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Cinéma

Congrès FNCF 2020 - Nathanaël Karmitz : "Nous avons vécu de grandes trahisons de la part des studios"

Date de publication : 23/09/2020 - 08:15

Le président du directoire de MK2 détaille l’impact de la crise sanitaire sur le groupe familial, entre projets incertains et nouveaux axes de développements, tout en livrant sa vision des bouleversements qui secouent aujourd’hui l’exploitation.

Trois mois après la réouverture des salles, quel bilan tirez-vous à l’échelle de MK2 ?
L’été a été long… Et, en même temps, en regardant les résultats en Espagne où nous sommes également présents, je me dis que nous avons beaucoup de chance en France. Là-bas, le marché a démarré à -98%, pour remonter fin août à -70%. La situation est, à ce stade, très inquiétante. On voit la réalité des marchés totalement dépendants des films américains… Pour revenir à la France, nous avons senti une envie de cinéma réelle et très forte de la part des spectateurs, freinée toutefois par un problème d’offre majeur du côté des blockbusters, comme Tenet l’a confirmé. Avant sa sortie, nos salles affichaient une baisse de fréquentation avoisinant les 50%.

Et depuis ?
Nous étions, la semaine de sa sortie, en hausse de 1,5% par rapport à 2019. Même si la partie n’est pas gagnée, c’est encourageant. D’autant que cette bonne dynamique ne résulte pas seulement de “l’effet Tenet”, mais de “l’effet offre cinéma”. Pour le vérifier, il suffit de comparer la situation française à celle des autres territoires où, pour beaucoup, la baisse continue d’être conséquente malgré la sortie du long métrage de Christopher Nolan. En France, lorsque les films sont là, les spectateurs aussi.

Vous étiez, à l’origine, en faveur d’une réouverture en septembre…
Absolument. Sachant que cette problématique n’est pas uniquement liée au retour ou non du public. On peut discuter un peu plus facilement avec son bailleur ou son banquier lorsqu’on a l’obligation d’être fermé plutôt que lorsqu’on rouvre avec des chiffres aussi mauvais que ceux que nous avons connu au démarrage. Nous savions que ce serait compliqué, et ça l’est. Le problème, c’est que nous repartons tous dix ans en arrière d’un point de vue financier. Du coup, ne se pose pas que la question de la survie, mais aussi celle du développement, alors que se profile un nouveau cycle de réinvestissement visant à moderniser les équipements.

Quel impact la crise sanitaire a-t-elle sur les finances de MK2 ?
Il n’y a pas – à ce stade – péril en la demeure, nous sommes partis d’une très bonne situation, avec la capacité d’absorber cette crise : nous avions de la trésorerie, nous sommes propriétaires de la plupart des murs de nos salles, nous avons des activités diversifiés… Pour autant, le coût se chiffre en millions d’euros. Nous avons été impactés durement par cette crise, alors que nous y étions financièrement préparés. Je n’ose donc imaginer la situation dans laquelle se trouvent bon nombre de nos collègues…

Jean Castex a annoncé, le 28 août au FFA, un réarmement financier du CNC à hauteur de 165 M€. En êtes-vous satisfait ?
On ne peut que se satisfaire de ces annonces. Pour autant, seront-elles suffisantes ? Nous attendons maintenant les modalités, car la situation est critique. Et la problématique est générale, elle ne concerne pas que les salles indépendantes ou municipales. L’effondrement du système peut venir de celui des groupes.

Le lendemain, le port du masque était rendu obligatoire à l’intérieur des salles, avec maintien de la distanciation physique dans les zones rouges. Comment avez-vous accueilli cette décision ?
Il s’agit d’une clarification simple et compréhensible, bienvenue après une communication confuse. Pour la distanciation, c’est une double peine incompréhensible que nous espérons voir levée rapidement. Cela pénalise nos entrées mais également la diversité et les distributeurs en obligeant à la multiprogrammation, à cause de capacités devenues trop faibles pour certains films.

Quid de vos spectateurs ?
Cela s’est globalement bien passé, nous avons aussi bien des spectateurs fâchés que le masque soit obligatoire que de gens heureux qu’il le soit.

Vous évoquiez, plus tôt, la question du développement. Ce volet a-t-il été impacté par la crise ?
Nous avons eu de la chance. Nous n’avions rien ouvert juste avant le confinement, et n’avions rien prévu juste après. Pour nos autres projets, nous sommes liés à la santé de nos partenaires, en particulier les foncières, avec lesquelles nous travaillons dans le cadre de projets d’aménagement urbain. Or elles-mêmes ont leurs propres difficultés…

Certains de vos projets pourraient donc ne pas voir le jour ?
C’est trop tôt pour le dire, mais c’est forcément une hypothèse.

Parmi vos projets phares, figure la création d’un cinéma sur les Champs-Élysées, dans le cadre d’un programme immobilier porté par Groupama. Quel est son calendrier ? Et son concept, semble-t-il inédit ?
Le timing est celui qui a été annoncé par Groupama (d’ici les JO 2024, Ndlr). Quant au concept, je ne peux rien dire, à part ce que j’ai déjà dit : il est novateur, unique au monde.

