Cinéma

Lumière MIFC 2023 - Patrimoine : La Suède tente de se projeter au-delà de Bergman

Date de publication : 19/10/2023 - 08:04

Le focus consacré, ce mercredi 18 octobre, au pays invité de ce 11e MIFC, a dressé un état des lieux historique des pratiques suédoises en matière de patrimoine cinématographique. Avec l’enjeu, cinq ans après le centenaire d’Ingmar Bergman, de favoriser une valorisation plus globale du cinéma suédois.

Modérée par l’experte Camille Blot-Wellens, historienne du cinéma, archiviste et restauratrice indépendante, et professeure associée à l'Université Paris VIII, cette table-ronde thématique aux couleurs de la Suède hébergeait ainsi trois invités couvrant autant de secteurs concernés par les enjeux patrimoniaux du cinéma local : Danial Brännström, responsable de l'accès aux films, des droits et de la distribution à The Swedish Film Institute (SFI) ; Rickard Gramfors, directeur de la plateforme Cultpix ; et Agneta Perman, responsable des acquisitions SVT International au sein du groupe audiovisuel public Sveriges Television AB.

Une première partie de cet échange fut l’occasion de raconter la relation longue qu’entretient la Suède avec son patrimoine cinématographique. Une relation qui remonte à 1933 avec la création d’une première collection d’archives cinématographiques – soit trois ans avant même la fondation de la Cinémathèque française en France. Ce, suivant une initiative privée. Il fallut en effet attendre une trentaine d’année pour que, en 1963, la réforme cinématographique porté par le gouvernement de l’époque ne fonde le Swedish Film Institute, qui absorbera ainsi les collections en 1964. L’occasion de structurer non seulement la collecte, mais également son référencement, sa préservation et, plus tard, sa restauration.

Pour autant, avant même la nationalisation de l’activité, la préservation patrimoniale fut dès l’origine motorisée par l’implication même de cinéastes suédois majeurs. Ce fut le cas, dans un premier temps, de Victor Sjöström (1879-1960) et de Mauritz Stiller (1883-1928), ou même, plus tard, d’Igmar Bergman (1918-2007), qui, dans les années 1990, poussa à la création par l’Etat d’un dispositif de préservation des films en couleur. L’Institut conserve dès lors une relation très transparente et collaborative avec l’industrie suédoise.

La filière suédoise du patrimoine cinématographique, à l’instar du reste du monde, a évidemment été transformée par la transition numérique du début des années 2010. Celle-ci s’est traduite notamment par un renforcement et une modernisation des protocoles de restauration du SFI, qui a obtenu de l’état la fondation en son sein d’un laboratoire numérique en 2014 – avec sécurisation de son budget dès 2017 -, mais aussi la recréation d’un laboratoire photochimique dès 2018.

Aujourd’hui, cette activité patrimoniale représente 1/8e du budget global de de l’institution, soit environ 1M€ pour 8M€ d’enveloppe globale. "Notre politique est de tenter de sauvegarder tout ce qui n’a jamais été produit", résume Danial Brännström. Le SFI a ainsi collecté plus de 10 000 négatifs, pour correspondre à environ 8 000 films suédois au total, dont 2 500 longs métrages à date.

Dans l’ombre de Bergman
La modernisation numérique de l’institution fut notamment motivée par le centenaire du plus célèbre cinéaste suédois au monde, Igmar Bergman – dont le nom s’est imposé en véritable fil-rouge de cette table-ronde. Un évènement culturel que les pouvoirs publics ont poussé à rendre mondial, prioritisant les œuvres du cinéaste dans les chaînes de restauration et numérisation pendant 4 ans, jusqu’en 2018. "Dieu merci, nous en avons fini avec Bergman !" s’est ainsi exclamé Rickard Gramfors, soulignant le soulagement de pouvoir étendre ces moyens au reste du patrimoine suédois.

Ce dernier a en outre regretté que, si la conservation et la digitalisation du cinéma classique local était en bonne marche, il manque toujours une stratégie institutionnelle claire pour en favoriser la diffusion en Suède. Et notamment en salle. Une diffusion à laquelle se consacrer historiquement le groupe public SVT, qui fut parmi les pionniers dans le développement d’une plateforme VàD dédiée. Pour autant, "les vieux films sont certes peu populaire au sein des publics de la plateforme", a témoigné Agneta Perman. "Aujourd’hui, la diffusion à l’antenne demeure stratégique pour atteindre le public avec le cinéma de patrimoine."

Le centenaire de Bergman, qui fut un grand succès, "a toutefois permis d’ouvrir de nombreuses portes" pour le patrimoine suédois, selon Danial Brännström, qui témoigne d’une demande plus appuyée, au sein de la filière, pour des œuvres patrimoniales moins évidentes ou plus méconnues.

"Le numérique a contribué aussi à l’ouverture de ces nouveaux marchés." La fin de cette représentation a en effet souligné le rôle de plus en plus crucial du streaming en ligne dans la diffusion du patrimoine suédois. Que ce soit au niveau national - lié à la configuration-même du territoire suédois, très étiré en longueur, avec beaucoup de disparité sud-nord en termes de population – qu’international, via le développement de services SVàD internationaux. "Le public a changé, le cinéma n’est plus son premier choix pour visionner des films" a constaté Danial Brännström.

Sylvain Devarieux
© crédit photo : Carlotta Films


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