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ENTRETIEN EXCLUSIF DU FILM FRANCAIS

Nicolas Charle : Cdiscount révèle sa stratégie DVD et cinéma

Les trois frères Charle - Hervé, Cristophe et Nicolas - sont à la tête de Cdiscount, une société qui distribue des produits de loisirs et d'équipement sur Internet à des prix plus bas que ceux du marché. Parmi ceux-ci, de plus en plus de DVD de films dont ils acquièrent les droits. Le plus jeune des frères, Nicolas Charle, dg de la société, clarifie leur stratégie par rapport au marché du DVD et au monde du cinéma.

 
 
Nicolas Charle
 
 
Les trois frères Charle

Quelle sont les rapports de Cdiscount avec le groupe Casino ?
60% des parts de Cdiscount appartiennent au groupe Casino et 40% à mes frères et moi-même. Casino est un groupe stéphanois très discret. Avec mes frères, nous avons, culturellement, la même approche. Mais cette position est un grand défaut lorsqu'on a des ambitions dans le cinéma. Le cinéma est un métier où la communication est tout, où il faut parler même si on ne fait rien.

Quelle est la part de vos revenus qui viennent du DVD ?
Disons que le DVD, et tout ce qui tourne autour du DVD, représente 60% de notre chiffre d'affaire.

Avez-vous des rapports privilégiés avec le grossiste Aventi ?
Nos rapports soit disant étroits avec Aventi font partie des fausses rumeurs que l'on fait circuler sur nous. Nous n'avons aucune exclusivité de distribution ni avec un grossiste français comme Aventi, ni avec d'autres. Nous travaillons avec tout le monde, et d'une facon générale le groupe Casino ne donne pas d'exclusivité. Le chiffre d'affaire du groupe Casino atteint presque 23 milliards ¤HT, et il est prêt à investir dans ce qu'il croit.
Ainsi Cdiscount a investi près de 25 millions d'euros sur les quatre dernières années dans l'achat de droits DVD.

Parlons de l'achat de droits justement...Les chiffres les plus fous ont circulé sur ce que vous auriez dépensé pour l'acquisition des Invasions Barbares, avec des rumeurs mentionnant des montants autour d'un million d'euros. Quel est le vrai prix d'acquisition ?
Le chiffre que vous me citez est totalement inexact, la réalité est inférieure de moins de la moitié... Nous avons acheté Les Invasions Barbares aux prix du marché ce qui veut dire que le prix se situe entre 200,000 et 500,000 euros de minimum garanti plus des royalties. Il n'y a aucun film, en France, qui se vend à 1 million d'euros, sauf certains titres vendus par les majors, auxquels je n'ai pas accès. Ce qui nous intéresse c'est le cinéma indépendant. Nous voulons montrer au producteurs indépendants que nous sommes une solution qui permet de distributer leur films de manière industrielle.
Eric Lagesse de Flach Pyramide a accepté de nous confier son film, parce que nous avions de vrais arguments de distributeur et que nous lui avons démontré que nous étions capable de lui faire remonter beaucoup plus d'argent que les autres.
Flach Pyramide est très sensible - ainsi que les autres distributeurs salle - à notre savoir-faire marketing et promotionel sur le média Internet. Avant la sortie des Invasions Barbares en salle, nous avons envoyé un email promotionel à 2 millions de clients cinéphiles potentiels.

Vous êtes en discussion avec quelles autres sociétés indépendantes pour l'achat de droits ?
C'est difficile d'en parler à l'heure actuelle. Nous ne voulons pas porter préjudice à ces producteurs et nous avons des concurrents assez virulents. Mais il y a très peu de gens dans le milieu du DVD avec lesquels nous ne travaillons pas. A ce jour il y a environ une cinquantaine de sociétés qui ont vendu des droits à Cdiscount et ce ne sont pas forcément que des indépendants.

