Cinéma

Quinzaine 2019 - Benoît Forgeard : "'Yves' était au départ un pitch intournable"

Date de publication : 23/05/2019 - 09:00

Il fait la clôture de la Quinzaine des réalisateurs avec Yves, film symbolisant l’appétence de Paolo Moretti pour des univers singuliers.

Comment présentez-vous en quelques mots Yves ?
Yves est une histoire d'amitié. Celle d'un rappeur avec son réfrigérateur intelligent, plus doué que lui. C'est aussi une histoire d'amour et de passion pour la musique.
 
Comment vous viennent les idées de film ? Et celle-ci en particulier ?
Pendant longtemps, je me suis livré à un exercice matinal d'écriture, qui consiste à écrire des pitchs de scénarios en quelques phrases, comme des sortes de haïkus. À l'origine, Yves était l'un de ces pitchs, la plupart du temps intournables car j'essaie de ne mettre aucune limite à mon imagination. Mais cette fois, j'ai tiré le fil et derrière le pitch, il y avait un film.
 
Quelles ont été les différentes étapes d’écriture ? Vous avez une méthode particulière ?
J'ai écrit une première version, longue et touffue. Le réfrigérateur intelligent changeait de sexe, refaisait sa vie au Canada et racontait son histoire en flash-back. Mon producteur, Emmanuel Chaumet, m'a conseillé, à raison, de revoir ma copie. J'ai loué la chambre la plus austère dans la ville la plus lugubre, donné un billet au propriétaire pour qu'il planque les codes wifi et me suis remis au travail toute une semaine, dix heures par jour. J'ai aussi sollicité une poignée de lecteurs et de lectrices de mon entourage, dont les retours m'ont été précieux. Enfin, dans les derniers mois, Alain Layrac, qui enseigne le scénario, m'a aidé à y voir clair.
 
Vous travaillez depuis longtemps avec Emmanuel Chaumet. Qu’attendez-vous d’un producteur ?
Disons froidement que j'attends qu'il m'aide à transformer le fichier .doc en fichier .mov. C'est une chose très émouvante que de voir une idée s'incarner dans la réalité, être partagée par toute une équipe, habitée par des comédiens. Ceux et celles qui ont pratiqué le sexe de groupe après l'avoir longtemps fantasmé, savent de quoi je parle.
 
Comment avez-vous choisi vos comédiens et sur quelles bases ? À commencer par Philippe Katerine mais aussi William Lebghil…
Je connais William depuis près de dix ans. Youna de Peretti (directrice de casting) me l'avait présenté quand il sortait à peine de l'école. On avait tourné un court ensemble. Je l'avais un peu perdu de vue, mais quand je l'ai retrouvé, j'ai découvert un garçon à la fois aguerri et malicieux. Qu'il soit supporter du club de Liverpool m'a semblé le signe qu'il saurait "mouiller le maillot". S'il avait encouragé le Real Madrid, je ne l'aurais probablement pas engagé.
Avec Philippe Katerine, nous avons une histoire de cinéma commune puisqu'il était le président de la République de mon précédent film, Gaz de France. Il fait toujours bon travailler auprès de Philippe. Son soleil réchauffe.
Quant à Doria Tillier, je ne peux pas justifier sa présence dans le film par des liens d'amitié car nous ne nous connaissions pas. Je l'ai choisie uniquement sur son talent. C'est ignoble, mais c'est comme ça.
 
Vous avez tourné où et quand ? Des difficultés particulières ?
Dans l'ouest parisien. Pas par affinités politiques mais parce que nous avons trouvé le décor principal à Noisy-le-Roi, dans les Yvelines. C'était un tournage d'hiver. On s'est souvent caillé. Nous avons eu des intempéries très brutales, de la neige partout sur le gros plan de Doria, puis, le temps de tourner la caméra pour le contre-champ sur William, plus de neige du tout. On s'est aussi fait caillasser par des riverains, une nuit où nous faisions trop de bruit. Je ne leur jette pas la pierre, j'aurais fait pareil à leur place. C'est ce genre de souvenirs qui soudent une équipe.
 
À l’arrivée, le film est-il semblable à ce que vous aviez en tête au début ?
Très sincèrement, je pense qu'il est meilleur. Principalement grâce aux comédiens. Mes dialogues sont entrés en eux en noir et blanc et en sont ressortis en couleurs. C'est le principe de l'interprétation, mais quand même, c'est épatant ce qu'ils sont parvenus à faire. Avant le tournage, je me disais que l'écueil à éviter était de faire un film trop techno, trop théorique et froid. C'est pourquoi j'ai évité de trop contraindre les comédiens. Pas au point d'autoriser l'impro, mais quand même. Doria et William, à qui il faut ajouter Antoine Gouy, qui interprétait Yves "en direct", ont cru sincèrement à mon réfrigérateur intelligent. Ils s'y sont abandonnés sans retenue.
 
La Quinzaine des réalisateurs, c’est un bel endroit pour y présenter votre film… Notamment en clôture…
Oui, ça signifie beaucoup. Je lisais récemment le livre de Bruno Icher à ce sujet. C'est très émouvant de s'imaginer les débuts de la Quinzaine, la passion cinéphile de Pierre-Henri Deleau. Faire la clôture est un grand honneur. Même si cela comporte aussi des inconvénients car c'est moi qui devrais ensuite passer l'aspirateur, descendre le rideau de fer et m'assurer que les alarmes sont enclenchées, jusqu'à l'édition prochaine.
 

Recueilli par Patrice Carré
© crédit photo : Ph. Lebruman


L’accès à cet article est réservé aux abonnés.

Vous avez déjà un compte


Accès 24 heures

Pour lire cet article et accéder à tous les contenus du site durant 24 heures
cliquez ici