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EDITO
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Sophie Dacbert
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Entre-deux
Deux : le chiffre est revenu sans cesse durant ce
56e Festival de Cannes. Jusquà un palmarès binaire,
élaboré par un jury qui a mis volontairement en opposition
deux formes de cinéma : les films généreux
rares au point que quatre seulement auraient eu droit au
gâteau ? , contre les films que Patrice Chéreau
a lui-même avoué avoir sanctionnés pour leur
mépris et leur cynisme.
Deux, donc, comme les plus grands prix, Palme dor et mise
en scène, décernés, au mépris du règlement,
au même réalisateur, Gus van Sant ; comme les deux
prix dinterprétation masculine au même film turc,
Uzak ; comme les deux récompenses pour lun des rares
coups de cur du public cannois, Les invasions barbares ; comme
les deux grands absents du palmarès : Dogville et Mystic
River. Deux, comme les doublés qui auront aussi émaillé
la sélection : Ludivine Sagnier, présente dans Swimming
Pool et La petite Lili, Bernard Giraudeau dans Ce jour-là
et La petite Lili, Laurent Lucas dans Qui a tué Bambi ? et
Tiresia, ou même le Canadien Yves Jacques, dans Les invasions
barbares et La petite Lili
En fait, cest toute lédition
2003 qui aura, du Festival au Marché, de lambiance
générale à la médiatisation internationale,
donné ce sentiment de dualité et donc de malaise.
Les Américains ont dénoncé dentrée
de jeu une prétendue French Connection qui verrouillerait
la sélection, soit par le biais des sociétés
de ventes internationales, soit par le jeu de la coproduction, soit
par la présence de cinq films français sur les 20
en lice. Ce procès, qui fait fi des liens aussi indispensables
que salutaires que la France a su nouer avec les cinéastes
du monde entier, est particulièrement mal venu quand on sait
laccueil réservé par les mêmes grands
médias américains à la Palme dor, pourtant
attribuée à un cinéaste américain, mais
insuffisamment commercial pour faire lobjet dun quelconque
intérêt national. Alors, que retiendra-t-on : un petit
Festival qui a accouché dun éléphant
? Plutôt un Festival entre-deux.
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