| ENQUÊTE
Distribution : le prix de lindépendanc€
Augmentation du prix des films,
inflation des coûts de sorties, encombrement des écrans.
Les problèmes qui frappent lindustrie du cinéma
ont une résonance encore plus forte pour les distributeurs
indépendants qui, malgré une économie souvent
précaire, doivent faire preuve de ténacité
pour assurer leur pérennité. À tout prix ?
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De bonnes surprises sont toujours possibles,
comme pour Océan Films qui a acheté Goodbye
Lenin ! pour 140 000 $.
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Bateau ivre, montagnes
russes, Don Quichotte. Voici quelques- unes des
métaphores que chérissent les distributeurs indépendants
pour qualifier leur activité, une façon élégante
de décrire un secteur dont léconomie nest
jamais certaine et, a contrario, toujours précaire. Il ne
se passe pas en effet un mois, voire même une semaine, sans
que la profession bruisse dune rumeur sur la santé
financière de telle ou telle société de distribution
indépendante. Au cours des dernières années,
la flambée des prix des films dauteur les plus porteurs,
linflation galopante des coûts de sortie, lencombrement
des écrans et aussi la baisse du nombre des acquisitions
faites par Canal+ ont été autant de raisons à
la fragilité des distributeurs, quils soient nouveaux
venus sur le marché ou vieux briscards. Un succès
en salle suffit pour certains à faire tenir leur société
pendant des mois, tandis que deux ou trois échecs successifs
peuvent remettre sérieusement en cause leur équilibre
et même leur existence. Et aujourdhui, les déconvenues
sont parfois violentes, comme en témoignent les contre-performances
récentes de films dauteur confirmés tels que
Le temps du loup de Michael Haneke, Son frère de Patrice
Chéreau, Raja de Jacques Doillon ou Twentynine Palms de Bruno
Dumont qui ne dépasseront pas la barre des 60 000 entrées
France. La précarité affichée et parfois
revendiquée ne décourage personne. Cest
le charme et le malheur de notre métier, remarque Jean
Hernandez, directeur général dOcéan Films.
En 2002, les distributeurs indépendants ont enregistré
plus de 20 millions dentrées, soit 15% de la fréquentation
nationale. Sils nont pas toujours un poids économique
important, ils ont en revanche une dimension artistique indéniable.
Mima Fleurent, gérante de Colifilms et présidente
du SDI (Syndicat des distributeurs indépendants), estime
à ce titre quil faudrait bien se rendre compte
quun grand nombre dauteurs nauraient pas été
découverts sans nous. Les distributeurs indépendants
seraient des prescripteurs de talents et, donc, de diversité.
Une notion qui leur est chère et quils défendent
coûte que coûte. Mais à quel prix ?
Aujourdhui, largent nest certes plus un tabou,
même si certains rechignent encore à communiquer leurs
situation financière, de crainte, parfois, deffaroucher
leurs partenaires. Acquérir et sortir des films est une activité
onéreuse sans être toujours très lucrative.
Les fonds propres ne suffisent pas forcément à couvrir
les dépenses. Les distributeurs indépendants font
pourtant preuve doptimisme. Le soutien des pouvoirs publics,
à travers les aides du Centre national de la cinématographie
(CNC) et la diversification des activités, comme la production
pour certains ou lédition vidéo pour dautres,
sont autant de moyens de conserver leur statut et dassurer
la continuité de leur ligne éditoriale. Surtout que
lheure est à la renégociation des obligations
de Canal+ en matière de cinéma. Des obligations que
les distributeurs indépendants nentendent pas revoir
à la baisse alors quils essaient aussi dobtenir
une contribution financière de Francetélévisions
et des autres groupes audiovisuels (TF1 et M6). La distribution
serait-elle alors un sacerdoce ? Pas vraiment. La passion du cinéma
est essentielle, mais elle ne suffit pas à faire vivre une
société. Lindépendance a un prix, et
il est de plus en plus élevé.
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