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ÉVENEMENT

La TV mobile mobilise audiovisuel et télécoms

Le forum de la TV mobile, qui a réuni à Bercy le gratin de l’audiovisuel et des télécoms, a permis de faire le point sur les questions en suspens pour le développement de ce nouveau média.

Patrick Le Lay, Pdg de TF1


Aujourd’hui la technologie permet de tout faire sur tous les types de réseaux.
La question est de savoir comment fonctionnera le marché. La publicité qui augmente de 4% par an, ne va pas pouvoir financer la TV mobile. On s’oriente donc vers un modèle où c’est le consommateur qui va payer. Je suis d’accord avec Marc Tessier sur le fait que la consommation d’information est particulièrement adaptée à la TV mobile. Je ne crois pas au match ou au film que l’on regarde sur son téléphone.
Il va donc falloir inventer de nouveaux produits. On en est à un stade de foisonnement d’idées, d’où l’importance de réaliser des tests.

Marc Tessier, Pdt de Francetélévisions

À mon avis, tout ce qui tourne autour de l’information et du sport a un grand avenir sur la télévision mobile. Mais il reste encore beaucoup de points à résoudre sur la cohabitation des opérateurs de télécom et des opérateurs de télévision. Je prends un exemple : la loi fait obligation à la télévision publique d’être reprise sur tous les nouveaux supports de diffusion.
Mais quid du sport ? Car d’un autre côté, la Commission européenne dit que les droits UMTS doiventêtre négociés à part. Va-t-on occulter le sport sur la TV mobile ? Ce sont des questions importantes.

Après avoir soutenu la création du HD Forum en juillet dernier, le ministre de l’Industrie – décidément très actif dans le domaine de l’audiovisuel – a présidé mardi matin à la création du Forum de la télévision mobile en présence du gratin de l’audiovisuel et des télécoms français. Des poids lourds comme Patrick Le Lay, Pdg de TF1, et Marc Tessier, président de FranceTélévisions, côtoyaient leurs homologues d’Orange, SFR et Bouygues Telecom, ainsi que les industriels du secteur : Thomson, Nokia, Sagem, Samsung… Tous étaient venus à Bercy s’engager à soutenir le développement de la TV mobile en France, perçue comme un futur Eldorado. “Les services de télévision arrivent à un tournant de leur histoire, a déclaré Patrick Devedjian, ministre délégué à l’Industrie. Avec des écrans toujours disponibles dans la poche et l’habitude prise de payer pour accéder à un contenu ciblé, l’arrivée de services vidéo mobiles s’annonce comme un marché particulièrement prometteur.”

À l’issue des débats, les cinquante participants du forum ont signé “un engagement commun” visant à faire progresser la réflexion sur le lancement rapide et coordonné des services de télévision sur récepteurs mobiles. Car si la télévision sur téléphone mobile est déjà une réalité avec le lancement des réseaux UMTS par les grands opérateurs français – sous le nom commercial de 3G –, beaucoup de questions restent ouvertes sur les formats de programmes, le modèle économique et, même le cadre réglementaire.

“Aujourd’hui, deux modèles économiques sont possibles avec la télévision mobile, explique Gilles Pelisson, Pdg de Bouygues Telecom. Soit le paiement à l’acte, soit le modèle gratuit. Lequel gagnera : on ne le sait pas encore.” Mais on sent que le modèle japonais, où le gouvernement vient d’imposer aux chaînes de diffuser gratuitement les mêmes programmes sur écrans fixes et mobiles, n’a pas les faveurs des opérateurs français. “Tout le monde est d’accord pour dire que le paiement à l’acte est le mieux adapté à la télévision mobile, souligne Jean-Bernard Levy, Dg de Vivendi Universal. Cela crée un niveau d’exigence de la part du consommateur, notamment sur la qualité des programmes. En même temps, nous restons prudents. On a vu où a mené la convergence au sein de notre groupe. Au final, c’est le consommateur qui décidera.”

Attiré par la manne potentielle de la TV mobile payante, les opérateurs sont très préoccupés par son principal frein : le manque de fréquences. Car les technologies de téléphonie mobiles, basées sur des liaisons point à point, sont en fait mal adaptées à la TV mobile.

“Les réseaux télécom ne sont pas faits pour une diffusion de masse, explique Gilles Pelisson. Par exemple, pour diffuser un programme, comme la finale de la Coupe du monde, vers 1 million de téléphones mobiles, 150 000 antennes relais seraient nécessaires. C’est impossible. Nous avons donc besoin de la complémentarité avec les réseaux de télévision qui savent parfaitement faire cela.”

D’où l’idée, pour les futures générations de téléphones mobiles, de combiner la réception UMTS, purement télécom, avec la réception à la norme DVB, dédiée à la diffusion audiovisuelle. Et tous les opérateurs de télécom présents à Bercy de réclamer en cœur l’attribution du multiplexe R5 de la TNT à la télévision mobile. Une avidité vite refroidie par Pascal Rogard, Dg de la SACD : “Je constate que les opérateurs de télécom lorgnent avec envie sur les fréquences gratuites de la télévision, mais ils oublient qu’il y a en contrepartie de lourdes obligations, notamment en matière de programmes.”

De plus, le multiplexe R5, qui avait été promis à la télévision locale, est aussi réclamé pour la diffusion en haute définition. “On est un peu face à une tentative d’OPA des réseaux télécom sur le R5, a répliqué Francis Beck, membre du CSA. Il y a des préalables juridiques et techniques qui ne sont pas réglés pour cette attribution. A-t-on notamment regardé toutes les possibilités de diffusion de la TV mobile sur d’autres bandes de fréquence ?”

Car le développement conjoint de la TNT, de la haute définition et de la TV mobile, engendrera une pénurie de fréquences rapidement disponibles. Une situation dans laquelle le gouvernement – qui se targue de soutenir tous ces nouveaux services – risque de porter une lourde responsabilité. En soutenant le forcing du CSA sur le choix du Mpeg2 comme norme de compression de la TNT en mars prochain, le gouvernement a réduit sa marge de manœuvre dans ce domaine. En attendant quelques mois l’arrivée du Mpeg4, comme le préconisaient plusieurs rapports, il aurait été possible de diffuser deux fois plus de chaînes et de services sur le même nombre de multiplexes, autorisant de fait le développement conjoint des bouquets gratuits et payants de la TNT, de la HD et de la TV mobile. Aujourd’hui, il va falloir faire des choix.

Patrick Caradec

Vendredi 26 novembre 2004

 

“Le paiement à l’acte est le mieux adapté à la télévision mobile.”
Jean-Bernard Levy, Vivendi Universal

 

 

 

 

 

 

 



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