| ENQUÊTE
Prestataires de services
Le tournage plonge dans la crise
Si le marché de la postproduction
semble sêtre stabilisé après trois ans
de chute libre, les prestataires de tournage (pellicule, caméra,
lumière, machinerie) sont entrés dans la tourmente
en 2003. Une tendance qui semble se confirmer en ce début
2004.
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Léquipe de Comme une image
dAgnès Jaoui, en tournage cet été
entre la région parisienne et la Bourgogne. Un des
rares films tournés entièrement en France pendant
cette période.
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Après quatre années
catastrophiques, qui auront vu le dépôt de bilan de nombreuses
entreprises, les industries techniques françaises vont-elles
enfin voir le bout du tunnel en 2004 ? Après des années
dapathie, les pouvoirs publics ont réagi avec force lan
passé en mettant en place des mesures concrètes réclamées
à cor et à cri par les professionnels. Objectif : enrayer
une spirale infernale qui pourrait bien emporter avec elle le fragile
équilibre de la production nationale. Parmi les mesures phares,
la création du crédit dimpôt cinéma
chargé de ralentir un mouvement de délocalisation devenu
massif en 2003.
Mis en uvre le 1er janvier dernier, le crédit dimpôt
fait-il déjà sentir ses premiers effets chez les prestataires ?
Ces mesures donnent envie, mais il faut encore attendre pour
en voir les effets concrets, confie Didier Diaz, Pdg de Transpalux.
Le champ dapplication du crédit dimpôt est
complexe, mais quand les questions techniques seront tranchées,
cela devrait aller mieux. En tout cas, après une année
2003 catastrophique pour la prestation, ces mesures vont clairement
dans le bon sens. Car les prestataires de tournage, qui avaient
jusquici fait le dos rond face à la crise, ont connu
en 2003 une véritable annus horribilis. Depuis les fabricants
de pellicule jusquaux loueurs de caméras et de lumière,
tous sont unanimes sur ce constat. Cet été, ces entreprises
ont ainsi vu chuter leur chiffre daffaires de 30 à 40 %.
Une période traditionnellement faste pour les tournages cinéma.
Heureusement, la tendance sest redressée à
lautomne où nous avons plutôt bien travaillé,
explique Erwan Riou de Technovision. Mais tout le monde na pas
rattrapé le temps perdu. Quant à 2004, janvier et février
ont été un peu mous alors que mars et avril sannoncent
positifs. Reste que le marché de la publicité continue
à être en pleine sinistrose.
Même constat pour Panavision. Le début dannée
2004 est meilleur par rapport aux horreurs de 2003, mais on est loin
davoir retrouvé les niveaux de 2002, explique Alain Coiffier,
de Panavision Alga. On sent un frémissement sur la publicité,
mais le téléfilm est en forte baisse.
Les chiffres de la chambre syndicale des fabricants de pellicule confirment
cette tendance morose en montrant une baisse de 10 à 12 % sur
les ventes de négative couleur 35 mm en 2003 par rapport à
2002. Pire, selon nos informations, les chiffres de ce début
dannée seraient catastrophiques. Janvier et février
2004 afficheraient une baisse denviron 25 % sur les négatives
35 mm par rapport à la période correspondante en
2003. Des chiffres inquiétants, même si tout le monde
veut croire à un accident de parcours. Mais la question mérite
dêtre posée : après la postproduction,
les prestataires de tournages sont-ils entrés durablement dans
la tourmente ? Si cétait le cas, il faudrait logiquement
sattendre à un phénomène de concentration
chez les prestataires de tournage.
Dans la postproduction le secteur qui a payé jusquici
le plus lourd tribut on se remet lentement de la crise. Il
faut dire que beaucoup dentreprises ont dû faire face
à une baisse de près de 50 % de leur chiffre daffaires
en trois ans. Doù les dépôts de bilan en
chaîne et la concentration autour de quelques grands pôles.
Aujourdhui, le plus dur semble passé. Les entreprises
se sont restructurées, diminuant drastiquement leurs effectifs
et réduisant leurs investissements au minimum. Mais le marché
ne montre toujours pas de signes de reprise.
En tout cas aujourdhui, le marché nest plus
en baisse, souligne Pascal Hérold, président du groupe
Duran Duboi. Ce qui est déjà positif. Nous avons même
fait un excellent mois de janvier. Duboi vient dentamer les
effets spéciaux du film de Jean-Pierre Jeunet. Ce qui nous
donne un énorme travail pour les cinq prochains mois. Les auditoriums
sont pleins jusquen septembre et la fiction tv, après
une année 2003 apocalyptique, repart plutôt bien. Mais
nous sommes très loin des chiffres de 2002. Pour vous donner
une idée, le chiffre daffaires du groupe est passé
en deux ans de 38 Me à 20 Me. Dans le même temps,
nos effectifs ont fondu de 280 à 135 personnes. Nous avons
dû nous réadapter au marché. Aujourdhui,
notre objectif est de réussir le rapprochement des différentes
sociétés. Celui dEx-Machina et de Duran est réussi.
Et nous entamons celui de SIS et des auditoriums de Joinville et de
Boulogne.
Même tendance chez Mikros qui a aussi restructuré massivement.
Le début dannée se passe bien, avec des
projets en longs métrages et avec un petit rebond sur la pub.
Mais pour gagner notre vie, il faut tourner à plein. Ce qui
est rare chez un prestataire. Ce dont on se méfie, cest
dune embellie de courte durée. La publicité nest
pas structurellement solide. On a limpression dune bulle
qui peut éclater à nimporte quel moment.
Même chose chez UMT, très présent sur le marché
de la télévision, qui a dû réduire ses
effectifs de 45 à 24 personnes en deux ans. Le problème,
cest que nous avons une visibilité à très
court terme sur notre activité, explique Jean Senet dUMT.
Novembre a bien fonctionné, mais février a été
très calme. Les carnets de commandes sont remplis pour quelques
mois, mais on ne sait pas combien de temps cela va durer. Tout le
monde attend la reprise depuis deux ans mais on ne voit jamais rien
arriver. On espère simplement que le marché sest
stabilisé. Mais il est vraiment dommage que laudiovisuel
nait pas bénéficié du même crédit
dimpôt que le cinéma. Sans parler de la taxe professionnelle
qui représente de 4 à 5 % de notre chiffre daffaires.
De fait, les prestataires de laudiovisuel se sentent un peu
les laissés-pour-compte des mesures gouvernementales. Pourtant,
les délocalisations de téléfilms semblent sêtre
encore accélérées en ce début dannée.
Seule lextension à laudiovisuel du crédit
dimpôts pourrait leur donner une bouffée dair
frais.
Patrick Caradec
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