Et à Schiltigheim, où vous portez un multiplexe avec Stéphane Libs ?
Nous tenons le calendrier annoncé lors du changement d’architecte, c’est-à-dire un lancement des travaux fin 2020-début 2021, pour une ouverture 18 à 24 mois plus tard.

Développez-vous d’autres cinémas en dehors de Paris ?
Le MK2 Dumbéa (un cinéma franchisé porté par Philippe Aigle, Séverine Lathuillière et Patrick Baldi en périphérie de Nouméa, Ndlr) est en cours de travaux. Le chantier avance bien, nous espérons ouvrir à l’été 2021.

Avez-vous d’autres projets de salles ?
Pas que je puisse évoquer à ce stade.

La crise sanitaire vous a donc fait revoir votre politique de développement ?
Non, car les développements que nous avions prévus nous semblent adaptés au monde d’aujourd’hui et de demain. Par exemple, le “cinéma/hôtel” surplombant le MK2 Nation, qui disposera d’un toit-terrasse accueillant des projections en plein air, ouvrira bien en décembre. Malgré la crise que connaît le tourisme, le concept est suffisamment innovant et créatif pour séduire le public. Je pense, par ailleurs, que l’ensemble des opérateurs devrait d’ores et déjà réfléchir à la suite. Il ne s’agit pas seulement de régler nos problèmes d’aujourd’hui, mais aussi et surtout de penser à demain. À ce titre, des initiatives comme celles menées à Schiltigheim ou Dumbéa constituent des formats de partenariat qui, à mon sens, ont vocation à se développer. Nous discutons d’ailleurs avec beaucoup de gens autour de ces types de modèles.

Comment se portent vos activités de réalité virtuelle ? Le MK2 VR déployé à la pointe du MK2 Bibliothèque a, notamment, fermé ses portes en début d’année…
Le MK2 VR a été la première salle de VR en Europe, et a été un accélérateur pour tout le secteur. Après trois ans d’exploitation, nous avons décidé de la fermer pour laisser place à d’autres concepts immersifs. Nous avons aujourd’hui une expertise de pointe dans le secteur des technologies immersives, incarnée par notre agence MK2+. Nous y jouons un rôle important, aussi bien en production qu’en distribution ou en exploitation de lieux. À cet égard, nous préparons, dans le cadre de nos prochaines ouvertures, des lieux de diffusion totalement innovants.

Qu’en est-il de l’événementiel ?
2020 se présentait comme une année exceptionnelle. Nous avions gagné des compétitions pour des lancements de films et de produits très prestigieux, aussi bien en France qu’en Europe. Évidemment, l’activité a été heurtée de plein fouet par la crise, et même Cinéma Paradiso, qui devait se tenir cet été au Louvre, a été annulé. Nous espérons reprendre l’an prochain.

Vous avez tout de même organisé plusieurs événements cet été, au Bassin de la Villette et à La Seine Musicale notamment…
L’événement Cinéma sur l’eau au Bassin de la Villette a été immédiatement copié dans le monde entier. Pour La Seine Musicale, il s’agissait d’un nouveau format de Cinéma Paradiso, plus mobile et plus agile, qui va se pérenniser. Nous avons beaucoup de discussions pour des événements ponctuels de ce type, à Paris comme en région.

Parmi vos nouvelles activités, il y a le MK2 Institut, un “espace de découverte, d’échange et de débat” tout juste lancé…
Le débat d’idées est depuis toujours un sujet essentiel chez MK2. Aujourd’hui, notre ambition est d’avoir un programme extrêmement ambitieux. Cette structure dirigée par Guy Walter, ancien patron de la Villa Gillet à Lyon, a pour but de donner aux spectateurs des outils pour penser par eux-mêmes. L’institut proposera plus de 300 événements chaque année, aussi bien en physique qu’en digital, et embrassera avec des auteurs, des chercheurs et des artistes les grands sujets du monde d’aujourd’hui et de demain. Nous travaillons, par ailleurs, sur une offre de diffusion live pour les salles en province, qui sera opérationnelle en décembre.

Quel regard portez-vous sur les ventes aux plateformes de films français à l’origine prévus en salles, conclues en nombre cet été ? Et, du côté des studios, sur le basculement de titres vers la PVoD ou leurs propres plateformes ?
Il y a deux contextes différents. D’un côté, par exemple celui de Pinocchio où, au regard des frais engagés et du caractère exceptionnel de la situation, c’était surement la meilleure décision à prendre pour son distributeur (Le Pacte, Ndlr). De l’autre, nous avons vécu de grandes trahisons de la part des studios. Après avoir incité les salles à ouvrir pour accueillir Mulan (basculé sur Disney+, Ndlr), Disney a ainsi profité de la situation pour son seul et unique intérêt au détriment de tous ses partenaires, en particulier en France en choisissant une mise en ligne en décembre sans frais supplémentaire. C’est une provocation inacceptable vis-à-vis des exploitants. Dans une industrie où nous sommes tous interdépendants, ces coups de canif sont dangereux pour l’avenir et se payeront pour tout le monde, exploitants comme studios. Pour autant, je suis d’un optimisme réel et convaincu de l’avenir des salles, qui ont déjà survécu à de nombreuses crises.

Propos recueillis par Kevin Bertrand
© crédit photo : Julien Liénard pour Le Film Français


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