Cinéma

Annecy 2018 – Amel Lacombe : "Je trouve mon bonheur dans les cinématographies étrangères"

Date de publication : 13/06/2018 - 08:28

Eurozoom, qui fête cette année la distribution de son 40e film d’animation, présente trois longs métrages à Annecy, en compétition, hors compétition et en Work in Progress.

Vous sortez, le 12 septembre, Okko et les fantômes de Kitarō Kōsaka, sélectionné en compétition à Annecy. Le cinéma d’animation japonais nécessite-t-il un travail particulier ?
Il y a toujours une constante chez les films japonais et, en même temps, c’est un univers extrêmement large, chaque œuvre pouvant avoir des destins vraiment très différents en salle, allant de 10 000 à près de 300 000 entrées pour Your Name de Makoto Shinkai. Ce qui est relativement simple, c’est qu’il y a toujours une énorme attente et que l’on arrive à toucher plusieurs publics. Il y a bien sûr les fans, une cible extrêmement positive à travailler. Une fidélité qui se retrouve ensuite avec les sorties DVD. Mais quand nous avons sorti, par exemple, Miss Hokusai de Keiichi Hara, nous avons eu un public plus large, d’adultes amateurs d’art. Et puis il y a des œuvres pour lesquelles on arrive à travailler aussi bien les fans que les familles et les enfants. Et c’est dans ce cas de figure que nous enregistrons généralement le plus d’entrées. Cela a été le cas des premiers films de Mamoru Hosoda et notamment des Enfants loups. Pour Okko, nous espérons retrouver cette même combinaison idéale. Le film suit une jeune fille qui apprend à grandir, aidée par d'étranges rencontres de fantômes et autres créatures mystérieuses. Kitarō Kōsaka, qui travaille avec Miyazaki depuis Princesse Mononoké, est son véritable héritier. Et pour une fois, ce n’est pas une expression galvaudée.

C’est la continuation de votre longue histoire avec l’animation japonaise ?
Je me suis rendue compte en regardant un peu en arrière que nous sommes le premier distributeur de films d’animation japonais de France, hormis des Miyazaki, mais qui sont du domaine des majors. En animation, au sens large, nous fêtons cette année la distribution de notre 40e film. Et là-dessus, une trentaine sont japonais.

Vous avez aussi un film taïwanais hors compétition, Happiness Road de Sung Hsin-yin ?
Qui est plutôt destiné à un public adulte, même si l’héroïne est jeune. Je l’ai vu à Berlin un peu par hasard. C’est un premier film qui raconte quelque chose de très touchant autour de l’identité et de la culture. C’est l’histoire d’une petite fille taïwanaise de milieu très modeste qui a réussi à partir faire sa vie aux Éats-Unis, mais qui, à l’occasion de la mort de sa grand-mère, va retourner sur l’île où elle se rend alors compte à quel point elle est en phase avec cette culture, qui a contribué à la façonner. Un récit construit sous forme de flashbacks, avec des clins d’œil historiques sur les rapports entre la Chine continentale et Taïwan.

Vous distribuez aussi un titre qui fait l’objet d’une session Work in Progress, Buñuel après l’âge d’or, film d'animation espagnol de Salvador Simó…
Certaines parties ne sont pas du tout finalisées, notamment l’animation de quelques personnages. Nous l’avons acheté sur storyboard et cela a été aussi un énorme coup de cœur. Il raconte la traversée du désert de Luis Buñuel après le scandale de L’âge d’or à Paris et la façon dont il revient au cinéma par un pur hasard, à savoir un copain ayant joué à la loterie qui propose de lui payer son prochain film. Et ce sera Terre sans pain, autre œuvre iconique par excellence. L’animation donne toute sa force à l’histoire, notamment lorsque, durant sa période de déprime à Paris, Buñuel était en proie à des hallucinations.  

Annecy est un lieu de plus en plus important pour vous ?
Nous avons toujours au moins un film à Annecy. Nous avons déjà reçu deux Cristal pour Sita chante le blues, le premier film de Nina Paley, et Lou et l'île aux sirènes de Masaaki Yuasa l’an passé. Cette année, nous y présentons trois titres très différents, mais très représentatifs du travail que nous effectuons depuis longtemps. Même si je fais beaucoup de films japonais, je tiens aussi à travailler le cinéma européen. Nous avons ainsi distribué Psiconautas de Pedro Rivero et Alberto Vázquez ou encore Cafard de Jan Bultheel. Sur l’animation française, c’est plus compliqué car cela demande d’énormes prises de risque en amont pour se retrouver en fin de compte avec des mandats réduits à la salle uniquement. C’est notre choix. Pour le moment, je trouve mon bonheur dans ces cinématographies étrangères. Et même si les montants de MG peuvent être importants, cela nous offre des possibilités de récupération bien plus étendues, même si la concurrence s’accroît, notamment sur l’animation japonaise.

Recueilli par Patrice Carré
© crédit photo : Eurozoom


L’accès à cet article est réservé aux abonnés.

Vous avez déjà un compte


Accès 24 heures

Pour lire cet article et accéder à tous les contenus du site durant 24 heures
cliquez ici