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ENTRETIEN DU FILM FRANCAIS

Hervé chabalier
PDG de Capa

Le 1er août 1989, Hervé Chabalier créait la société de production Capa avec l’ambition de faire de la télévision citoyenne. Quinze ans plus tard, l’ancien journaliste produit pour l’ensemble du PAF sans déroger à son credo. En témoigne son dernier-né : une série documentaire de dix fois 60 minutes, 3 600 secondes, programmée dès dimanche sur France 3.

 
   

Le 18 avril à 18 heures, France 3 lancera votre dernière production, 3 600 secondes, située à mi-chemin, dites-vous, entre Strip Tease et 24 heures que vous produisiez jadis pour Canal+.
À Capa, notre métier a toujours été de faire de l’information et d’approcher le plus possible la réalité que l’on vit. Avec 3 600 secondes, l’idée était de dire aux téléspectateurs : “Vous êtes des petites souris à qui l’on va faire découvrir, sans que l’on n’y change rien, un certain nombre de situations ou d’événements intéressants et significatifs.” Le quotidien dans un collège classé en zone d’éducation prioritaire, des comparutions immédiates au tribunal de grande instance de Lyon…

En quoi 3 600 secondes se distingue des nombreux reportages ou documentaires déjà consacrés à ces sujets ?
Les thèmes choisis ne sont volontairement pas “scoopesques”. Notre propos n’est pas d’apporter des informations nouvelles mais de faire ressentir l’événement au téléspectateur et lui permettre de mieux le cerner. Pour parvenir à cela, nous avons intégré deux nouveaux outils qui sont la durée et la simultanéité. Dans une télévision autozappante qui écrase le temps, l’accélère et le compresse, nous, on fait le pari de lui redonner une valeur informative parce qu’on pense qu’il ne suffit pas de comprendre les choses mais qu’il faut aussi les ressentir. Le deuxième élément, déjà un peu utilisé dans certaines émissions, mais que nous systématisons, c’est la simultanéité restituée à l’écran par le multiscreen.

Quel est le dispositif technique mis en place ?
Pour chaque film, on utilise entre quatre et six caméras, qui tournent entre six et huit heures par jour en plans-séquences, avec une caméra leader. Les journalistes sont équipés de talkies-walkies pour savoir à tout moment ce que tournent les uns et les autres. Cela permet à l’arrivée, non pas de monter mais de mettre en scène l’image principale avec, à côté, d’autres images.

En ces temps de petite révolution dans l’écriture du documentaire, comment qualifieriez-vous 3 600 secondes ?
Est-ce du magazine ? Du documentaire ? Je ne sais pas bien. C’est un ovni, un nouveau format comme en effet il y en a, et il y en aura de plus en plus dans le documentaire. Dans notre domaine, qui n’est pas du divertissement mais une télévision d’information et de réflexion, il nous faut inventer le plus possible de formats nouveaux pour faire accéder à la connaissance le maximum de téléspectateurs. Que ce soit en utilisant de la fiction, de l’enquête, du reportage pur ou un mélange de tous ces genres. Peu importe ! Le docufiction, ou docudrama, selon comme on l’appelle, représente à cet égard un enjeu aujourd’hui très important.

Quels sont vos projets en la matière ?
Nous développons deux projets que j’espère pouvoir tourner cet été. Un sur le SAC pour Canal+ et un autre sur l’OAS pour TF1. Ce dernier est un 90 minutes qui mêlera archives, interviews, témoignages et reconstitutions. La partie enquête a été réalisée avec Guy Benhamou. Notre propos est d’éclairer les faits mais également d’apporter des informations supplémentaires sur, par exemple, les commanditaires de l’attentat du Petit-Clamart. Pour une société comme Capa, qui réunit journalistes et professionnels de la fiction, ce genre nous correspond parfaitement. À ce propos, je m’interroge sur la façon dont le CNC va intégrer l’arrivée sur le marché du docufiction. Le soutiendra-t-il comme si c’était de la fiction ou du documentaire, qui est moins bien financé ? Pour notre projet sur l’OAS par exemple, dans la mesure où celui-ci comportera entre 50% et 70% de fiction, nous allons demander au CNC un financement supérieur à un documentaire classique. La réglementation devra nécessairement s’adapter.

