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Des César 2004 par intermittence

Avec trois César, Les invasions barbares de Denys Arcand est le vainqueur d’une cérémonie par défaut, sous-tendue par les attaques des intermittents contre Jean-Jacques Aillagon.

 
 
 
 
Julie Depardieu, Sylvie Testud et Denys Arcand, grands vainqueurs de cette 29e cérémonie.

La culture et la création sont des activités irréductibles aux lois du marché” : c’est par cette phrase de Jacques Chirac qu’Agnès Jaoui a clos une prise de parole sur les intermittents destinée au ministre de la Culture (cf. encadré). Avant de déclencher ce qui restera comme la plus longue standing ovation de cette 29e cérémonie des César. Intermittence : le mot aura été dans toutes les bouches, des lauréats (Julie Bertuccelli, Julie Depardieu), aux remettants (Michael Youn, Julie Gayet). La cuvée 2004 n’aura d’ailleurs jamais cessé d’osciller entre gravité et légèreté, sans vraiment susciter l’émotion, la passion ou la contestation. Une soirée par défaut, à l’image du cru 2003 de la production cinématographique hexagonale qui ne restera pas dans les annales. Aucun des coureurs de fond de ces César 2004 (Bon voyage de Jean-Paul Rappeneau et Pas sur la bouche d’Alain Resnais) n’ont réussi à transformer leurs nominations en César sonnants et trébuchants (ils remportent chacun trois distinctions mais aucune récompense majeure). Pas plus d’ailleurs que les outsiders, tenant de la jeune génération (Les sentiments de Noémie Lvovsky, Les Triplettes de Belleville de Sylvain Chomet), que les votants ont laissés plus ou moins sur le bord de la route. Pour la seconde fois en deux ans, le sacre s’est donc porté sur une coproduction française (comme Le pianiste de Roman Polanski en 2003), et déjà honorée par le Festival de Cannes. En recevant les César les plus convoités du film, du réalisateur et du scénario, Les invasions barbares de Denys Arcand a logiquement profité de sa cote d’amour en France, qu’elle soit critique ou publique. Cela aura également été LA soirée de Fabienne Vonier, à la fois coproductrice et distributrice des Invasions barbares mais aussi de La petite Lili de Claude Miller, doublement récompensé via Julie Depardieu dans un doublé (second rôle et espoir féminin), aussi incompréhensible sur la forme que mérité sur le fond. Omar Sharif dans Monsieur Ibrahim et les fleurs de Coran de François Dupeyron a rallié le plus grand nombre de votants dans un César en forme d’hommage à une légende vivante du cinéma, tandis que Sylvie Testud créait la surprise en damant le pion à de fortes rivales pour son interprétation dans Stupeur et tremblements d’Alain Corneau. Clint Eastwood s’est vu, pour sa part, lavé de l’affront du jury cannois de Patrice Chéreau qui avait injustement écarté Mystic River, battant même sur le fil la Palme d’or 2003, Elephant de Gus Van Sant. À défaut d’un palmarès plein de panache, on ne pourra que célébrer le talent et la prestance de Gad Elmaleh (et des auteurs des textes de la cérémonie), pour avoir redonné le sourire à une soirée en demi-teinte.

Enfin, un bonheur n’arrive jamais seul. Et Denys Arcand en sait quelque chose puisqu’il a juste eu le temps de s’envoler vers Montréal pour assister, le soir même, à la cérémonie des Jutra, les César locaux. Il y a raflé quatre trophées (film, réalisateur, scénario et meilleure actrice pour Marie-Josée Croze). À 48 heures des Oscars hollywoodiens, l’invasion va-t-elle continuer ?

Fabrice Leclerc

Vendredi 27 février 2004

 

   Intermittents : Aillagon réagit

   Les vainqueurs de la 29e cérémonie des César

 

 

 

 

 

 



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