| ENQUÊTE
Le premier discounter
du cinéma est né
EasyCinema, premier cinéma sans guichets,
proposera des places à partir de 0,30 E.
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Pour ouvrir sa première salle, EasyCinéma
a choisi Milton Keynes, une ville de 200 000 habitants au
nord de Londre.
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Après des mois dattente, EasyGroup a enfin annoncé
louverture de son premier EasyCinema, à 75 km de Londres,
dans la ville de Milton Keynes. Un an jour pour jour après
avoir annoncé quil voulait sattaquer à
lexploitation de films, le groupe fondé par lentrepreneur
grec Stelios Haji-Ioannou, a déclaré avoir racheter
The Point, un multiplexe de dix salles jusquici géré
par le groupe UCI, pour une période de cinq ans. The Point
est dailleurs le premier multiplexe à avoir été
construit en Grande-Bretagne, en 1985. EasyGroup a pris possession
des lieux début mai et ne dispose que de trois semaines seulement
pour repeindre la façade en orange, marque de fabrique du
groupe Easy, construire des tourniquets devant chaque salle et se
débarrasser des guichets avant douvrir ses portes au
public, le 23 mai.
Fidèle au principe fondateur de lentreprise, EasyCinema
fonctionnera à linstar des autres filiales du groupe
(voir encadré). Les places de cinéma sachèteront
uniquement en ligne. Plus la place sera achetée en avance,
moins elle sera chère. Les tickets séchangeront
en effet à partir de 0,30 E. Bousculant la règle établie
selon laquelle la vente de popcorn et de bonbons et boissons en
tout genre constitue une partie non négligeable des recettes
des exploitants, EasyCinema ne concédera aucune franchise
de vente de popcorn et autres sucreries. Quand on y regarde
de plus près, tous ces frais dérivés peuvent
en fait freiner nombre de familles à se déplacer en
masse au cinéma. Une sortie au cinéma pour une famille
de cinq personnes peut coûter jusquà 78 E si
lon inclue popcorn et boisson, explique Stelios Haji-Ioannou.
Autre caractéristique du yield management qui
a fait la réputation du groupe : très peu de personnel
sur le site du cinéma. Juste de quoi superviser le
bon fonctionnement des opérations. Rien de plus, commente
James Rothnie, directeur dEasyCinema (voir encadré).
Donc plus de guichets ni douvreuse. Et pour ceux qui ne sont
pas équipés dinternet, des bornes installées
sur place leur permettront de se connecter à www.easycinema.com,
centrale électronique de réservation. De quoi révolutionner
le paysage de lexploitation britannique et, peut-être,
plus rapidement que lon ne croit, européen.
Côté programmation, lincertitude plane encore chez
EasyGroup. Aucun programmateur na encore été nommé
à lheure où nous bouclons cette enquête
et les distributeurs britanniques ne veulent pas se risquer à
parler avant davoir rencontré en chair et en os
les responsables dEasyCinema. Will Clarke dOptimum Releasing,
distributeur très énergique de films indépendants
et étrangers ciblés, estime le concept impossible
à faire fonctionner. Les gros distributeurs comme Daniel
Battsek de Buena Vista préfèrent ne pas se prononcer
pour le moment. À Pathé UK, pourtant, un porte-parole
estime lentreprise intéressante. Appliquer
le principe qui a fait la renommée internationale du groupe
Easy au cinéma, à savoir un prix de ticket qui varie
en fonction de la demande à un instant t, est pour le moins
novateur. Leur idée de louer les copies au forfait et non plus
au pourcentage semble également innovante même si, en
fait, on en revient ici à des principes anciens. Il est évident
que la demande du consommateur varie avec le prix. De la même
façon que les bas prix dEasyJet et des autres compagnies
aériennes low-cost créent du traffic, EasyCinema
pourrait également créer un nouveau public
et, ainsi, élargir la masse des cinéphiles. Le ratio
entrées/population en Grande-Bretagne nest encore que
de 3, donc un vaste potentiel demeure inexploité.
Agnès Catherine Poirier
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