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ÉVENEMENT
Un Elephant dans un Festival de porcelaine
Gus Van Sant remporte la Palme dor et la
France repart bredouille au terme dune compétition
diversement appréciée et dun palmarès
établi par défaut.
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Gus Van Sant cumule la Palme
dor et le prix de la mise scène pour Elephant.
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Cest un jury uni
qui se présente devant vous. Cette remarque de Patrice
Chéreau en préambule de la remise des prix du 56e
Festival de Cannes avait un but précis : faire passer la
pilule dun palmarès concentré sur quatre films,
faute dune sélection que plusieurs jurés nauront
pas hésité à juger bien faible dans leurs commentaires
à la presse après la cérémonie. Il aura
même fallu demander à Gilles Jacob une dérogation
au règlement du Festival qui interdit de décerner
deux prix à un même film (hors prix dinterprétation).
Bref, le jury ne sest pas privé de faire comprendre
quil avait établi un palmarès par défaut.
Elephant de Gus Van Sant a donc décroché la Palme
dor, étonnamment doublée dun prix de la
mise scène pour le moins redondant. Cette étude clinique
du cheminement de la jeunesse américaine vers la violence
était lun des films favoris des festivaliers comme
de la presse. Produit à lorigine pour la télévision
(HBO), Elephant est emblématique de luvre de
Gus Van Sant, cinéaste américain marginal qui a toujours
su osciller entre film dauteur (Gerry, My Own Private Idaho)
et productions plus hollywoodiennes (Prête à tout,
Good Will Hunting, À la recherche de Forrester).
En récompensant ce film, le jury a aussi tenté de
lancer une nouvelle passerelle entre lEurope et les États-Unis
dans un contexte transatlantique tendu depuis plusieurs mois. Mais
le sacre dElephant se fait aux dépens de lautre
grand favori à la Palme (et des étoiles
de la presse française, cf. p. 22), Dogville de Lars Von
Trier qui a essuyé un véritable camouflet de la part
du jury, Patrice Chéreau ayant lui-même qualifié
le film de nihiliste. Enfin, lautre grand coup
de cur des festivaliers, et prétendant à la
récompense suprême, Les invasions barbares de Denys
Arcand, repart avec un prix du scénario et un prix dinterprétation.
Deux récompenses que daucuns verront comme un lot de
consolation. Dernière surprise : le double sacre de Uzak
(grand prix du jury et double prix dinterprétation
masculine) qui met en lumière le travail dun nouveau
venu sur la Croisette, le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan.
Le prix du jury attribué à Samira Makhmalbaf pour
À cinq heures de laprès-midi semble, lui, plus
attendu, en regard du sujet du film et de son environnement. Quatre
films récompensés sur 20 en compétition, voilà
qui fait donc beaucoup de déçus. Clint Eastwood (Mystic
River), Alexandre Sokourov (Père et fils) ou Lou Ye (Purple
Butterfly) en savent quelque chose. Mais, plus encore, le cinéma
français ne doit sa présence au palmarès quau
court métrage de Juan Solanas, Lhomme sans tête
(prix du jury). Ni Claude Miller, ni Francois Ozon, ni Bertrand
Bonnello, ni André Techiné et encore moins Bertrand
Blier nont donc convaincu le jury, même si les prestations
dEmmanuelle Béart dans Les égarés et
de Charlotte Rampling dans Swimming Pool ou encore le scénario
de La petite Lili avaient beaucoup de défenseurs sur la Croisette.
Le fait que la France ait été indirectement en lice
cette année dans 18 des 20 films présentés
en compétition a dailleurs suscité la polémique
tout au long de cette quinzaine, au gré notamment dun
article vengeur de lhebdomadaire américain Variety
qui considérait quessayer de partir à
lassaut de la compétition du Festival de Cannes sans
partenaire français était probablement voué
à léchec. Gilles Jacob, le président
du Festival a répondu à cela en notant que, malgré
limportante participation des Français dans le financement,
la vente et la distribution des vainqueurs de la Palme dor
depuis dix ans, le nombre de Palmes dor françaises
depuis 1956 est très bas, y voyant la trop grande
élégance des jurés français qui, contrairement
aux autres, ne votent pas systématiquement pour des films
de leur pays. En revanche, léquipe dirigeante
du Festival est restée plus discrète sur les interrogations
qui se sont fait jour dans la presse sur la légitimité
du comité de sélection des films français pour
le Festival, autre polémique cristallisée autour de
la présence des Côtelettes de Bertrand Blier qui a
fait les frais dun accueil général pour le moins
négatif.
Finalement, festivaliers et journalistes seront daccord pour
épingler un petit cru du Festival de Cannes,
tant sur le plan artistique (films noirs, polémiques et scandales
inutiles) que professionnel. Certes, la conjoncture extérieure
(guerre en Irak, SRAS, attentats, grèves) aura pesé
sur lambiance et le bon déroulement de la manifestation.
Ce qui sest notamment traduit par un marché somme toute
au ralenti. Mais Cannes na pas su éviter cette année
léternel écueil de lopposition entre cinéma
dauteur et cinéma populaire, au risque de faire rejaillir,
une nouvelle fois, la théorie du divorce entre le Festival
et le public. Le 56e Festival de Cannes est mort un peu plus rapidement
que dhabitude. Alors, vive, dores et déjà,
le 57e
Fabrice Leclerc
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