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PORTRAIT DU FILM FRANCAIS

Yvan Attal
Ils se marièrent et firent un deuxième film…

Après son premier film remarqué il y a trois ans, Ma femme est une actrice, Yvan Attal revient derrière la caméra avec Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants en salle le 25 août (Pathé). Il ne joue plus directement avec sa propre vie et l’image du couple qu’il forme avec Charlotte Gainsbourg, mais reste fidèle à la comédie sentimentale entre rire et tristesse. Si la mise en scène est son moteur, il continue avec parcimonie à faire l’acteur pour les autres.

 
 

Yvan Attal en 5 dates

- 1965 Naissance le 4 janvier à Tel Aviv.
- 1989 Il tourne dans Un monde sans pitié d’Éric Rochant. César du meilleur espoir masculin.
- 1990 Aux yeux du monde d’Éric Rochant : il rencontre Charlotte Gainsbourg.
- 2001 Sortie de son premier film Ma femme est une actrice, produit par Claude Berri.
- 2004 Sortie de son deuxième film Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants toujours produit par Claude Berri.

Tout simplement. C’est ainsi que se caractérise le parcours d’Yvan Attal. De ses débuts en tant que comédien dans Un monde sans pitié d’Eric Rochant en 1989 à la réalisation de son deuxième film, Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants en salle ce 25 août, tout s’est logiquement enchaîné. Un comédien qui passe à la mise en scène ? “C’était la continuité de mon travail, mais en fait, c’est ce que j’ai toujours voulu faire”, précise-t-il. Il a juste pris son temps. “J’ai choisi d’être acteur car je n’ai pas eu mon bac. Je ne pouvais pas tenter les écoles de cinéma que je voulais. Je me suis inscrit à un cours de théâtre et je me suis pris au jeu !” Après une première apparition dans une fiction d’Élie Chouraqui, il est révélé dans un second rôle par Éric Rochant avec Un monde sans pitié. Tout en poursuivant son parcours de comédien – le même cinéaste lui offrira notamment le beau rôle principal des Patriotes (1994), on le remarque aussi dans Love, etc... de Marion Vernoux (1996) aux côtés de Charlotte Gainsbourg et Charles Berling –, il se lance dans l’écriture et la réalisation avec un court métrage, projeté en salle en avant-programme de Didier d’Alain Chabat. C’est là que Claude Berri le remarque et lui propose d’en faire un long métrage. Ma femme est une actrice joue sur le thème : “Voilà ma vie, et en même temps, ce n’est pas ma vie, c’est du cinéma”, comme il le résumait dans nos colonnes lors de la sortie du film. Le producteur ne s’est pas trompé : ce sujet original traité dans une ambiance jazzy et rétro sous forme de comédie séduit à la fois les critiques et le grand public, comme le prouvent les 700 000 entrées enregistrées pour ce premier long.

Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, de nouveau produit par Claude Berri, n’est pas la suite comme pourraient le laisser penser son titre et le couple que le réalisateur/comédien forme à nouveau à l’écran avec sa compagne à la ville, Charlotte Gainsbourg. Si le film revient sur le thème du couple, Yvan Attal a choisi cette fois un angle plus universel : le couple et sa durée, sur fond de comédie un brin pessimiste. Lui, préfère l’adjectif “nostalgique”. Il aime justement les comédies à l’italienne qui mêlent rire et tristesse. “C’est difficile de s’aimer, difficile de vivre en couple. Depuis que nous sommes tout-petits, on nous raconte des histoires qui se terminent par “ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants”. Nous sommes conditionnés pour trouver notre prince ou notre princesse. Nous croyons légitimement que le bonheur, c’est ça. Or, personne ne nous donne de mode d’emploi ! Comment s’aimer dans la durée et se sentir vivant comme à 20 ans ? Nous sommes des éternels frustrés. Et avec ça, il y a de quoi s’amuser !” Le personnage interprété par Alain Chabat s’interroge ainsi : “Pourquoi, alors que la moitié de l’humanité est féminine, ai-je choisi ‘ma’ femme?” Avec Emmanuelle Seigner, ils forment le couple en crise permanente ; celui d’Yvan Attal et de Charlotte Gainsbourg semble au départ être celui qui fonctionne le mieux, alors que le troisième copain masculin – incarné par une découverte, Alain Cohen – représente l’éternel séducteur, en mal de couple. Autre couple, celui des parents d’Yvan Attal dans le film, deux stars, Claude Berri et Anouk Aimée. Et autre “guest”, Johnny Depp. Là aussi, une participation toute naturelle : “Je ne le connaissais pas, je lui suis très reconnaissant d’avoir accepté. Nul autre que lui ne pouvait jouer ce rôle.” Personne d’autre que Johnny Depp ne pouvait le remplacer aux yeux du personnage de Charlotte Gainsbourg ? En tout cas, Yvan Attal a choisi de reformer avec elle un couple à l’écran, bien qu’au départ il n’ait pas écrit le rôle pour lui contrairement à son premier film. “Mais qui mieux que moi pouvait tomber amoureux de Charlotte !”, lâche-t-il avec un sourire charmeur et amusé. Outre un penchant pour la comédie sentimentale, ce deuxième opus confirme un goût certain pour la musique. Une musique rock cette fois, une musique plus rude, à l’image du sujet.

Yvan Attal ne délaisse pas pour autant son métier de comédien au service des autres. Même s’il avoue être plus sélectif. “Je n’attends rien comme acteur, j’ai surtout des désirs de metteur en scène.” Il se laisse tout de même séduire tant par des rôles proposés par des “ pointures” que par des premiers films. Ainsi après Bon voyage de Jean-Paul Rappeneau, il a tourné avec une autre figure du cinéma, étrangère cette fois : Sydney Pollack. On le retrouvera dans un petit rôle aux côtés de Nicole Kidman dans The Interpreter. Cet été, il tourne Anthony Zimmer, le premier film d’un jeune metteur en scène, Jérôme Salles, produit par Fidélité. Il y tombe amoureux de Sophie Marceau et a également comme partenaire Sami Frey. Autre proposition d’un metteur en scène de poids : Steven Spielberg lui a proposé de jouer dans son prochain film après avoir vu Ma femme est une actrice. Mais à l’heure de notre rencontre, il confie ne pas savoir si l’aventure va aboutir.

Il pourrait donner l’impression d’avoir de la chance. “Oui, j’en ai beaucoup.” Mais il ajoute aussitôt : “Dans La couleur de l’argent [Martin Scorsese], le personnage de Paul Newman dit que souvent pour les gens, le talent des autres c’est de la chance. Alors oui, j’ai beaucoup de chance ! [Rires]”. Pour la réalisation, il confie ne céder sur rien. “Je crois qu’un film n’est jamais aussi beau que lorsqu’on ne s’éloigne pas de ses désirs malgré les obstacles. Il faut résister à tout. C’est éprouvant nerveusement ! Même si pour beaucoup de choses, on se fait tout un monde, et souvent elles se réalisent très simplement.”

Sarah Drouhaud


vendredi 3 septembre 2004

“Comment s’aimer dans la durée et se sentir vivant comme à 20 ans ? Nous sommes des éternels frustrés. Et avec ça, il y a de quoi s’amuser ! ”



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