| ENQUÊTE
Bande dessinée & cinéma
:
quel avenir au-delà des grands héros ?
À Hollywood ou en France,
la bande dessinée est récemment devenue une source
importante dinspiration pour le cinéma. À loccasion
du Forum international littérature et cinéma de Monaco
qui se consacre, en partie, à la BD, nous revenons sur un
phénomène qui atteint maintenant ses limites et évolue
dans des directions différentes de part et dautre de
lAtlantique.
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Les comics Marvel ont fait leurs preuves
avec, en tête, Spider-Man de Sam Raimi, n°1 du box-office
en 2002, et dont le deuxième opus (photo) est attendu
pour le 14 juillet 2004.
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La bande dessinée,
potion magique du cinéma ? Les récents succès
ont de fait prouvé son efficacité quand ses aventures
sont efficacement transposées sur grand écran : X-Men
en 2000, suivi X-Men 2 en 2003 (plus gros succès de lannée
au cinéma tiré dune BD avec 215 M$ de recettes
rien quaux États-Unis) ont explosé au box-office.
Les comics Marvel ont aussi fait leurs preuves avec en tête
Spider-Man de Sam Raimi, n°1 du box-office en 2002 et dont le
deuxième opus avec la même équipe est attendu
pour le 14 juillet 2004, mais aussi, dans une moindre mesure, Daredevil
de Mark Steven Johnson. La production française na
pas été en reste avec des superhéros dun
autre genre que sont Astérix et Obélix, dans des adaptations
aussi différentes que celles de Claude Zidi en 2000 puis
dAlain Chabat en 2002, en attendant le dessin animé
que produit M6. Ces succès ont entraîné un engouement
des producteurs sur les droits de bandes dessinées des deux
côtés de lAtlantique. Astérix a
beaucoup contribué dans lesprit des producteurs français
à limportance des franchises, souligne Laurent
Muller, en charge des droits audiovisuels aux Éditions Glénat.
Lattrait croissant du cinéma pour la BD est une
conjonction de plusieurs éléments. Dabord, les
évolutions technologiques en matière deffets
spéciaux permettent aujourdhui de porter sur les écrans
limaginaire débridé des auteurs de BD sans être
ridicule, explique Claude Saint-Vincent, responsable du département
audiovisuel aux éditions Dargaud. Ensuite cest bien
sûr une question de génération : les décideurs
daujourdhui ont une vraie culture BD que leurs aînés
navaient pas. Latout de taille de la BD, cest
aussi souvent une marque, un label, un univers et des personnages
déjà existants qui sont autant déléments
pour nourrir et renouveler ce cinéma de genre qui a le vent
en poupe et donner des repères aux investisseurs : Des
bandes dessinées qui existent sur la longueur, voire sur
plusieurs générations de lecteurs, sont la preuve
de la création dunivers solides et de personnages forts,
poursuit Claude Saint-Vincent. Cela prouve leur consistance
et rassure le producteur, ajoute Léon Pérahia,
responsable de laudiovisuel aux Éditions Dupuis.
Après les succès, les échecs commencent cependant
à apparaître, comme le relève Didier Pasamonik,
spécialiste du secteur (cf. BD & Cinéma : les
premières inquiétudes, www.actuabd.com). Aux États-Unis,
le Hulk de Ang Lee na pas été à la hauteur
des attentes, sans parler de La ligue des gentlemen extraordinaires
de Stephen Norrington tiré du comics dAlan Moore. En
France, la situation est pire. Outre labsence de succès
de productions à petits ou moyens budgets, comme Le nouveau
Jean-Claude en 2001 adapté par lauteur de la BD, Didier
Tronchet, ou encore Loutremangeur en 2002 de Thierry Binisti
daprès la BD de Tonino Benacquista et Jacques Ferrandez,
deux grosses productions très attendues se sont avérées
des échecs en salle (au moins en France en attendant leurs
résultats à létranger), chacune étant
produite pour le marché international : Michel Vaillant de
Louis-Pascal Couvelaire, avec un budget de 22,89 ME, na pas
atteint le million dentrées France et Blueberry de
Jan Kounen avec son budget record de 36 ME natteint pas les
800 000 entrées France en quatrième semaine. Les héros
du répertoire franco-belge seraient-ils donc moins attrayants
que les superhéros américains ?
