Cinéma

Lumière MIFC 2019 - Juliette Rajon/ Gérald Duchaussoy : état des lieux du 7e MIFC

Date de publication : 15/10/2019 - 08:02

Juliette Rajon, directrice, et Gérald Duchaussoy, chargé de mission coordination et programmation, présentent la 7e édition du Marché international du film classique (MIFC), qui se tient du 15 au 18 octobre à Lyon dans le cadre du festival Lumière.

Comment s’annonce cette 7e édition du MIFC ?
Juliette Rajon : L’ADN du MIFC, c’est l’éditorialisation puisque nous travaillons en amont sur des thèmes qui font débat au sein de la filière. D’année en année, nous ne visons pas forcément à augmenter le nombre de tables rondes, mais plutôt à les rendre pertinentes.
Là où nous voulons progresser, c’est sur la diversité professionnelle et géographique des accrédités que l’on accueille. Nous cherchons toujours aussi des thèmes qui les fédèrent ou qui les divisent, mais en tout cas qui les intéressent. Notre priorité, c’est plutôt faire toujours mieux pour un plus grand nombre.
Cette année, par exemple, un des sujets incontournables est la politique de financement public puisque le CNC va faire un bilan de son dispositif d’aide à la numérisation qui a pris fin. Typiquement, nous avons là un sujet au cœur de l’actualité de cette filière, et nous sommes tout désignés, car nous sommes le lieu où se rassemble les professionnels du patrimoine, pour que le CNC vienne présenter ses résultats, parler de la suite, et que le syndicat des cataloguistes viennent aussi débattre et construire, avec le CNC, l’avenir. Bien entendu, au-delà du syndicat, tous les professionnels présents ce jour-là dans la salle de conférence auront aussi sûrement des choses à dire, dans une version très collaborative.

Le “grand témoin” est Peter Becker, le président de Criterion. Pourquoi l’avoir choisi ?
J. R. L’idée de ce grand témoin, c’est de choisir chaque année, d’une manière très ouverte, un professionnel qui nous semble avoir une expérience et une vision à partager. Au-delà de Peter Becker lui-même, le fait que ce soit un Américain était intéressant, justement pour prendre un peu de hauteur par rapport à l’actualité française, un peu tendue dans le milieu. S’adresser à un professionnel dont l’activité est totalement privée, indépendante, sans soutien public, et qui, en même temps, a beaucoup de succès, nous intéressait. Et puis, en plus de cette origine géographique et de cette modalité privée de fonctionnement, Criterion est, à la fois pour le grand public et pour les professionnels, une référence.
Gérald Duchaussoy : Criterion est une maison avec une grande histoire, qui relie aussi toutes les époques avec une évolution du cinéma, des transformations technologiques, et avec tous les moyens de diffusion. C’est un distributeur avec Janus Films, un éditeur de DVD et de Blu-ray avec The Criterion Collection, une chaîne de streaming avec Criterion Channel… Ils ont une vision très large du métier, qui concerne le cinéma de patrimoine. Cela nous semblait aussi très intéressant d’avoir cet acteur qui se finance lui-même, qui a une renommée mondiale et qui couvre différents secteurs toujours avec passion.

En amont du marché, le 13 octobre, s'est tenu le premier Salon des éditeurs DVD. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette initiative ?
J. R. Nous avons toujours mis le DVD à l’honneur au MIFC, mais nous avons voulu créer une journée plus spécifiquement autour de l’édition vidéo. En ce moment, il y a pas mal de communication sur la chute des ventes de DVD en général. Pourtant, quand on analyse les choses d’un peu plus près, on constate que cela baisse beaucoup pour le cinéma frais, mais que cela progresse plutôt pour le patrimoine. Nous avons d’abord monté une conférence ouverte au public, contrairement à celles du marché réservées aux professionnels, sur l’avenir du DVD et du Blu-ray. Nous nous sommes alors dit que c’était l’occasion, outre les espaces de ventes déjà organisés durant le festival ainsi qu’à l’année, de proposer aux éditeurs vidéo de retrouver une démarche directe avec les consommateurs, les acheteurs, les cinéphiles, et de leur mettre notre espace à disposition durant une journée.
G. D. Dès la première année du MIFC, le DVD et le Blu-ray étaient présents, car il s’agit de l’un des moyens de transmission du patrimoine. En tant que marché, nous couvrons différents secteurs et différents canaux de distribution, et le DVD et le Blu-ray figurent parmi les canaux les plus forts avec tous ces objets qui sont à la fois magnifiques et collectors, avec les livres qui sont liés, les bonus. Cela fait partie d’une transmission de l’histoire du cinéma.

Combien d’accrédités sont attendus cette année ?
J. R. L’année dernière nous étions à 430 accréditations. Nous savons que c’est un marché de niche, que les professionnels, même s’ils sont tous très dynamiques et actifs, ne se multiplient pas à l’infini, ni en France ni à l’étranger. Chaque année, pour l’instant, nous sommes en augmentation, donc si nous arrivons à 450-500 accréditations, nous serons très heureux.

Quelles sont les futures évolutions du MIFC ?
G. D. Renforcer sa dimension internationale, montrer à l’étranger qu’il y a un véritable marché et que c’est une nécessité d’avoir un rendez-vous physique et de continuer les rencontres pour faire vivre le patrimoine.
J. R. Nous aimerions aussi essayer de devenir le collecteur de données du milieu. Nous, l’Institut Lumière qui organisons le marché, nous sommes entremetteurs, facilitateurs, mais nous ne sommes pas partie prenante dans le business. Néanmoins, nous aimerions devenir l’organe qui rend compte des tendances du milieu en termes de volume d’affaires, de rentabilité, de ratios… Nous souhaiterions, peu à peu, que nos accrédités nous livrent plus d’informations sur leur modèle d’entreprise, et pouvoir en être le réceptacle et le lieu d’étude, afin de redistribuer des données sur le business du cinéma de patrimoine. Progressivement, Nous allons démarcher individuellement nos professionnels, d’abord d’une manière informelle cette année, pour pouvoir bâtir avec eux une grille de lecture de leur activité. Mais nous nous engageons là dans une démarche d’envergure, que l’on va préparer cette année. Nous verrons lors des prochaines éditions, si nous pourrons faire un premier rendu, communiquer d’une manière plus officielle là-dessus.

Océane Le Moal
© crédit photo : MIFC


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