont été aidés contre 40 en 2003 et 22 en 2002,
pour un montant total de 11,26 M€ contre 9,94 en 2003 et 7,22
en 2002. LÎle-de-France reste la première collectivité
en termes de nombre de films et dinvestissements (63% des films
pour 83,5% des investissements). Cette source de financement devrait
continuer de croître avec la poursuite de la mise en place de
la mesure 1E de lÉtat pour 2E de la collectivité
en 2005.
Sarah Drouhaud
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