Force est de constater que, chez nous, les adaptations se heurtent
à des difficultés de financement face à lenvergure
des projets, souvent des films de genre nécessitant beaucoup
deffets spéciaux. Aux États-Unis, il ny
a pas de production de superhéros à moins de 60 M$,
souligne Didier Pasamonik. Lindustrie française na
évidemment pas les mêmes moyens. Christophe Gans a
ainsi dû renoncer à son adaptation de Bob Morane, laventurier,
StudioCanal ne layant pas suivi. Le projet La marque jaune
a été retardé après des difficultés
de montage financier, même sil reste dans le line-up
de son producteur Téléma. Il était plus
facile il y a quelques mois encore de financer un projet à
partir dun personnage connu, mais ce nest plus le cas,
confirme Laurent Muller. Si les causes de réussite et déchec
sont multiples, les dernières contre-performances en France
illustrent pour beaucoup un problème de transposition. Cela
prouve surtout quil ne suffit pas dune notoriété
et dun univers forts, mais quil faut avant tout une
bonne histoire, lâche un observateur.
Dans le registre des productions ambitieuses, la sortie dImmortel
dEnki Bilal, le 24 mars, avec son budget de plus de 23 ME,
est dautant plus attendue que ce projet, à part, est
une adaptation par lauteur-même de sa BD, qui recrée
son univers visuel très fort à lécran.
Les récents déboires en matière dadaptation
de BD au cinéma ont au moins une morale : À
part Astérix, lexpérience a montré quil
était très dangereux de sattaquer à des
personnages illustres du monde de la BD. Sans doute vaut-il mieux
adapter les histoires plutôt que les licences, suggère
Laurent Muller.
Au-delà de ces problématiques, plusieurs éditeurs
croient en une normalisation du marché, suite naturelle pour
un secteur longtemps ignoré avant dêtre très
recherché. La plupart des grandes séries françaises
de BD ont été optionnées, les producteurs commencent
à sintéresser à des héros plus
récents, parfois plus connus du jeune public. Si les
séries historiques (Lucky Luke, Iznogoud, Tanguy et Laverdure,
ou encore Les Pieds Nickelés) sont en cours dadaptation
(cf. encadré), une série à succès plus
récente, Charlie, est aussi en développement chez
Fidélité Productions, tout comme des albums dauteurs
plus jeunes suscitent maintenant lintérêt : Le
chat du Rabbin chez Poisson Pilote, ou Air libre, collection dalbums
unitaires de grands auteurs chez Dupuis.
Aux États-Unis, les superhéros Marvel sont une manne
inépuisable (cf. ITW du Pdg de Marvel, Avi Arad, FF n°3011).
Même si, à Hollywood où sont produites en moyenne
quatre adaptations par an, on commence à anticiper un phénomène
dusure : Le public va peut-être commencer à
se lasser des franchises. Du coup, lindustrie lorgne vers
lautre grand courant de la bande dessinée : les mangas.
Dans lédition, ils pèsent déjà
beaucoup plus lourd que la BD traditionelle. De plus en plus doptions
sont déposées, comme Akira, Astroboy (Warner Bros)
ou Dragon Ball Z (20th Century Fox), résume Didier
Pasamonik. Mais si là-bas, les mangas apparaissent comme
le nouvel Eldorado, en France, seul Jean-Pierre Dionnet a tenté
de lancer ladaptation dAlbator
sans succès.
Il faut dire quune vraie fusion opère entre les auteurs
de BD et Hollywood. Ainsi Stan Lee, le grand timonier de Marvel,
a toujours été associé de près à
la création des films
Jusquà loverdose.
Alan Moore, auteur de From Hell (Delcourt), transposée au
cinéma en 2002, en a été victime au point de
déclarer récemment sur www.actuabd.com quil
ne voulait plus des chèques dHollywood,
trop déçu quil était des adaptations
de ses ouvrages. En France, les échanges entre les auteurs
et le cinéma se multiplient : Les producteurs vont
de plus en plus recourir à des auteurs scénaristes
de BD, parfois plus à lécoute des attentes du
public que les scénaristes traditionnels, prédit Laurent
Muller.
Enfin, certains auteurs de BD vont jusquà se glisser
derrière la caméra : Enki Bilal, mais aussi Sylvain
Chomet auteur et réalisateur des Triplettes de Belleville,
quil a adapté de sa BD Léon La Came, coécrite
avec Nicolas de Crécy. Et certains cinéastes renommés
de se tourner maintenant vers la BD : Jean-Jacques Beineix, Georges
Lautner et bientôt Claude Lelouch !
Sarah Drouhaud
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