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Sophie Dacbert

 

 

Polémique

Les plus grands festivals du monde ne peuvent échapper aux polémiques, rançon de leur aura et de l’influence qu’ils exercent sur la carrière des films et des artistes. À quinze jours de l’ouverture de Cannes, Thierry Frémaux est accusé par le producteur Paulo Branco d’avoir écarté le film de Christophe Honoré, Ma mère, dans un jeu de pouvoir avec Gilles Jacob. Dans nos colonnes, le réalisateur livre sa déception, que l’on comprend aisément si, en effet, il a cru jusqu’au dernier moment à une sélection. Pour autant, la polémique est-elle recevable ? Outre le fait qu’on imagine mal une promesse non tenue de la part du directeur artistique de Cannes, ce type de procès ne peut qu’être néfaste, pour le film, pour le festival et plus globalement pour le cinéma français. L’année dernière, on a reproché le trop grand nombre de films français dans la compétition cannoise. La polémique a été envenimée par les journalistes américains qui ont dénoncé, avec une mauvaise foi manifeste, l’omniprésence de la France jusque dans les films étrangers. Thierry Frémaux a tenu compte des critiques. Il est revenu à trois films français en lice pour la Palme, contre cinq en 2003, sans compter Ce jour-là de Raul Ruiz (qui concourait pour la Suisse)… produit par Paulo Branco, producteur habitué du Festival. Mais Cannes n’est pas un dû et la règle du jeu est connue de tous. Marco Müller, nouveau directeur du Festival de Venise, la rappelle ici : “Venise, comme Cannes, propose une sélection, et non une programmation.” Et de souligner, “la nuance est importante”. La sélection officielle cannoise ne compte que 35 films, dont 18 en compétition, et 21 à Un certain regard. Même s’il limite le nombre d’œuvres, l’équilibre est bon au point que le Festival de Venise va le prendre comme copie conforme. Après les nombreuses critiques sur sa sélection aussi pléthorique que désordonnée, Venise va se resserrer autour d’une vingtaine de films en compétition officielle (pour six prix), ainsi qu’une vingtaine de films au Certain regard vénicien, baptisé “Venise horizon”. À trop polémiquer on risque de dégoûter le public des films… et les auteurs du cinéma.

Vendredi 30 avril 2004



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