| ENQUÊTE
Chronologie des médias : une
révision pour qui et pourquoi ? (fin)
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France 2 devra attendre mars 2005 avant
de pouvoir diffuser Chouchou (Les Films Christian Fechner),
2e plus gros succès du cinéma français
de 2003.
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2/ Des délais proportionnels à
la contribution des supports
Refuser de parler dune révision de
la chronologie des médias, cest faire la politique
de lautruche. Il faut sadapter aux réalités,
lâche Pascal Rogard. Il relève au passage que la chronologie
applicable aux chaînes en clair existe par les usages, laccord
collectif étant obsolète depuis 5 ans. Pourquoi
refuser de discuter dune réduction des délais
avec les chaînes à péage ? On connaît
précisément la remontée de leur contribution
aux ayants droit du cinéma français, alors que la
vidéo a un délai de six mois mais reste un secteur
très opaque, qui profite peu au cinéma français
et où les pratiques ne permettent pas de connaître
précisément ce qui revient aux ayants droit,
sinterroge le nouveau président de la SACD. Si un raccourcissement
des délais des diffuseurs est une question controversée
parmi les producteurs, un effort supplémentaire de la part
du secteur de la vidéo est en revanche demandé selon
le principe directeur de la chronologie des médias : une
contribution à hauteur du délai accordé. La
chronologie a changé de fait, remarque Michel Gomez, délégué
général de lARP. Pour au moins une raison :
le DVD est passé de 12 à 6 mois en 2000. Ce mode dexposition
a été privilégié alors que sa contribution
au cinéma français reste faible. Outre un nouvel
effort en faveur du financement, les producteurs militent pour un
alignement du taux de la taxe vidéo (actuellement à
2,2% du prix public) mais aussi pour une clarification des pratiques
commerciales et statistiques qui est demandée au secteur
de la vidéo. Il y a désormais une volonté
dexplication dans ce secteur, régi par la grande distribution
et qui nest pas soumis à la même concurrence
que le cinéma, rassure Jean-Yves Mirski pour le SEV,
qui a récemment rejoint la filière cinéma en
ralliant le Blic. Autre chantier important de la chronologie des
médias, celui de la vidéo à la demande. Mode
dexploitation encore balbutiant (même sil est
promis à un bel avenir avec le développement des offres
de TV sur ADSL), le téléchargement payant des uvres
que permet la VOD ne fait pas encore lobjet dune régulation.
Quid de son insertion dans la chronologie des médias ? La
VOD est-elle assimilable au paiement à la séance ou
à la vidéo ? Elle pourrait offrir une plus grande
diversité que la vidéo, en faveur des films français,
relèvent les ayants droit, qui ne veulent pas rater ce marché
potentiel. Le cinéma français se souvient encore être
passé à côté du développement
du marché de la vidéo puis du DVD, avec une part de
marché estimée par les plus optimistes à 20%.
Si le secteur de la vidéo aurait plus intérêt
à ce que ce nouveau marché soit soumis à la
réglementation du PPV, lopérateur Moviesystem
rappelle que la consommation de la VOD est assimilable à
celle de la vidéo. La diffusion des films par VOD se fait
aujourdhui à six mois. Une discussion a été
engagée entre les intéressés en vue daboutir
à un accord collectif. Quoi quil en soit, ce mode dexploitation
doit faire aussi lobjet dune cession séparée
et rémunérée dans les contrats. Le téléchargement
des films nest assimilable à la vidéo que si
lon parvient à une vraie protection des fichiers, estime
Pascal Rogard. Si les opérateurs sengagent sur ce point
et sur une contrepartie envers la création, il ny pas
de raison de différencier ce support de la vidéo.
Ce dossier pourrait bien néanmoins devoir attendre le règlement
des discussions actuelles entre Canal+ et les professionnels sur
la chronologie des médias. Autre problème, les délais
de diffusion des films dont les chaînes en clair sont coproductrices.
Si elles peuvent diffuser les films 24 mois après leur sortie
(contre 36 pour les chaînes non coproductrices), ces derniers
ne le sont, le plus souvent, quà 30 mois, en raison
des deuxièmes fenêtres de TPS ou CinéCinéma,
contraintes que les chaînes publiques sont obligées
daccepter plus souvent désormais, suite à la
baisse des apports de Canal+.
3/ Quelle chronologie idéale ?
Pour René Bonnel de Francetélévisions,
il faut trouver un équilibre raisonnable pour permettre
à tout le monde de respirer. Il est capital de protéger
lexploitation en salle mais il faut aussi harmoniser les délais,
notamment pour les coproductions faites par les chaînes publiques.
Nous ne voudrions pas que la situation se dégrade et nous
serions en faveur dun léger raccourcissement de nos
délais. Enfin, le secteur de la vidéo devrait contribuer
financièrement de manière plus importante. Pour
lARP, Michel Gomez ne dit pas autre chose : La chronologie
idéale est celle où les modes de diffusion sont complémentaires
et remontent le plus dargent pour les ayants droit, résume-t-il.
Or aujourdhui, le bug, cest le DVD. Sont aussi
touchés les diffuseurs en clair : le poids de leur contribution
dans les films et les délais qui leur sont imposés
deviennent un élément critique. Pour ces derniers
également, la chronologie idéale serait un délai
dexploitation proportionnel à lapport financier
des différents partenaires. La chronologie actuelle peut
aussi apparaître un peu rigide pour certains films, notamment
certaines uvres françaises qui réalisent très
peu dentrées en salle. Une option envisagée
serait alors davoir la possibilité de sortir le film
plus tôt en DVD, et pour ceux qui ne sont pas exploités
en DVD, de pouvoir les diffuser plus tôt sur les télévisions
payantes. Dernier élément indissociable pour une chronologie
des médias idéale : la lutte contre le piratage. Il
faut lutter contre le détournement de recettes par les fournisseurs
daccès à internet, estime Marin Karmitz,
partisan dun statu quo sur les délais actuels. À
linverse, la montée en puissance de la piraterie, si
elle doit être combattue, justifie une mise à disposition
plus rapide des uvres, pour Pascal Rogard.
On le voit, le dossier de la chronologie des médias est autrement
complexe car il met en jeu un certains nombre dintérêts
particuliers, difficilement conciliables. Du DVD, qui reste encore
aujourdhui le grand épouvantail, jusquà
la volonté affichée de Canal+ de tirer un meilleur parti
de son investissement dans le cinéma en ayant la possibilité
de mieux lexposer sur ses chaînes, les discussions qui
devront aboutir avant la fin de lannée promettent dêtre
longues. Et les concessions des uns et des autres indispensables.
Sarah Drouhaud et Fabrice Leclerc 
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