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Lumière MIFC 2018 - Hugues Peysson : "L’édition vidéo française ne ménage pas ses efforts pour séduire les cinéphiles"

Date de publication : 16/10/2018 - 08:44

À l’occasion de la table ronde vidéo qui ouvre le colloque du marché professionnel du Festival Lumière ce mardi 16 octobre, le cofondateur et dirigeant de L’Atelier d’Images évoque le cinéma classique de genre, qui marque considérablement l’actualité de l’éditeur ce semestre.

Que représente l’édition vidéo de cinéma dit classique au sein de votre activité ?
L’Atelier d’Images s’est beaucoup diversifié et développé au cours des trois dernières années avec quatre activités principales : l’acquisition de droits, l’édition vidéo, la distribution cinéma (Sugarland et récemment RBG, sorti le 10 octobre) et la production TV de documentaires (Cannes 68, Belmondo ou le goût du risque, Claude Berri le donneur de cartes…). Nos éditions dont La vie privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder, Le roi de cœur de Philippe de Broca ou Les aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin de John Carpenter ont été saluées par la presse et les vidéophiles. Mais nous avions déjà sorti beaucoup de classiques dont Jeanne d’Arc de Victor Fleming, Driver de Walter Hill ou Le chien des Baskerville de Terence Fisher. Par ailleurs, nous collaborons, que ce soit en prestation avec de nombreux éditeurs comme TF1 Vidéo, Pathé, M6 ou Studiocanal, ou en coédition comme avec Carlotta, ESC Editions ou Sidonis (et Koba Films ou Condor sur des films frais ou séries). L’activité vidéo représente un tiers de notre chiffre d’affaires annuel.

De la trilogie Hellraiser, lancée cet été, à Jack Burton… cet automne, en passant par Roller Ball en fin d’année, votre second semestre est marqué par l’édition vidéo de cinéma de genre. Pourquoi ?
Avec mon associé Pierre Paga, nous sommes des enfants des vidéos-clubs, les titres que nous éditons étaient des films cultes pour notre génération ou ont connu de belles secondes carrières grâce à la vidéo. Inutile de dire le plaisir que nous avons à travailler sur des films qui ont bercé notre cinéphilie. Nous partageons cette passion avec mon équipe et Jérome Wybon, qui réalise nos documentaires et est d’une aide précieuse pour concevoir ces éditions. Le cinéma de genre a gagné ses lettres de noblesse et on voit l’influence de réalisateurs comme Carpenter, Romero, Argento, Mc Tiernan sur la jeune génération de cinéastes.

À quel public vous adressez-vous ?
Sur le cinéma de genre, il y a clairement un public qui regrettait que ces films soient édités de façon basique en DVD et absents en blu-ray. Ils avaient pris l’habitude de se tourner vers les éditions étrangères et je crois que les efforts conjoints d’éditeurs vidéos les ramènent à consommer local… Il y a une saine émulation et beaucoup de respect sur le travail effectué chez Wild Side, La Rabbia, Le Chat Qui Fume, Carlotta ou ESC. Je crois que l’édition française ne ménage pas ses efforts pour séduire les cinéphiles… malgré une hallucinante piraterie qui prospère en toute impunité ! Ces films qui pouvaient être considérés comme de simples séries B sont devenus aujourd'hui, avec le recul, des incontournables du cinéma.

Si certains blockbusters d’horreur engendrent des cartons au box-office en France, le cinéma de genre est encore sous-représenté au sein des nouveautés en salle, et la frilosité des distributeurs comme des exploitants français autour de ce dernier est reconnue. Le cinéma de genre dit classique est-il une tendance significative en vidéo ?
Il y a des licences fortes comme celles de Blumhouse – Insidious, American Nightmare, Paranormal Activity… – ou d’autres comme Conjuring ou Annabelle qui trustent les entrées et sont destinées, à mon sens, à un public plutôt jeune. Parallèlement, les amateurs de films d’horreur souvent plus âgés et avec une forte culture du film de genre – ne sont pas toujours comblés par ce qui est distribué ou par ce que l’on veut bien leur montrer. Il y a heureusement des festivals, des reprises et des indépendants pour proposer des programmations audacieuses en salle. Le plus complexe étant de vouloir distribuer du film de genre français. À l’exception peut-être de Grave et de Revenge. Dès lors, l’édition vidéo permet de retrouver dans des éditions très soignées et avec de nouveaux masters les classiques du genre, comme Hellraiser effectivement.

Quelle est votre stratégie de repérage et d’acquisition sur ce type de cinéma ?
On regarde les droits disponibles, ce qui est inédit ou existant en blu-ray, mais avec des masters anciens de piètre qualité, les suppléments-compléments possibles. Cela permet d’établir un premier état des lieux. Ensuite, on continue les investigations une fois le contrat signé car on trouve des perles… Par exemple, Jérome Wybon nous a déniché un making-of hallucinant de 52 minutes avec Billy Wilder au travail sur La vie privée de Sherlock Holmes. Parfois, cette quête prend des années car il y a des problèmes de droits et/ou de masters.

Quels sont vos grands rendez-vous répertoire et patrimoine à venir ?
Après Les faucons de la nuit, lancé en septembre, nous sortons donc Jack Burton le 16 octobre, pour lequel dont nous terminons un crowdfunding. 400% de l’objectif est déjà atteint, et je pense que nous dépasserons les 500%. Il y a également Le dernier des géants de Don Siegel avec Sidonis le 26 novembre, Rollerball de Norman Jewison le 4 décembre, et nous préparons une très belle édition de Ragtime de Milos Forman avec Arte. Enfin, nous travaillons sur Les amants du capricorne d’Alfred Hitchcock et sur un coffret Evil Dead de Sam Raimi. Nous avons également produit, avec Pathé et Ciné+, les documentaires des superbes coffrets Claude Berri et Jean-Paul Rappeneau, tous deux réalisés par Jérome Wybon. Nous finalisons aussi un documentaire sur Jean-Pierre Marielle pour Paris Première, qui sera inclus dans un coffret TF1 Vidéo consacré à l’acteur. Une fin d’année bien remplie !

Propos recueillis par Sylvain Devarieux
© crédit photo : DR


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