Cinéma

Annecy 2018 - WIP "Les hirondelles de Kaboul" : "Le dessin comme forme de résistance à l’obscurantisme"

Date de publication : 13/06/2018 - 08:35

L’adaptation du roman de Yasmina Khadra, débouche sur une œuvre à la portée universelle et d’une belle épure graphique.

Les Work in Progress faisant partie des rendez-vous traditionnellement très suivis, celui consacré mardi matin aux Hirondelles de Kaboul, le projet porté par Les Armateurs* et coréalisé par Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mevellec, n’a pas démérité, bien au contraire. Adapté du roman de Yasmina Khadra, le film situe son action durant l’été 1998 dans Kaboul en ruines, occupé par les talibans. "Atiq et Mussarat sont mariés depuis de nombreuses années et ne se parlent presque plus. Lui supporte mal sa sinistre vie de gardien de prison pour les femmes. Elle, souffrant d’une maladie incurable, est à l’agonie. Mohsen et Zunaira sont jeunes, ils s’aiment profondément en dépit de la violence et de la misère quotidienne, ils veulent croire en l’avenir. Un geste insensé de Mohsen va faire basculer leur destin dans la tragédie".

"Nous travaillons sur ce film depuis 2012", a rappelé d’entrée de jeu Ivan Rouveure, directeur général délégué des Armateurs qui assure la production exécutive du projet. "Le projet avait été initié par la société Mysteo qui avait lancé la première adaptation du scénario. Ayant rencontré quelques difficultés dans le montage financier, ils sont venus nous voir et nous sommes immédiatement partis dessus." Au départ développé pour être réalisé en prises de vues réelles, le projet est rapidement imaginé en animation. "Cela permet au spectateur de se projeter un peu plus loin que le dessin en lui-même, souligne Zabou Breitman. En outre, on peut y mettre beaucoup plus de soi et de son propre imaginaire. Et montrer ces femmes par le dessin, alors que c’est interdit par les talibans, apparaît également comme une forme de résistance à l’obscurantisme."

L’étape suivante fut de trouver des réalisateurs. Mysteo ayant déjà pris contact avec Zabou Breitman, la relation va se confirmer. "C’était une évidence car nous voulions un point de vue de femmes pour ce sujet qui n’était pas naturel en animation", précise Ivan Rouveure. Restait ensuite à trouver un univers graphique. À la suite d’un appel à auteurs, le travail de Eléa Gobbé-Mevellec va s’imposer. "L’action se déroule en 1998, or on a l’impression que cela se déroule il y a très longtemps et que c’est très loin de nous, explique Zabou Breitman. Mais Eléa avait fait un dessin représentant un taliban avec une cigarette et des Ray-Ban. Cela conférait un aspect très actuel et concret à l’image. C’était une proposition très forte, d’autant qu’elle symbolisait le soleil écrasant de Kaboul en faisant parfois disparaître les lignes du dessin." Parallèlement, Zabou Breitman retravaille le scénario écrit par Sébastien Tavel et Patricia Mortagne, notamment au niveau des dialogues.

Un casting est opéré très en amont, l’idée étant de faire incarner les personnages par des comédiens. Les principaux seront Simon Abkarian, Hiam Abbass, Swann Arlaud et Zita Hanrot, amenés ensuite à travailler et tourner les scènes avec une vraie liberté de recherche, dont vont ensuite s’inspirer directement les animateurs. "Le mélange entre l’hyper réalisme du jeu et cette image délicate en 2D, fournit à mes yeux un résultat très sensible et intime", souligne Zabou Breitman.

Pour le graphisme, Eléa Gobbé-Mevellec a développé un style très épuré et contrasté. "C’est ce que j’avais ressenti à la lecture du livre. Au début est apparu un contraste noir et blanc, dans lequel la couleur est venue en donnant une image parfois très surexposée." Le choix de tracer les décors en quelques traits noirs va dans le sens de cette épure, la mise en couleur permettant de gommer au maximum le trait, en faisant alors figurer les contours par le biais de la lumière, parfois très dure, du soleil. Autre travail très fin sur l’image, celui opéré sur une poussière omniprésente, visible au travers d’effets subtils de densification de l’atmosphère.

Côté production, le film est centré sur une cible adulte, son budget étant de 5,7 M€. "Ce qui amène certaines contraintes car les exigences artistiques sont assez relevées, appuie Ivan Rouveure. Nous avons des partenaires tels que Memento ou Arte qui se sont avérés déterminants. La capacité des distributeurs à s’investir à nos côtés nous met en confiance pour prendre des risques en tant que producteurs." Les hirondelles de Kaboul devrait être terminé fin 2018 pour une livraison avant Noël. Le travail image est actuellement en finition, celui sur l’ensemble de la chaîne sonore devant être lancé cet l’été. Et le producteur exécutif de conclure : "Moins ça bouge à l’image, plus c’est compliqué à produire. Faire bouger les personnages de manière réaliste est particulièrement complexe, car on se situe assez loin des codes habituels de l’animation en termes de mouvement. Pour moi, c’est une petite leçon d’humilité car je n’avais pas anticipé cette complexité. La prochaine fois on fera un cartoon. C’est beaucoup plus simple."

* Participation majoritaire de Hildegarde, propriétaire du Film français

Patrice Carré
© crédit photo : Les Armateurs


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