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ÉVENEMENT
Le nouvel homme fort de Venise sort sa griffe
Lancien directeur des festivals de Rotterdam,
Locarno et Pesaro, compte réformer en profondeur la Mostra
de Venise et annonce Terminal de Spielberg en ouverture du festival.
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Marco Müller, nouveau
directeur de la Mostra.
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Vous avez commencé à
travailler le 5 mars en tant que directeur de la Mostra. Pourtant,
ces dernières semaines ont été marquées
par des querelles politiciennes sur votre rôle de producteur.
Où en sommes-nous ?
Marco Müller : Je ne veux pas prêter trop dattention
à la politique à litalienne. Limportant
cest le cinéma et de travailler à la prochaine
édition de la Mostra. Certains me reprochent davoir
continué à produire des films jusquau jour de
ma nomination[au sein de Downtown Pictures, sa société
de production], or cétait la condition sine qua non
pour que jaccepte de diriger le Festival de Venise. Tout le
monde sait que la RAI finance une partie de mes productions depuis
1997, et a un accord cadre avec Downtown signé en juillet
2002 et annoncé à Venise en septembre de la même
année. Ils parlent de conflits dintérêt
or il va de soi que les films que jai produits ne seront jamais
présentés à la Mostra. Jai confié
à Downtown la production de trois films de genre, adaptés
du travail dauteurs italiens : Valerio Evangelisti, Eraldo
Baldini et Igort.
On vous a proposé trois fois de diriger la Mostra. Pourquoi
finalement dire oui ?
Tout dabord, parce que la Mostra de Venise est un des
plus beaux cadeaux que lon peut offrir à un Italien
avec le poste dentraîneur de léquipe de
football ! Plus sérieusement, ce sont des collègues
réalisateurs et producteurs qui mont convaincu. Ils
mont tous dit : tu dois le faire pour nous et prouver
au Monde que la Mostra peut être indépendante.
Jai alors consulté la profession, producteurs, distributeurs,
vendeurs et journalistes pour connaître leur cahier des doléances.
On dit que vous voulez faire de Venise un deuxième Cannes
?
Tout dabord, jaimerais dire quil nexiste
aucune surenchère entre Cannes et Venise. Jai une longue
amitié avec Thierry Frémaux et une relation destime
réciproque avec Gilles Jacob depuis des années. Les
films doivent choisir le festival qui leur convient le mieux. Bien
sûr, Venise et Cannes ont des points communs. Tout dabord,
il sagit de festivals indépendants où lon
donne à voir un cinéma de cinéastes, ainsi
quune sélection et non une programmation. Nuance importante.
Je compte également restructurer Venise sur un modèle
assez semblable à celui de Cannes avec une compétition
officielle et, en parallèle, Venise horizon,
une sorte de Certain regard vénitien.
Cela veut donc dire beaucoup moins de films et de prix ?
En effet, cette année je compte montrer 60 films au
lieu des 130 de lan dernier. Venise ne doit pas se transformer
en super Rotterdam, super Turin ou super Locarno. Nous aurons donc
une vingtaine de films en compétition, une vingtaine de films
à Venise horizon, 10 films de minuit et sept films dédiés
au numérique par des cinéastes ne travaillant que
sur ce médium. Pourquoi une sélection purement numérique
? Parce que le phénomène est trop important pour être
écarté, et que dans certains pays, notamment en Afrique,
la production nationale se fait, en large partie, en numérique
et demeure par conséquent ignorée de la majorité
des festivals. Pour les films de minuit, nous comptons sur un public
jeune, jai donc demandé au maire de Venise de rouvrir
le camping du Lido, fermé depuis 20 ans. Enfin, Venise restera
fidèle aux rétrospectives en copies restaurées.
Je peux, dores et déjà, annoncer le thème
de celle de septembre : Lhistoire cachée du cinéma
italien. Autrement dit, les films de genre des années
1960 et 1970. Pour ce qui est des prix, il y en avait trop, cela
finissait par les déprécier. Il ny aura donc
quun seul prix pour la section Horizon et les six prix classiques
pour la compétition officielle.
On parle dautres grands chantiers, quels sont-ils ?
Quand je commence un travail, quel quil soit, jaime
étudier le terrain. Et dresser un premier bilan. Jaimerais
faire de la Mostra un sismographe, un moteur permanent, un laboratoire,
la pierre angulaire dun réseau déchanges.
Je songe à une Biennale des éditeurs de cinéma
qui susciterait la publication douvrages sur le cinéma
ainsi que lédition en DVD des films restaurés,
présentés dans les rétrospectives. Jaimerais
aussi créer une synergie entre la diffusion au festival et
la diffusion dans les salles. Initier également de gros travaux
de restauration numérique de films du patrimoine. Nous sommes
en train de transformer la salle Perla en fonction des chantiers
de restauration initiés par la Biennale Cinéma. Elle
sera dotée dune projection numérique de très
grande qualité. Jaimerais également faire profiter
les Vénitiens de toutes ces initiatives. Jai demandé
à Luciano Benetton, propriétaire de nombreux bâtiments
à Venise, de nous prêter des espaces afin de suppléer
à la fermeture une à une des salles de cinéma
de la ville.
Dans quels buts avez-vous fait appel au grand décorateur
Dante Ferretti et au restaurateur Nicola Mazzanti ?
Dante Ferretti [décorateur de Fellini, Pasolini et Scorsese],
pour des projets dinfrastructure mais je ne peux vous en dire
plus pour le moment. Et Nicola Mazzanti [restaurateur des films
de Chaplin édités par MK2], pour un projet datelier
et laboratoire de copies anciennes qui travaillerait toute lannée
à Venise. Nous sommes depuis quelque temps en pourparlers
avec des partenaires américains et européens comme
le B.F.I. (British Film Institute).
Quels sont les films que vous pouvez déjà annoncer
pour lédition prochaine ?
Le film douverture : Terminal de Steven Spielberg avec
Tom Hanks et Catherine Zeta-Jones. Pour le reste de la sélection,
il faudra attendre la fin juillet !
Propos recueillis par Agnès Catherine Poirier
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