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Annecy 2019 - Véronique Encrenaz : "Le Mifa doit favoriser la mise en relation entre les différentes catégories professionnelles"

Date de publication : 11/06/2019 - 08:10

Au lancement de son premier Marché international du film d’animation (Mifa) en tant que responsable, mais 15e au sein de Citia, Véronique Encrenaz revient sur les priorités qui ont guidé la préparation de cette 29e édition organisée du 11 au 14 juin.

Avec quelles priorités vous êtes-vous attelée à ce Mifa, dont vous avez pris la responsabilité il y a bientôt un an, à la nomination de Mickaël Marin à la direction de Citia, l’établissement organisateur du festival et du marché d’Annecy ?
L’évolution majeure de cette édition concerne l’accompagnement, que nous avons renforcé. Cela vaut en premier lieu pour les différentes catégories professionnelles. Le Mifa doit favoriser leur mise en relation. On retrouve cette dimension dans les sessions baptisées "Meet the…", comme Meet the Festival Programmers, qui permet aux instituts du film et aux programmateurs de festivals de se rencontrer, ou Gap Financing: Meet the Producers. Ce nouveau rendez-vous réunira producteurs et investisseurs publics ou privés autour d’une sélection de longs métrages en développement ou en production ayant sécurisé au minimum 85% de leur budget. Il y a tellement d’événements aujourd’hui qu’il faut faire la différence et proposer aux professionnels des outils efficaces. D’où l’importance de connaître leurs attentes. Par rapport aux contenus, cette dimension d’accompagnement se traduit notamment dans le volet Animation du monde, en allant chercher les talents ailleurs, voire en les accompagnant dans leur formation.

En outre, l’accent a été mis sur l’accueil cette année pour faire "face à l’évolution constante du Mifa depuis 2005 et des lieux de rencontres quasi saturés l’année dernière", selon vos propres termes. Les acheteurs s’étaient plaints notamment du manque d’espaces de confidentialité…
C’est la raison pour laquelle nous avons créé davantage d’espaces de rencontres et un Club des acheteurs. On ne peut pas demander à tout le monde de prendre un stand. Entre la plateforme agrandie sur le lac et un nouveau chapiteau, la surface du Mifa passe de 7 000 m2 à 8 081 m2. S’y ajoute la privatisation de la Plage, qui nous permet de proposer d’autres lieux de restauration et de rendez-vous.

La présence de l’animation, et d’Annecy, au Marché du Film de Cannes s’est vue cette année renforcée avec la création d’un Animation Day, qui intégrait la 4e édition d'Annecy Goes to Cannes, focus sur des longs en développement, en plus d’une table ronde. Cette visibilité rejaillit-elle sur le Mifa ?
Elle est pour nous un moyen d’aller chercher des catégories jusqu’ici moins représentées à Annecy et qui sont décisives pour la sortie d’un film : les distributeurs, les vendeurs et les exploitants. Près de 280 professionnels ont participé au premier Animation Day, deux fois plus que l’an dernier pour Annecy Goes to Cannes. Nous sommes ravis de cette nouvelle initiative et de ce partenariat avec le Marché du Film de Cannes.

Justement, l’une des nouveautés annoncées du 29e Mifa portait sur la présentation de longs métrages adultes à destination des exploitants qui restent la catégorie la plus faible à Annecy. Mais vous avez finalement renoncé…
Cette année, nous avons développé d’autres formats pour mettre en avant le contenu, comme la session de Gap Financing, évoquée précédemment, dont les huit longs métrages se rajoutent à ceux sélectionnés dans les Work in Progress, mais aussi les films de la compétition. Mis bout à bout, cela fait donc énormément de titres. Si bien qu’au moment d’en choisir pour cette rencontre organisée avec l’Association française du cinéma d’animation (Afca), nous nous sommes retrouvés avec très peu d'œuvres. Par ailleurs, certains distributeurs n’ont pas souhaité y participer de crainte qu’un label "films adultes" ne les enferment en restreignant trop leur cible. Mais c’est une amorce. Nous continuons à travailler de près avec les exploitants. Annecy Goes to Cannes était une première rencontre et l’occasion de leur faire connaître la manifestation et de les convaincre d’y participer. À l’issue de leur venue à Annecy, nous ferons un bilan avec eux – quels sont leurs besoins, leurs attentes… – pour travailler à un événement dédié l’an prochain : un panel, une présentation…

Y-a-t-il d’autres actions que vous avez finalement décidé de reporter ?
Non, nous avons pu aller au bout de tous les projets que nous avions pour cette édition.

