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DÉJEUNERS DU FILM FRANCAIS

Ce mois-ci, Le film français a invité au Flora Danica les réalisateurs Anne Fontaine pour Nathalie… et Jean-Marc Moutout pour Violence des échanges en milieu tempéré, ainsi que les comédiens Sarah Grappin à l’affiche de Je t’aime, je t’adore et Jalil Lespert pour Les amateurs.

Jean-Marc Moutout

Violence des échanges en milieu tempéré explore le monde de l’entreprise. Qu’est-ce qui vous a poussé à traiter un sujet social ?
J’explore ce thème depuis mes débuts. Mon premier fait d’arme, si on peut dire, est un court métrage, Tout doit disparaître, sur le thème du travail, avec déjà un problème moral ! J’ai également réalisé un moyen métrage sur le sujet et un documentaire sur la fermeture d’une usine. J’ai aussi tourné un film pour Arte, mais le fonds social y était moins essentiel. Violence des échanges en milieu tempéré se présente comme une étude documentaire, un état des lieux social, une plongée dans le monde de l’entreprise avec des personnages de fiction. J’avais tout simplement envie de parler de la société, du monde dans lequel on vit.

À travers le personnage interprété par Jérémie Rénier, à un moment charnière de sa vie : il vient d’être recruté dans un cabinet d’audit, et va se retrouver en conflits avec ses valeurs…
Oui, c’est l’histoire du passage à l’âge adulte d’une personne, au début de sa vie professionnelle. En même temps, il commence une histoire d’amour.

Quelle transformation va-t-il connaître en débutant sa carrière ?
Le film traite de l’implication des choix professionnels sur l’individu, sur la vie intime. J’ai appris au cours d’une projection devant des étudiants que mon film était sartrien ! Sartre disait en effet “qu’on est ce que l’on fait”.

Le film explore le monde du consulting. Pourquoi avoir choisi cet exemple ?
L’idée de l’initiation d’une personne à un métier est née avant celle du consultant. Puis, toutes les questions que je me posais sont devenues évidentes avec ce métier. Il est à la fois moderne, les gens qui l’exercent sont des nomades, ils ne sont pas dans les boîtes, ce sont des experts, et se posent les questions de responsabilité. Toutes les valeurs dont nous voulions parler, notamment le libéralisme, sont réunies. Une des difficultés était d’être juste en termes de consulting, la critique du système, l’impact sur le consultant, la rentabilité, l’efficacité, les conflits et les drames humains qui en découlent.

À la fin du film, le personnage regarde dans le vague. On peut penser qu’il a arrêté de se poser des questions. Se rend-il compte des renoncements qu’il a faits ?
Oui, il a toutes les clefs en main. Sur la plage, c’est la dernière fois qu’il regarde en arrière. Après il n’aura plus conscience de son abandon. Le personnage a des faiblesses. C’est à la fois une histoire de peur et de lâcheté et une success story car la société le récompense pour ses choix. Il intègre un cabinet d’audit, où il va progresser. Il aurait été difficile pour lui de faire le choix inverse. Avec Olivier Gorce (coscénariste), nous nous interrogions sur le fait que des types jeunes, encore tendres, décident de faire ce type de boulot. C’est la grande différence avec Ressources humaines.

Justement, on ne peut s’empêcher de penser au film de Laurent Cantet. Alors que vos deux films sont très différents…
Le point de départ est le même. Mais le parti prix de Laurent Cantet est le rapport au père. Il ne pose pas les mêmes questions, les personnes sont complètement différentes. Ici, il s’agit d’un exemple un peu extrême qui oblige le personnage principal à des renoncements pour rester dans le système.

C’est un film assez pessimiste ?
Oui, car je n’arrive pas à m’éloigner de la réalité dans laquelle on vit (sourire). Ça l’est sur l’état actuel de la société mais en même temps il y a aussi suffisamment de personnages porteurs de valeurs positives comme celui de Cylia, ou celui du cuistot. Ils n’ont pas trouvé les solutions mais au moins ils sont en résistance intime. Le film n’est pas pessimiste, il dresse simplement un portrait des valeurs dominantes !

Justement que va devenir le personnage le plus positif du film, interprété par Cylia Malki ?
Elle aussi a sa fragilité. Elle n’a pas résolu sa situation de mère célibataire. Mais elle ne renonce pas à ses convictions. Je lui fais assez confiance pour s’en sortir !

Propos recueillis par Sarah Drouhaud

Vendredi 30 janvier 2004
   Anne Fontaine
   Jalil Lespert
   Sarah Grappin
   Jean-Marc Moutout

 

 

 

 


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