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EDITO
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Sophie Dacbert
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Fracture
Que retiendra-t-on des César 2004 sinon limpression
dune distorsion entre les désirs des professionnels
et la réalité de la production, dun fossé
persistant entre les milieux culturels et lÉtat, et
dun plaisir présent gâché par la crainte
de lavenir. Un sentiment de malaise tout autant entretenu
par les intermittents du spectacle, véritables vedettes de
la soirée, que par le 29e palmarès, concentré
à lextrême autour des Invasions barbares, film
franco-québécois qui, après la consécration
du Pianiste de Polanski en 2003, marginalise encore le cinéma
franco-français.
Du côté des intermittents, la fracture avec le ministre
de la Culture na pas été réduite : outre
les manifestants à lextérieur du théâtre
du Châtelet et la diatribe dAgnès Jaoui, porte-parole
ovationnée par le public, le soutien ostensible des artistes
les plus en vue du cinéma français avait de quoi faire
vaciller la conviction de Jean-Jacques Aillagon davoir sauvé
le régime spécifique de lassurance chômage
des griffes du Medef. Jaurai voulu aller sur scène
face à tant darguments erronés et démagogiques,
mais je ne pense pas que ce soit la vocation des César,
a indiqué le ministre au sortir de la cérémonie.
Sans doute ces soirées, a priori festives, ne sont-elles
pas le lieu le plus propice à une communication sur les dossiers
qui fâchent. Mais cette nuit des César a montré
au ministre, une fois de plus, quil ne pouvait faire léconomie
dun face à face avec les principaux intéressés,
afin de clarifier sa volonté de réforme, écarter
les amalgames et, pourquoi pas, commencer par le commencement en
disant à tous les artistes et techniciens quil les
aime. Quant au palmarès, il dégage aussi une impression
de décalage, cette fois avec lannée cinématographique
elle-même qui, si elle na pas été particulièrement
brillante, a apporté tout de même son lot de diversité
et de talents. Certes, le film de Denys Arcand mérite ses
lauriers, tout comme le compositeur des Triplettes de Belleville,
lui aussi québécois, et tous les autres lauréats.
Mais il nen reste pas moins une sorte dabstraction du
cinéma en général, et de déni de la
production française dans son état actuel en particulier.
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