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ENTRETIEN
EXCLUSIF DU FILM FRANCAIS
Emmanuelle
Béart : Actrice
Présidente du 12e Festival du film français
de Yokohama, organisé par Unifrance, Emmanuelle Béart
en a profité pour assurer la promotion de Nathalie
qui sort en décembre au Japon. Lactrice qui souhaite
également tourner plus à létranger, sera
dans le prochain film de Danis Tanovic.
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Quel regard la présidente du festival de
Yokohama porte t-elle sur la manifestation ?
Nous sommes tous dans cette délégation assez
étonnés de voir lenthousiasme du public japonais,
la résonance que cette manifestation a sur eux. Il y a une
sorte didentification naturelle entre les deux cultures, nous
avons dailleurs à peu près tous travaillé
avec des gens qui ont été inspirés par les
cinéastes japonais. Je me souviens être venue ici avec
La belle noiseuse ou les films de Claude Sautet. Les questions des
journalistes étaient fascinantes. À tel point quon
arrive à découvrir dautres interprétations
de son propre film.
Quels échos avez-vous eu du public ?
Daprès ce que jai compris, ils ont bien réagi
à des films que jai beaucoup aimés comme Viva
Laldjérie, Brodeuses ou Violence des échanges en milieu
tempéré. Les salles étaient archipleines. Jai
limpression que le festival est en pleine santé. Si
les relations sont aussi bonnes entre Yokohama et Unifrance, cest
quil y a un truc
Être présidente dun festival comme celui-ci,
ça consiste en quoi ?
Concrètement, mon boulot a été de voir
tous les films en amont, de mintéresser au marché,
de pouvoir profiter des interviews pour parler des films
comme Nathalie
qui sort en décembre prochain au Japon.
Je suis comme un fil conducteur. Jassume aussi tout le côté
diplomatique, les conférences de presse, je jette un il
sur les négociations dans le cadre de laccord franco-japonais.
Jai le sens des responsabilités et du devoir. Quand
jaccepte une mission, je la conduis jusquà son
terme.
Avez-vous un souvenir particulier au Japon, un moment fort ?
Le grand moment a été La belle noiseuse. Ce film
fait partie des bons souvenirs grâce à la qualité
des relations que jai eues avec les journalistes, de leurs
regards sur luvre. Cest exactement pareil cette
année avec Nathalie... On a osé me poser des questions
hallucinantes sur la sexualité, les rapports de couple, la
prostitution, le sexe par procuration. Du coup, on sest remises
à parler du film avec Anne Fontaine, à reparler de
scènes avec une autre interprétation. À tel
point que je pouvais ressentir physiquement les émotions
du tournage, un an et demi plus tard !
On parle souvent du délire provoqué par les stars
françaises sur le public japonais. Comment lavez-vous
ressenti ?
Il y a un engouement hors normes au Japon qui nexiste
nulle part ailleurs. Le plus étonnant, cest le voyage
quil vous font revivre à travers vos films. Leurs rires,
leurs larmes sont parfois difficiles à gérer, car
lorsque vous les avez émus ou touchés, ça prend
vraiment des proportions délirantes. Pourtant, le Japon est
un pays très pudique. Les journalistes arrivent vers moi
avec des petits cadeaux, des petites choses de leur vie quils
veulent vous faire partager. Certains sont capables de me parler
de mes premiers rôles ! Je ne my habitue pas. Ça
fait pourtant 18 ans que je viens au Japon, et jy ai une notoriété
que jai du mal à comprendre. Je ne pense pas avoir
envahi tant que ça le marché japonais !
Avant Yokohama, vous avez été jurée à
Cannes il y a un mois. Comment ça sest passé
?
Je tiens à préciser quen acceptant la présidence
de la délégation de Yokohama, je ne savais pas encore
que jallais participer au jury de Cannes. Les invitations
se sont croisées, et ce nest pas parce que je faisais
Cannes que je devais annuler Yokohama, bien évidemment. Quant
à Cannes, ce que nous avons vécu entre membres du
jury appartient presque au domaine du privé. Jai pris
cela pour une leçon dhumilité que dêtre
entourée de personnes telles que Tarantino ou Benoît
Poelvoorde. Depuis, je lis beaucoup de choses blessantes sur certains
de nos choix et je nai pas envie dy revenir, pas envie
de remuer quelque chose qui pourrait gâcher mon plaisir dy
avoir participé.
Êtes-vous une accro des chiffres ?
Comment vous impliquez-vous dans léconomie dun
film ?
Je sais quavec un film de Rivette, on ne va pas casser
la baraque. Je crois à lexistence des films sur la
longueur. Mon inquiétude est plus liée aux metteurs
en scène. Le cinéma dauteur est devenu vulnérable.
Il est évident quaujourdhui il faut voyager pour
accompagner un film et en faire la promotion. Je my plie,
cest important. Les films sont comme des enfants quil
faut prendre par la main. Se déplacer, cest aussi respecter
les distributeurs étrangers qui prennent des risques. Voyager
peut changer radicalement la carrière dun film.
Comment conciliez-vous votre carrière dactrice
et vos engagements militants ?
Ce nest pas du militantisme, cest juste être
citoyen. Oui, je manque de temps pour tout faire, mais je nai
rien envie dabandonner. Je me suis construite à travers
le cinéma, jai eu la chance de travailler avec des
gens qui mont fait grandir. Il me semble logique daider
les autres. Mon travail à lUnicef, jy tiens.
Même si ça me prend trois mois par an. Tant que je
tiens physiquement, je le ferai.
Quels sont vos projets de films ?
Je prépare DArtagnan pour TF1 dans lequel je jouerai,
en juillet et en août, le rôle de Milady aux côtés
de Jean-Hugues Anglade en Richelieu et de Vincent Elbaz en DArtagnan.
Puis, en septembre et octobre, jenchaîne sur ladaptation
du Fil à la patte réalisée par Michel Deville.
Et à la fin de lannée, je ferai le prochain
film de Danis Tanovic.
Où en sont vos projets américains ?
Cest drôle que vous me posiez cette question, je
viens juste de refuser un gros film américain. Cannes a créé
une dynamique, cest évident. Mais il y a une obsession
sur Hollywood que je nai pas. Je ne choisirais jamais un film
américain, simplement parce quil est américain.
En revanche, jestime quaprès 20 ans de carrière
en France, il est nécessaire que jaille travailler
à létranger. Je ne sais pas pourquoi je suis
restée si longtemps chez moi. Peut-être parce que je
suis une femme et une mère. Et que lorsque vous travaillez
beaucoup à létranger, ça peut ébranler
le noyau familial. Dailleurs, jai tellement refusé
de rôles hors des frontières que jai perdu tous
mes agents ! Maintenant, ça me ferait du bien. Cela mapparaît
comme une nécessité.
Vous en avez assez de travailler en France ?
Non, ce nest pas par rejet. Quand jy repense, vingt
ans après, cest un miracle que je sois encore là,
à avoir le choix, à pouvoir renouveler mon travail.
Mais je sens que je nai rien à perdre à essayer
ailleurs. Au contraire, jai tout à gagner. Jai
moins peur. Non, je nai plus la trouille.
Propos recueillis par Vincent Le Leurch
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