Dans le monde très concentré de la production, vous faites partie des rares derniers indépendants. L’hypothèse de s’adosser à un grand groupe, un temps envisagée, est-elle d’actualité ?
Non. Capa a fait, en 2003, une de ses meilleures années, avec un chiffre d’affaires consolidé qui atteint 21,9 ME et un résultat net consolidé de 600 000 euros. Ces bons résultats, nous les devons notamment à Capa Entreprises, la filiale avec laquelle nous produisons des films d’entreprise, des formats courts…, et Capa Presse. L’actualité internationale nous a permis de vendre nos images dans le monde entier, y compris aux Américains. En France, nous sommes de plus en plus présents sur les grandes émissions de reportage, que ce soit Envoyé spécial, Des racines et des ailes ou Arte Reportages. Nous produisons par ailleurs J’m’en mail, sur France 5 à partir du 21 avril (cf. p. 8). Sur Capa Drama [dédiée à la fiction, NDLR], la situation est moins facile. On continue de digérer le choc de l’arrêt d’Âge sensible et de Police District. J’ai néanmoins pris la décision d’aller plutôt vers l’investissement que vers le repli. On vient de tourner une série pour France 2, Trois femmes flics. Il nous faudra toutefois développer plus de projets. Sur ce secteur, enfin, nous avons entamé un tournant pour aller vers de la fiction plus “main stream”.

“Main stream”, c’est-à-dire ?
Jusqu’à présent, nous avons fait le choix de produire une fiction extrêmement réaliste. C’était pour nous un autre moyen de continuer à raconter le monde qui, en général, intéresse les journalistes : celui qui ne va pas trop fort. Cela nous a conduits par conséquent à proposer des fictions à la tonalité assez grave et noire, dont on a fini par nous dire qu’elles étaient anxiogènes. En tant que chef d’entreprise, j’ai donc décidé d’adapter notre offre à la demande.

N’est-ce pas une forme de renoncement ?
Je ne le prends pas comme tel mais comme une palette supplémentaire. Avec le docudrama, par exemple, nous n’allons pas abandonner les événements de ce monde et l’histoire immédiate.

Un commentaire sur le pilote de Paul Sauvage qui n’a réuni que 3,3 millions de téléspectateurs pour une PDA de 13,4% le 31 mars sur M6 ?
Très décevant. On ne comprend pas les raisons pour lesquelles ça n’a pas marché. Mais ce n’est pas du tout ça qui va remettre en cause notre volonté de continuer à aller vers une fiction plus grand public que celle qu’on faisait jusqu’à présent.

Quid de votre filiale Cinéma créée en 1989 ?
Elle est pour l’instant en stand-by. Nous avons actuellement un projet au CNC qui s’appelle Chasseurs de tête. Si l’on parvient à décrocher l’aide dont on a besoin, on continuera. Je n’ai pas l’intention de stopper cette filiale même si, aujourd’hui, ce n’est pas le chantier prioritaire.

Quelles sont les autres perspectives de développement possibles pour Capa ?
Après deux ans de travail, nous arrivons à l’aboutissement d’un département, Capa Éducation, qui pour le moment s’adresse aux enseignants et aux élèves, mais pourrait connaître des déclinaisons à la télévision. L’autre projet, c’est la création d’une école de journalistes reporters d’images qui pourrait accueillir une vingtaine de personnes sur deux ans. Capa est aujourd’hui une marque que l’on identifie. Pour nous qui avons toujours aimé transmettre ce qu’on savait faire, monter cette école serait une façon d’aller au bout de la démarche.

Propos recueillis par Emmanuelle Miquet


vendredi 30 avril 2004

"“3 600 secondes” est un genre d’ovni qui va se multiplier dans le documentaire.”



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