On a souvent reproché à Cdiscount de vendre des DVD au rabais...Quelle est la structure des prix sur votre site?
L'idée qu'on dévalorise une œuvre en ne la vendant pas cher est quelque chose que je voudrais qu'on puisse m'expliquer. Si on aime le cinéma, on veut qu'il soit vu.Il y a à peu près 10,000 films en DVD sur le marché français à l'heure actuelle. Et sur ce nombre la grande distribution - environ 1000 hypers en France - vendent environ 500 références en permanence et le reste est introuvable, sauf sur Internet. C'est la raison de notre réussite : on peut trouver des DVDs sur notre site que l'on ne trouve pas ailleurs, et à un prix avantageux. C'est la rareté du produit qui motive l'achat sur Internet. D'où notre stratégie de contacter les producteurs indépendants. Quant à la structure des prix elle est similaire à ce que vous pouvez observer ailleurs : Les nouveautés sortent à 19 euros - pour nous il n'y a aucun film qui justifie une depense pour la ménagére de 29 euros - et on vendra aussi certains films à 2 ou 3 euros selon la nature de chacun d'entre eux.
C'est le seul moyen de marginaliser la piraterie. Venant du milieu de la musique nous avons vu mourir ce métier parce que les prix étaient trop élévés.

Si vous vendez des films à 2 euros, est-ce que vous vendez à perte ?
La vente à perte est illégale, Cdiscount n'a jamais été inquiété judicierement sur ce sujet.
Quant on vend un film à 2 euros, c'est vraiment un cas extrême. On ne vend pas Les Invasions Barbares à 2 euros. En tant qu'éditeur, Cdiscount a un catalogue de 700 films et l'essentiel de ces films ne sort pas à 2 euros.
Il y a ainsi des séries ou des téléfilms HBO qui sont vendus dans cette tranche de prix et on a aussi édité une collection de films muets à ce tarif.
Cdiscount a par exemple vendu 400,000 exemplaires du film de Franck Capra La Vie est belle à 3 euros et nous sommes très fiers qu'autant de gens aient pu voir ce chef d'œuvre. On s'y retrouve car la fabrication d'un DVD coûte environ 50 centimes d'euros, et grâce à de nouveau logiciel du type Fullimage, les frais de restauration peuvent etre reduits.

Pourquoi avoir décidé de mettre sur le marché le ''DVD à la séance" ?
Nous visons le marché des loueurs, et cela nous permet aussi de multiplier notre réseau de distribution. Dans le groupe Casino, il y environ 9000 points de vente, les ''petits Casino''qui sont souvent implantés dans des villes où il n'y a plus de loueurs de DVD. Pouvoir vendre des DVD jetables dans ce type de point de vente nous permet de réactiver un réseau de proximité. C'est très important de montrer aux producteurs de films français que l'on peut leur amener un nouveau réseau de consommateurs. A moyen terme, nous espérons que cela va représenter une masse financiére assez importante pour que ce support puisse être intégré dans le financement d'un film.

Combien de gens achètent en moyenne sur votre site ?
On a une moyenne de 400,000 visiteurs uniques par jour, et on vend environ 30 et 50,000 DVD par jour.

Quels sont vos rapports avec le SEV ?
Ils ne veulent pas parler avec moi. J'ai essayé de les voir deux fois, sans succès. Ils n'aiment pas Cdiscount car nous avons les moyens d'un groupe industriel tout en ayant une approche différente, indépendante.
Et c'est pour cela que j'ai eu un accueil très favorable chez les syndicats de producteurs, notament chez l'ARP.

Que répondez vous à ceux qui disent que vous vendez des importations belges sur votre site?
Cdiscount a fait 210 millions ¤HT de chiffre d'affaire l'année dernière en vendant 20 millions de DVD. Le marché belge représente entre 3 ou 4 millions de DVD par an. Si c'était vrai, cela voudrait dire que Cdiscount achète cinq fois le potentiel total du marché belge au majors belges et qu'ils ne vendent rien en Belgique, c'est grotesque. On fait du commerce avec la Belgique, moins sur les DVDs que sur les biens d'équipement. C'est encore une rumeur que font circuler mes concurrents.

Propos recueillis par Catherine Wright


vendredi 25 juin 2004

“On ne dévalorise pas une œuvre en la vendant moins cher. Si on aime le cinéma on veut qu'il soit vu."



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