Télévision

Annecy 2017 - "Un homme est mort", première fiction 100% animée d’Arte

Date de publication : 16/06/2017 - 08:45

Cette production signée des Armateurs est adaptée de la BD de Kris et Étienne Davodeau, elle-même issue du long métrage documentaire de René Vautier au titre éponyme.

Preuve que les lignes bougent, même lentement, dans le secteur de l’animation, Les Armateurs* termine la production d'Un homme est mort, fiction animée de 65 minutes destinée à être programmée en première partie de soirée sur Arte, et présentée en séance de Work in Progress à Annecy. Si l'on considère que Je vous ai compris, précédent téléfilm en rotoscopie diffusé sur son antenne, n'est pas de l'animation, il s'agira alors de la première fiction du genre sur la chaîne franco-allemande.

Le projet a été initié en 2013 quand Arte voulait se lancer dans des téléfilms en animation pour un public adulte. Les Armateurs discutaient avec Gallimard pendant que Kris et Étienne Davodeau, respectivement auteur et illustrateur de la BD (éditions Futuropolis-Gallimard), étaient sollicités de toutes parts... Tout le monde a fini par se rencontrer, et l’adaptation était sur des rails, résume Delphine Nicolini, directrice du développement et directrice artistique aux Armateurs.

Un homme est mort relate un épisode emblématique de la lutte syndicale, et d'une bavure, survenu en 1950 à Brest. En grève, les ouvriers réclament alors des hausses de salaires. P'tit Zef, Édouard et Désiré participent à la manifestation organisée par la CGT quand de violents affrontements surviennent. Les policiers tirent sur la foule et une balle atteint Édouard en plein front. La CGT fait alors venir le cinéaste René Vautier pour faire un film sur les événements, le documentaire Un homme est mort, qui finira par être détruit à l’issue d’une énième projection dans un ciné-club parisien.

Relativement fidèle à l’ouvrage originel, l’adaptation comporte néanmoins, forcément, quelques évolutions : dans la BD, c’est René Vautier le personnage principal, alors que le film se situe davantage du point de vue des ouvriers, celui de P’tit Zef en particulier.
Des femmes ont également été ajoutées, tel le personnage de Paulette, quatrième protagoniste central aux côtés des trois hommes. Il n’y en avait pas dans le livre, or "on savait qu’elles étaient très présentes", explique Delphine Nicolini.

L’écriture aura duré deux ans au total. Dans un premier temps, Kris "a posé toutes les bases" du scénario, ensuite confié à Guillaume Mautalent et Sébastien Oursel avec qui Les Armateurs travaille régulièrement.

Concernant le développement graphique, approuvé par Étienne Davodeau, il a été élaboré en adéquation avec l’économie du film doté d’un "petit budget", soit 2 M€, dont 1,6 M€ pour la fabrication, précise Ivan Rouveure, directeur général délégué et producteur exécutif aux Armateurs.
Ce financement pour le moins limité a conditionné à peu près tous les choix d’outils de production, de composition et d’organisation d’équipe... "Contrairement aux idées reçues, Les Armateurs n’est pas un studio", rappelle Ivan Rouveure. Il l’est devenu pour la circonstance. Une équipe de 29 personnes a été constituée avec l'objectif d'une efficacité maximum (nombre d'intermédiaires minimum, profils multi tâches…) et réunie dans un même lieu pendant un an, à Paris, où l'intrégralité du film est fabriqué.
Seules les voix ont été "délocalisées", les comédiens étant 100% Bretons, afin de coller au mieux aux personnages et, en outre, de pouvoir ajouter une région au plan de financement.

Pour ce "projet assez atypique", la production et le réalisateur, Olivier Cossu, qui vient "essentiellement du live, du VFX et du compositing", ont privilégié des "technologies assez hybrides". Les trois quart des scènes ont été réalisés en full 3D, le reste en 2D ou mix 2D, 3D pour aboutir à un rendu 2D. La production fait valoir deux nouveautés : "le layout 3D et l’animation 3D ont été fait dans Nuke", le logiciel utilisé pour tout le film. Le positionnement adulte change les priorités, en regard de la fabrication d'une série jeunesse, estime le producteur. "Nous n'avons pas cherché à faire une animation hyper fluide mais à créer une émotion et une ambiance dans laquelle emmener le public".

À ce jour, le financement d'Un homme est mort n'est pas totalement bouclé et porté à hauteur de 30 à 40% sur les fonds propres des Armateurs. "Il y a de la place pour de nouveaux partenaires", souligne d'ailleurs Ivan Rouveure. "Un distributeur serait le bienvenu" notamment, aux côtés d'Arte dont l'apport est "significatif". Par ailleurs, Les Armateurs "envisage de travailler sur une sortie en salle en Bretagne, vu le sujet". Des contacts ont déjà été pris.

Passées les contraintes et l'équation financière serrée, "on est en train de démontrer qu’on peut réaliser un film de qualité", conclue Ivan Rouveure. La clé du succès ? "La phase du développement, qui a duré plus de six mois."

*Participation majoritaire d’Hildgarde, propriétaire du Film français

Emmanuelle Miquet
© crédit photo : Les Armateurs


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