Cinéma

[Entretien] Jean-Baptiste Durand : "Ce sont les expériences qui permettent d’élargir la zone de confort"

Date de publication : 23/01/2026 - 14:00

Parrain du court métrage en lice pour les César Ni Dieu Ni Père, récemment vu comme protagoniste du jeu Loups-garous, Jean-Baptiste Durand mène un parcours singulier, entre cinéma, jeu et accompagnement d’auteurs. Acteur, réalisateur et scénariste-consultant, il revendique des trajectoires non linéaires, guidées par la curiosité, le risque et l’attention portée aux expériences humaines.

 Qu’est-ce qui vous a incité à devenir le parrain de Ni Dieu Ni Père ?

C’est Nelson Ghrenassia, de Yukunkun, le producteur du film qui m’a fait la proposition. Nous avions déjà travaillé ensemble : j’étais intervenu en consultation sur un film de Thomas Soulignac. Il m’a alors proposé de devenir le parrain du court-métrage de Paul, que j’ai découvert à cette occasion. J’ai été immédiatement séduit par le film, et la proposition m’a paru tout à fait cohérente. J’ai donc accepté sans hésiter après le visionnage.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le film et dans la réalisation de Paul Kermarec ?

J’ai été séduit par l’idée de confronter un enjeu intime à l’intelligence artificielle. J’y ai perçu une grande sincérité, ainsi qu’un véritable dépouillement dans le dispositif et la mise en scène, que j’ai trouvés très justes, et aussi très humbles. L’impact émotionnel est précis, et le film m’a laissé une trace durable, bien au-delà de son visionnage.

Comment jugez-vous le parcours de Paul jusqu’ici ? 

Je crois qu’il vient, comme moi, des Beaux-Arts. C’est un parcours protéiforme, qui lui a permis d’explorer différents médiums, de travailler ses intuitions et sa curiosité, et d’affiner progressivement ses préoccupations et ses enjeux. Je suis toujours admiratif des trajectoires qui ne sont pas nécessairement linéaires.

On vous voit actuellement dans un nouveau rôle en tant que protagoniste du jeu Loups-garous. Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce concept ?

On m’a proposé de participer au casting de l’émission. Comme je ne connaissais pas vraiment le programme, j’ai pris le temps de le regarder avant d’accepter d’entrer dans le processus de sélection. Je n’avais joué qu’une seule fois au loup-garou, avec des amis, donc je voulais comprendre l’esprit de l’émission.

En la découvrant, je l’ai trouvée très intéressante. Les profils des joueurs m’ont semblé riches et passionnants. J’y ai vu l’occasion de vivre une expérience singulière, de rencontrer des personnes que je n’aurais sans doute jamais croisées autrement, et aussi de mettre en jeu mes compétences de réalisateur, de scénariste et d’acteur.

Cela m’est apparu à la fois comme une expérience humaine, sociale et professionnelle. Par ailleurs, depuis ma formation aux Beaux-Arts, j’ai l’habitude de tenter des choses qui ne sont pas forcément dans ma zone de confort, de prendre des risques, parce que ce sont précisément ces expériences qui permettent d’élargir cette zone.

Être cinéaste est-ce un atout pour réussir dans ce type de jeu ? 

Je pense que le fait d’être cinéaste peut constituer un atout dans ce type de jeu, mais les compétences humaines et professionnelles des autres joueurs l’étaient tout autant. Sans pouvoir révéler l’issue de l’émission, mon parcours a surtout consisté à prendre conscience que mon métier m’avait permis de développer des compétences transférables. J’ai appris à avoir confiance en moi et en mes capacités, face à des intelligences et des modes de pensée très différents des miens, et à comprendre que je ne valais pas moins : j’avais simplement un autre rapport au monde, aux enjeux et aux interactions. La capacité à s’adapter en permanence aux imprévus — essentielle quand on est cinéaste —, la lecture rapide des dynamiques humaines, l’attention portée aux comportements, ou encore la maîtrise de mes émotions, sont autant de réflexes acquis sur les tournages. Quand on fait un film, on apprend à tenir, à avancer, parfois à encaisser sans le montrer. Dans le jeu, j’ai adopté la même posture : survivre en s'adaptant continuellement à ce qui se présentait, en laissant parfois les autres agir à ma place. Ma stratégie consistait à ne pas avoir de stratégie préétablie ! 

Vous avez eu quelques petits rôles cette année, comme dans Love Me Tender (Anna Cazenave Cambet), Que ma volonté soit faite (Julia Kowalski, sélectionné à la Quinzaine des Cinéastes 2025) ou La Danse des Renards. Comment choisissez-vous vos projets en tant qu’acteur ? 

Avant tout, on me choisit. Ce n’est jamais moi qui fait la démarche. J’ai eu la chance de croiser des projets et des cinéastes très stimulants, portés par des préoccupations, des idées et une manière de regarder le monde qui résonnent intimement avec les miennes. Mon travail consiste alors simplement à être à la hauteur de la confiance qu’on m’accorde et à m’engager pleinement pour en être digne.

Je ne cherche pas à jouer à tout prix ni le plus souvent possible. Si un projet ne correspond pas à mes valeurs, à une certaine vision du monde qui me semble juste et nuancée, ou si je ne me sens pas à l’aise humainement avec les personnes qui le portent, je préfère décliner. J’ai besoin de me sentir en confiance, de défendre quelque chose qui a du sens pour moi comme pour celles et ceux qui portent le projet, et de savoir que l’aventure se passera bien humainement, avec les partenaires, l’équipe et le ou la réalisatrice.

Cela dit, le travail d’acteur me nourrit profondément en tant que cinéaste. Collaborer avec d’autres réalisateurs et réalisatrices est pour moi une source constante d’apprentissage et de stimulation.

Vous êtes également scénariste-consultant sur plusieurs projets :Solastagie de Kathy Sebbah, Sans Contact de Thomas Soulignac, Soleil Noir de Patrick Muroni. Comment vous situez-vous dans le cinéma d’aujourd’hui avec ces différentes casquettes ?

Comme je l’évoquais précédemment, je suis toujours curieux des expériences nouvelles. Il m’arrive ainsi régulièrement d’intervenir comme consultant, ou de travailler dans le cadre de résidences d’écriture, mais aussi d’accompagner des auteurs de manière plus individuelle dans le développement de leurs films. Lorsque l’on me sollicite et que je pense pouvoir être pertinent pour aider quelqu’un — et que j’en ai le temps, en parallèle de mon travail personnel —, je le fais volontiers. Je trouve en effet essentiel de sortir de son propre travail, de lever le nez de ses préoccupations pour se confronter au regard des autres, à leurs doutes comme à leurs certitudes. Accompagner, d’une manière ou d’une autre — que ce soit en tant que consultant, acteur, assistant ou à travers d’autres fonctions — permet de grandir, de se remettre en question, et de s’élargir intellectuellement, esthétiquement et humainement.

En tant que réalisateur, vous développez actuellement votre nouveau long L’homme qui avait peur des femmes, produit par Insolence. Où en est ce long métrage ? 

Le scénario est désormais achevé. Le projet est actuellement en phase de recherche de financements, tout en avançant parallèlement sur le casting, les repérages et les premières étapes de la préparation. Le tournage est prévu courant 2026.

Florian Krieg
© crédit photo : @ Julien Scussel / CANAL+


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