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Cinéma français : la relève assurée

Enfin, il y a les tout jeunes, “le champ de tous les possibles”, comme les décrit Stéphane Célérier, qui dirige la société de distribution Mars Films, créée par Jean Labadie pour explorer justement les nouveaux territoires. Parmi ces nouveaux venus, Delphine Gleize ou Christophe Honoré vont sortir de l’ombre dès leur premier long métrage en se confrontant aux plus grandes pointures du cinéma international dans le plus grand des festivals. Et si les autres ne sont pas encore vraiment répertoriés, repérés, identifiés, certains créeront sans doute les surprises de demain, comme ce fut le cas hier de Christian Carion avec Une hirondelle a fait le printemps et avant-hier d’Erick Zonca avec La vie rêvée des anges.

Quel que soit leur âge, de 25 ans comme Djamel Bensalah à 38 comme Gaspar Noé, d’où qu’ils viennent, de la filière classique des écoles de cinéma, La femis (Delphine Gleize, Marina de Van, Eric Véniard, Hélène Angel, François Ozon…) ou Louis-Lumière (Laetitia Colombani…) ou du court métrage, le plus grand vivier qui soit, c’est sur eux que repose l’avenir du cinéma français.

Un espoir d’autant plus vif que le cinéma sort d’une période riche d’enseignement. Pour peu que sa curiosité et son goût pour la qualité et la diversité soient stimulés, le public est prêt à se déplacer en masse pour les films français, y compris ceux signés par des inconnus. En témoignent les succès d’Une hirondelle a fait le printemps et ses 3,2 millions d’entrées et À la folie pas du tout et ses 600 000 entrées.

Débarrassés des stigmates d’un cinéma élitiste et ennuyeux, les jeunes cinéastes ne craignent plus de s’engouffrer dans la brèche ouverte par leur aînés, Besson, Chabat, Kassovitz, Gans et autres Pitof et d’élargir ainsi le champ d’action du cinéma français : films d’aventures historiques, d’action pure, polars, contes pour enfants, films de science-fiction et d’horreur fleurissent parallèlement aux films d’auteurs plus ancrés dans la tradition française. Certaines sociétés de production vont d’ailleurs jusqu’au bout de cette démarche, comme Fidélité Productions qui a créé sa ligne B-Movie pour accompagner justement les petits films de genre confiés à de nouveaux venus, comme c’est le cas de Maléfique d’Éric Valette ou Bloody Mallory de Julien Magnat, à venir sur les écrans.

D’ailleurs, si le mouvement est à ce point notable, c’est qu’il s’appuie, sans aucun doute, sur une base plus solide, composée par de nouveaux couples réalisateur-producteur et plus largement de nouvelles familles de cinéma, dont les distributeurs sont partie prenante. Après avoir débusqué et accompagné dans leur lancée Mathieu Kassovitz et Tran Anh Hung, le producteur Christophe Rossignon (Nord-Ouest Production) n’a pu qu’être conforté, avec les films de Christian Carion ou de Gaspar Noé, dans son désir de défricher de nouveaux terrains. Il persiste et signe donc en produisant Jeux d’enfants, le premier film de Yann Samuel avec Marion Cotillard et Guillaume Canet, après celui d’Olias Barco, Snowboarder, film sur la glisse résolument divertissant. Même démarche ouvertement fédératrice de nouveaux talents, pour des sociétés comme Eskwad (Richard Grandpierre), Why Not (Pascal Caucheteux), Fidélité (Marc Missonnier et Olivier Delbosc), La Chauve-Souris (Eric Névé), les Films du Kiosque (François Kraus et Denis Pinault-Valenciennes).

À leurs côtés, des distributeurs soucieux de participer à la relève. “C’est l’essence même du métier de producteur ou de distributeur de rester curieux et de participer à l’éclosion d’un talent”, explique Michel Saint-Jean, qui accompagne en compétition officielle Carnages, le premier film de Delphine Gleize produit par Balthazar Production. Et Stéphane Célérier de conclure : “Il n’est pas question d’enterrer la génération précédente mais bien d’accompagner l’indispensable renouveau. C’est d’autant plus excitant qu’aujourd’hui tout le monde a envie de prendre des risques : les réalisateurs et les producteurs avec des sujets et des univers complètement originaux, mais aussi les comédiens qui ont eux aussi besoin de se ressourcer. Irréversible, qui réunit des stars internationales comme Monica Bellucci et Vincent Cassel, en est le plus bel exemple .”

Sophie Dacbert

Vendredi 31 mai 2002
 
  Vincent Maraval
  La relève


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