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PORTRAIT DU FILM FRANCAIS

George Clooney
Acteur, réalisateur

Affable, simple et passionné, George Clooney est loin de l’image d’Épinal que l’on se fait de la star hollywoodienne. Il faut dire que l’acteur aime le cinéma, et cela se sent. À l’occasion de la sortie en juin de son premier film – réussi – en tant que réalisateur, Confessions d’un homme dangereux, il parle avec franchise de ses choix cinématographiques et de ses rapports avec l’etablishment hollywoodien.

 
 

 

Qu’est-ce qui vous a amené à passer derrière la caméra pour Confessions d’un homme dangereux ?
Je n’avais pas à l’origine une véritable envie de réaliser un film un jour ou l’autre. On m’a proposé le script de Confessions d’un homme dangereux il y a cinq ou six ans et c’est le meilleur scénario que j’ai pu lire depuis de longues années. Beaucoup d’acteurs et de réalisateurs y ont été attachés, beaucoup de versions du scénario ont été faites sans que jamais rien n’aboutisse. Finalement, j’étais tellement attaché à l’histoire originale telle que je l’avais découverte que j’ai décidé de le reprendre moi-même. J’ai renoncé à tout salaire en tant qu’acteur et producteur tout en me lançant dans la réalisation. Je voulais à tout prix que ce film existe.

Le destin de Chuck Berry, animateur vedette de la télé qui devient espion avant de sombrer dans la folie, est assez étonnant…
C’était une star aux États-Unis et son parcours a fait scandale… Il a incarné une certaine libération des mœurs dans les années 70 à travers ses jeux télévisés. Il se voyait comme une rock-star, comme une sorte de Dieu. Pourtant, le challenge pour moi était de ne pas faire une biographie fidèle mais de faire vivre Berry comme un personnage à part entière, afin que le film puisse être compris hors des États-Unis, où on ne connaît pas forcément ce personnage hors normes. J’ai voulu montrer le cheminement d’un homme qui n’a jamais réussi à faire des choix dans sa vie et qui a fini par se perdre totalement.

Selon vous, a-t-il été l’un des précurseurs de la trash TV telle qu’on la connaît actuellement ?
Il a certes aidé à dévergonder la télévision américaine à une époque où tout était encore très figé. Mais, même s’il a créé de nouveaux concepts comme les dating-games [à l’instar en France de Tournez Manèges, Ndlr], il n’avait pas la volonté de provoquer. Il a juste profité d’un vent de liberté qui soufflait à cette période. Chuck Berry ne cherchait pas à choquer à tout prix, même s’il l’a fait inconsciemment. Il a juste profité d’un système, sans se rendre compte qu’il a aidé à repousser certaines limites…

Il y a une brochette de petits rôles et d’apparitions dans votre film où l’on retrouve Julia Roberts, Matt Damon ou Brad Pitt. Seul un acteur peut arriver à les convaincre d’accepter cela ?
Ce sont des amis, voilà pourquoi ! Cela m’amusait de faire venir Brad Pitt ou Matt Damon à Montréal pour une journée de tournage, sans scénario ni dialogues, juste pour faire de la figuration aux détours d’un plan…

Vous semblez avoir été influencé par le travail et la patte de cinéastes dont vous êtes proche comme Steven Soderbergh, Roberto Rodriguez ou les frères Coen…
À cela près, qu’eux et moi avons toujours eu comme envie de retrouver la patte de ceux qui ont fait le grand cinéma américain des années 60 et 70 : Mike Nichols, Alan J. Pakula, Hal Hashby ou Bob Fosse. J’ai tenté dans Confession d’un homme dangereux de m’inspirer de leur style, de cette manière qu’ils avaient de faire de la caméra un personnage à part entière de l’action. Chuck Berry est également un personnage qui n’évolue pas, qui ne passe par aucun cheminement moral pour changer ou se bonifier. Il est à l’image des héros de certains des grands films des seventies que j’apprécie entre tous. Pour moi, l’une des références essentielles de cette période demeure Ce plaisir qu’on dit charnel de Mike Nichols…

C’est aussi pour retrouver l’essence de cette génération de metteurs en scène que vous êtes devenu producteur avec votre ami Steven Soderbergh ?
Là encore, il n’y avait pas de ma part une envie fondamentale de devenir producteur, mais ce sont des scénarios et des rencontres qui nous ont poussés à nous investir sur des films difficiles ou différents comme Bienvenue à Collinwood d’Anthony et Joe Russo, Memento de Christopher Nolan ou encore Loin du paradis de Todd Haynes. Tout cela en essayant de profiter au mieux du système hollywoodien. Bien sûr, les studios misent sur nos noms et nous proposent constamment des scénarios de blockbusters alors qu’ils n’ont plus le courage de produire des films plus difficiles ou intimistes. Mais l’objectif que nous avons avec Steven n’est pas de faire 500 M$ de recettes sur chacune de nos productions, mais de tenter de refaire aujourd’hui ce que Coppola ou Lucas ont initié dans les années 70 : profiter de leur renommée pour faire venir de vrais auteurs au sein des grands studios. Nous faisons office de protecteurs et d’incubateurs. Nous avons un accord non exclusif avec Warner, nous disposons du final cut en tant que producteurs et nous, nous le rétrocédons aux réalisateurs. Cela s’est passé de la même façon avec Miramax pour Confessions…

Vous poursuivez un parcours assez atypique à Hollywood. Vous êtes une star, vous avez connu la gloire à la télévision, vous défendez le cinéma d’auteur, vous semblez à l’aise dans les blockbusters comme dans les petites productions…
Certains pensent parfois que je suis nonchalant, mais ce n’est pas vrai. La télévision et le cinéma ont véhiculé une image qui n’est pas totalement la mienne. Je suis quelqu’un qui cherche avant tout à prendre du plaisir dans le travail qu’il fait, c’est pourquoi je renie très peu des choses que j’ai faites. Lorsque j’ai débuté ma carrière, j’ai tourné dans une série de navets car il fallait que je mange. Mais je garde un excellent souvenir de cette période. J’ai beaucoup aimé tourner dans Urgences, car si la série m’a fait connaître du grand public, elle m’a surtout amené de vraies joies en tant qu’acteur. Je garde d’ailleurs des contacts avec plusieurs des acteurs de la série : Noah Wyle, Eriq La Salle ou Juliana Marguiles. C’est également la recherche du plaisir qui m’a fait travailler avec des auteurs comme les frères Coen ou Steven Soderbergh. Ce n’était pas calculé de ma part. Je ne me suis jamais dit : “Tiens, je vais faire un film d’auteur à petit budget pour étonner le public et les critiques et pouvoir me retrouver en sélection au Festival de Cannes.”

Comment avez-vous vécu l’échec de Solaris où vous jouiez une nouvelle fois sous la direction de Steven Soderbergh ?
C’était un film essentiel pour Steven, mais il faudra dix ans pour qu’on le reconnaisse à sa juste valeur. Au moment de la sortie du film, les responsables de la Fox ont pris peur, ils se sont un peu désintéressés de Solaris en le sortant comme une grande superproduction de Noël, comme une sorte d’Ocean Twelve !

Propos recueillis par Fabrice Leclerc


vendredi 30
mai 2003

“Je suis quelqu’un qui cherche avant tout à prendre du plaisir dans le travail qu’il fait”


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