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TVFI à l’heure chinoise

À l’occasion de l’année de la France en Chine, TV France International a organisé un premier showcase à Pékin, les 28 et 29 novembre dernier, rassemblant une centaine d’acheteurs chinois.

 
Stéphane France (à droite), Dg de Télé Images International en compagnie d’acheteurs pour les télés chinoises.
Une fois n’est pas coutume, cinéma et audiovisuel français se sont côtoyés le temps d’un vol Paris-Pékin, le 26 novembre dernier, avec un objectif commun : promouvoir leur production respective sur le territoire chinois. Aux côtés d’Olivier Assayas qui se rendait dans la capitale pour y présenter sept de ses films, 26 sociétés de producteurs et distributeurs français partaient, sous l’impulsion de TV France International (TVFI), à la conquête d’un marché cathodique qui s’ouvre à l’étranger. La concomitance des deux événements, qui relève du hasard, est anecdotique, mais symbolique. Dans le cadre des années croisées (celle de la Chine en France et maintenant celle de la France en Chine) et les nombreux échanges politiques et culturels qu’elles ont occasionnés, TVFI a estimé que l’heure était venue de renforcer la collaboration entre les deux pays. Avec, en 2003, un volume estimé entre 800 et 1 000 heures annuelles, soit 13,7% des exportations des programmes français en Asie, la Chine est devenue l’un des partenaires les plus importants derrière la Corée et Japon. “Ce marché est en pleine expansion mais il reste difficile à percer dans la mesure où nous le connaissons essentiellement via les distributeurs”, précise Mathieu Béjot, délégué général de TFVI, rares étant en effet les chaînes qui traitent en direct. La plupart passe ainsi par des intermédiaires. C’est le cas de Francetélévisions Distribution (FTD) lié à Tang Media par un accord portant sur une centaine d’heures annuelles ou encore, Champs Lis International qui a distribué autour de 150 films de Francetélévisions en trois ans.

Dans ce contexte, et fort du potentiel que représente la Chine, la décision d’organiser pour la première fois un showcase à Pékin revêtait presque davantage un caractère politique : être visible, à l’heure où la réglementation en matière de diffusion de programmes étrangers, très stricte, tend à s’assouplir (cf. encadré ci-dessous) et que les projets audiovisuels sont proportionnels à la démesure du pays. Les autorités annoncent par exemple le lancement d’une cinquantaine de chaînes jeunesse en 2006, tout autant dans le domaine du cinéma et du documentaire ! Résultat : le 28 novembre au matin, une centaine d’acheteurs représentant la chaîne nationale (la CCTV qui possède 16 thématiques), et les locales régionales hertziennes et du câble (Beijing TV, Shanghai TV, Sichuan TV…) ont pris d’assaut le Novotel Beijing Peace en quête, essentiellement, de documentaires et de fictions. Après L’enfant des lumières (FTD), avec Nathalie Baye prochainement diffusé sur la CCTV 1 et la série, Lola, qui es-tu Lola ? (2001 Audiovisuel), programmée depuis le 29 novembre sur CCTV8, les téléspectateurs de la chaîne nationale découvriront bientôt des unitaires comme La petite fadette mais aussi Le silence de la mer, dont les ventes ont été conclues par Ellipse Distribution. Moins prisé, bien qu’Intervilles et C’est pas sorcier, distribué par10 Francs, aient été diffusés sur les antennes chinoises, le flux a tout de même eu son petit succès avec Fort Boyard (ALP) qui a suscité l’intérêt de la CCTV, Beijing TV, et de Sichuan TV. En animation, cette fois, Martin Mystère (Marathon) pourrait arriver à l’antenne si toutefois il passe le barrage de la censure, la série étant jugée trop angoissante.

Le cinéma, enfin, offre une opportunité de débouchés intéressante en raison de sa bonne cote sur le territoire. Les œuvres françaises arrivent d’ailleurs à la deuxième place du top des films étrangers diffusés sur la chaîne cinéma CCTV6, juste derrière les États-Unis. Record d’audience de la production hexagonale : La grande vadrouille, la star locale n’étant pas ici Alain Delon mais Louis de Funès ! Aux côtés des traditionnels participants aux showcases de TFVI (FTD, l’INA, Arte, TF1 International, Voyage…), plusieurs sociétés du cinéma (L’agence du court métrage, MK2, CLC Productions…) avaient d’ailleurs fait le déplacement.

Pour autant, il existe encore des freins à l’axe audiovisuel franco-chinois. Celui des tarifs, parfois encore jugés insuffisants (l’heure de documentaire pouvant tomber en deçà des 1 000$) ainsi que la censure qui prohibe tout programme contenant violence, sexe ou traitant de politique, religion, etc. Ces raisons incitent certains, Chinois et Français, à plaider la cause de la coproduction, idéale pour adapter le programme au public national. La coproduction, relativement nouvelle pour les professionnels chinois, revêt à ce jour plusieurs formes. The New France, une série documentaire sur notre pays qui a remporté un immense succès sur Beijing TV, a ainsi été produite par des Français (A7 Media) mais réalisée par une équipe chinoise tandis que pour Homo Sapiens, l’apport fut technique et financier (cf. encadré ci-dessus). “La principale raison de ma participation à ce showcase est de trouver un partenaire français pour des joint-ventures sur des programmes documentaires, d’animation et de divertissement”, confie à son tour Jianying Sun, la directrice du département international de Sichuan TV, par ailleurs séduite par les catalogues de Terranoa, ZED ou Télé Images International. System TV a, quant à lui, mis à profit ce séjour pour signer un projet de coproduction avec Shanghai Media Group et Wuhan Television sur un documentaire historique de 90’ portant sur Auguste François, consul général de la France en Chine, au début du XXe siècle.

En toute logique, TVFI devrait organiser un second showcase à Pékin en 2005. “Cette première étape est nécessaire mais pas suffisante. Cela n’aurait pas de sens de ne pas revenir. Il faut désormais maintenir le contact amorcé”, conclut Mathieu Béjot.

Emmanuelle Miquet

Vendredi 31 décembre 2004

"La coproduction, nouvelle pour les professionnels chinois, revêt plusieurs formes."


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