De votre fenêtre, ouverte bien au-delà de l’Hexagone, quelles sont les tendances que vous observez ?
L’Amérique latine confirme qu’elle est un vivier de talents important. L’autre chose dont on se rend compte est que ces pays, assez nombreux au Mifa, ont appris à se connaître et à travailler entre eux. Il y a davantage de coproductions, ce qui leur permet d’aller plus loin dans leurs projets que ce qu’ils ne pourraient le faire chacun chez eux où c’est difficile. Beaucoup de territoires souffrent actuellement en Amérique latine.
Au niveau de l’Asie, on observe une qualité qui progresse en Chine. Cette année marque également un record dans le nombre de projets reçus pour les pitches en provenance de ce pays. Trente ont en effet étaient soumis à l’équipe de sélection. Le Japon, pays à l’honneur, aura, quant à lui, une présence importante, avec 152 accrédités et 95 exposants. Un focus Territoire Industry et un focus Territoire Pitching leur permettra de mettre en avant projets et studios. Nous accueillerons aussi pour la première fois un éditeur japonais à Shoot the Book Anim’, pour le pitch d’un livre à adapter en animation. Vipo, l’agence de promotion des industries créatives qui coordonne la délégation, conviera enfin les accrédités à rencontrer la délégation japonaise lors d’un cocktail le mercredi 12 juin.
Concernant l’Afrique, il y a encore pas mal de travail à faire, mais de plus en en plus de pays s’intéressent à l’animation et nous aurons une belle délégation cette année. Quatre projets, en provenance du Mozambique, du Nigeria, du Kenya et de l’Afrique du Sud seront par exemples présentés dans le cadre d’Animation du monde. Ces territoires ont besoin de beaucoup de formation. C’est principalement ce pour quoi ils viennent au Mifa.

Le Brésil était le pays à l’honneur l’an dernier. Les coupes budgétaires opérées par le président Jair Bolsonaro dans le domaine de la culture ont-t-elles impacté la venue des professionnels à Annecy ?
Contre toute attente, il y aura cette année encore une très belle délégation et un très beau stand au Mifa. Entre Ancine (Agêncio nacional do cinema) et Cinema do Brasil (une association de producteurs audiovisuels), il y a eu effectivement des tas de coupes mais beaucoup de studios tournent bien au Brésil. Donc pour le moment, ça n’a pas d’impact à notre niveau. Le Mexique souffre énormément en revanche car l’agence ProMéxico a disparu, or c’est elle qui finançait notamment l’accompagnement des studios à l’étranger.

Et les Anglais, avec le Brexit ?
Ils seront présents en force cette année. Les Anglais veulent justement montrer que la collaboration avec l’Europe est très importante pour eux. D’où une grosse ombrelle UK. Toutes accréditations confondues (marché et festival), c’est traditionnellement la deuxième délégation après la France, soit plusieurs centaines de professionnels qui viennent chaque année lors de chaque édition. La différence cette année, c’est que leur présence sera davantage structurée. Côté français, le marché n’a jamais compté autant de stands individuels de sociétés : GO-N, Samka, Mediatoon, Zodiak, PGS…

À quoi attribuez-vous le regain de stands ?
La difficulté de trouver un espace pour les rendez-vous l’an dernier est une des explications. Mais c’est aussi une façon d’avoir plus de visibilité et de sortir du lot. Maintenant, parmi tout ce monde, il faut se faire remarquer.

2018 avait marqué un nouveau record de fréquentation au Mifa, avec 3 800 accrédités, soit +23% en un an, sur un total de 11 700 participants, le festival compris (+17%). Quels sont les chiffres à la veille du coup d’envoi ?
Nous enregistrons à date un nombre d’accrédités supérieur au chiffre final de l’édition 2018 qui progressera avec les accréditations achetées sur place. La hausse de fréquentation est déjà mesurable en termes de stands avec 163 au lieu de 150 en 2018 et en termes d’exposant puisque à ce jour, 912 professionnels seront présents sur le marché cette année contre 828 en 2018.

Propos recueillis par Emmanuelle Miquet
© crédit photo : Citia


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