Cinéma

Congrès FNCF 2019 - Olivier Aubry : "L’aide sélective est un sujet primordial pour la petite exploitation"

Date de publication : 24/09/2019 - 08:10

Trois mois après avoir été élu président de la commission de branche de la petite exploitation, Olivier Aubry évoque les principales problématiques auxquelles la branche est aujourd’hui confrontée.

Vous avez été élu, en juin, président de la commission de branche de la petite exploitation de la FNCF. Quelles raisons vous ont poussé à soumettre votre candidature à ce poste, que vous avez déjà occupé par le passé ?
Je l’avais effectivement occupé pendant six ans, comme Éric Lengrand et Francis Fourneau (le président sortant, Ndlr) avant moi. Je suis revenu car Francis ne voulait pas se représenter, mais aussi parce que j’ai été sollicité par pas mal de professionnels. Et puis, il y a tout de même beaucoup de sujets importants à défendre pour notre branche.

Lesquels en particulier ?
D’abord, l’après-VPF, ou plutôt l’après numérique : où en est-on ? Que fait-on ? Comment allons-nous évoluer ? Ensuite, il y a un deuxième sujet, qui concerne plus spécifiquement les indépendants privés dont je fais partie : les marges dont nous disposons, qui se sont complètement réduites. Aujourd’hui, pas mal de petites exploitations ont du mal à vivre car, une fois qu’elles ont tout réglé, il ne leur reste pas grand-chose pour pouvoir réinvestir et se moderniser. N’ayant pas de subventions ou d’aides, elles ne vivent que de leurs comptes de résultats. Et, aujourd’hui, le compte n’est pas là… Le troisième point, c’est qu’il faut, je pense, que nous travaillions à une baisse du taux de location à partir de la 4e semaine, et non pas un coup la 4e, un coup la 5e ou un coup la 6e. Enfin, quatrième et dernier axe, le piratage, qui est très important.

L’un des sujets les plus brulants pour l’exploitation, c’est celui de l’aide sélective à la petite et moyenne exploitation, qui n’a pas été augmentée en 2018 au-delà de l’enveloppe habituelle de 7 M€. Est-ce toujours un sujet de préoccupation majeur pour la branche ?
Il est primordial, oui. Aujourd’hui, on demande au parc de salles de se moderniser, de s’agrandir. Mais si, de l’autre côté, l’aide sélective n’est pas augmentée ou réduite, et que l’on met du temps à traiter les dossiers…

La problématique de l’aide sélective est symptomatique des crispations entre l’exploitation et le Centre depuis quelques années. Dans ce contexte, comment accueillez-vous la nomination de Dominique Boutonnat à sa tête ?
Beaucoup de syndicats et professions ont réagi, certains en sa faveur, d'autres en sa défaveur. Laissons-lui tout de même le temps d’arriver. Le Congrès sera, déjà, l’occasion de voir sa ligne politique. Ce qu’on lui demande, c’est d’être efficace, cohérent, et d’écouter tous les secteurs. Qu’on ne reste pas avec un CNC identique à ces dernières années, qui dit "oui, je vous entends", mais ne fait rien.

Vous évoquiez tout à l’heure la question de l’après-numérique. Quel regard portez-vous justement sur le modèle économique post-VPF élaboré par l’Observatoire de la petite et moyenne exploitation, soumis ce printemps au CNC ?
Le projet tient la route. Mais, une nouvelle fois, le CNC reste muet.

Après deux années de baisse, la fréquentation a repris des couleurs cette année grâce à l’été, avec une affluence en hausse de 5,1% sur les huit premiers mois de 2019. La petite exploitation se situe-t-elle au même niveau que la tendance nationale ?
Avant la Fête du cinéma – qui a été une réussite –, beaucoup de salles de la petite exploitation étaient à -10%, voire -15 %. Et la plupart se retrouve, fin août, au même niveau que l’année dernière, ce qui n’est pas glorieux, car 2018 avait été une mauvaise année pour la petite exploitation. J’espère que les quatre mois qui restent vont nous donner de quoi terminer au-dessus de 2018. Plus largement, on peut s’interroger sur la stagnation de la fréquentation à 200 millions d’entrées, au regard des investissements que nous avons réalisés et devrons réaliser dans les années à venir.

Ces dernières années, des tensions sont survenues autour des demandes d’exposition formulées par certains distributeurs. La situation s’est-elle améliorée depuis les recommandations émises par la médiatrice du cinéma sur les monoécrans et les cinémas de deux et trois écrans ?
Pas vraiment. On rentre même, maintenant, dans un schéma où trois semaines de plein programme nous sont demandées, contre deux auparavant. On nous dit "c’est exceptionnel", mais c’est faux, un rythme s’est installé.

Est-ce récurrent ?
Cela a été le cas pour deux des plus gros films sortis cet été. Évidemment, tous les distributeurs ne le font pas. Mais, aujourd’hui, les "petits" exploitants n’ont pas le choix : ils sont obligés de prendre ces films.

"La chute vertigineuse de la fréquentation estivale a fragilisé encore plus des exploitations déjà précaires", avait déclaré Laurent Coët, alors rapporteur de la branche, lors du Forum de discussion du précédent Congrès de la FNCF. Cette fragilité est-elle toujours aussi palpable ?
Elle se ressent dans ce que j’évoquais précédemment à propos de nos marges. On le voit bien à travers nos comptes de résultats : à la fin, sincèrement, il ne reste pas grand-chose... Au passage, Dieu merci que la confiserie existe pour la petite exploitation. C’est une recette annexe non-négligeable, qui nous permet aussi d’équilibrer nos comptes d’exploitation.

L’exploitation tricolore a été témoin d’une concentration renforcée ces dernières années, notamment illustrée par l’acquisition de Cap’ Cinéma par CGR ou, plus récemment, le rachat par UGC de neuf des 12 cinémas de C2L. Ce phénomène inquiète-t-il les membres de la petite exploitation ?
On peut se poser la question de la diversité des types d’exploitations qui existeront dans les années à venir. J’estime qu’on doit avoir la liberté d’avoir également un cinéma un peu plus rural, proche de ses spectateurs, où ceux-ci ne rentrent pas dans un hall uniquement dotés de machines pour acheter leurs places. C’est une autre forme d’exploitation, et il ne faut pas qu’elle disparaisse.

Propos recueillis par Kevin Bertrand
© crédit photo : DR


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