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ENTRETIEN DU FILM FRANCAIS

Rodolphe Belmer

Il venait du marketing, et cela se sent. Avec lui, Canal+ retrouve des couleurs et une image qui lui sied de mieux en mieux. Un peu plus de cinq mois après sa nomination à la tête de la chaîne, Rodolphe Belmer, directeur général délégué de Canal+, revient sur ses ambitions.

 
   

Après trois ans de relative discrétion, Canal+ revient en force à Cannes avec 19 h 10 pétantes. Était-ce nécessaire dans la conquête d’une nouvelle image de la chaîne ?
Deux raisons ont motivé cette décision. Tout d’abord, 20 h 10 pétantes est une émission de divertissement réussie qui se prête très bien à ce type d’exercice. Ensuite, elle symbolise la vitalité, l’énergie et la confiance que la chaîne entend à nouveau afficher. Par ailleurs, il nous semblait important de se ré-associer fortement au Festival de Cannes, symbole des liens qui unissent Canal+ au cinéma.

Où sera enregistrée l’émission et sera-t-elle remodelée pour l’occasion ?
L’émission sera plus longue (près d’une heure et demi), et démarrera à 19 h 10 en direct de la plage du Noga Hilton. Elle s’articulera, dans un premier temps, autour de l’invité principal, puis de la montée des marches. Et, dans une seconde partie, un autre invité, “happé” par Laurent Weill sur les marches du Palais, viendra parler de son actualité cannoise.

Quel sera le coût de cette délocalisation pour la chaîne ?
Il est considérable puisque le budget de l’émission augmente de 50% pour l’occasion.

Quelles sont, à vos yeux, les principales réussites de la saison ?
Ma grande fierté, c’est l’éditorialisation du cinéma, qui a contribué à faire progresser l’audience du genre de 14%, alors que notre approvisionnement en films n’a pas changé et que les autres chaînes s’inquiètent de la baisse d’attractivité du cinéma sur leur antenne. Il y a ensuite 20 h 10 pétantes, qui, avec ce style et cet humour si spécifiques, connaît un succès d’audience et d’image très satisfaisant. Et puis, il y a la case fictions d’action, un peu décalée, le samedi soir, qui fonctionne très bien malgré la concurrence. Après 24 heures chrono, The Shield démarre très fort, avec 17% de PDA sur nos abonnés ! Nous allons amplifier cette politique l’année prochaine, en diversifiant aussi notre offre avec des séries polémiques ou à message comme Angels in America, L World et Nos meilleures années. Notons enfin la case documentaire du dimanche à 17 h, Dimanche évasion, qui progresse de 30% par rapport à l’année dernière. Du coup, nous lançons une politique de documentaires événementiels en prime time.

Quelles sont les émissions, en clair ou crypté, qui seront maintenu l’année prochaine ?
Les décisions ne sont pas encore totalement prises. Bien évidemment, Les guignols et Groland seront au rendez-vous. 20 h 10 pétantes probablement aussi. La vie en clair, le midi, fonctionne plutôt correctement, l’audience continue d’augmenter. Nous maintiendrons +Clair le samedi midi, mais réfléchissons à programmer différemment En aparté, à un horaire qui lui convienne mieux. Peut-être après +Clair. Enfin, Ça cartoon est maintenu avec Philippe Dana. Le contrat avec Warner s’arrête fin 2004. Après, nous trouverons d’autres sources d’approvisionnement pour nourrir l’émission.

Le succès de Simple Life vous pousse-t-il à envisager de remettre de la télé-réalité à l’antenne?
Ce format nous a plu parce qu’il était parodique. En plus, cela nous amusait de le programmer en même temps que l’émission de TF1, La ferme célébrités. Mais la TV réalité d’aujourd’hui, celle qui consiste à expérimenter des choses sur les gens et à les filmer, ne nous intéresse pas. Canal+ préfère parler à l’intelligence des gens.

On parle de l’arrêt de Merci pour l’info et du départ d’Emmanuel Chain. Quel bilan faites-vous de cette émission ?
Comme pour les autres émissions, aucune décision n’est prise aujourd’hui. L’émission est qualitative et elle a permis d’inscrire Canal+ dans l’information, mais elle n’est pas encore entièrement satisfaisante en terme d’audience.

Le bruit a couru que la chaîne allait arrêter sa tranche en clair. Est-ce une hypothèse encore envisagable ?
Non, j’ai toujours été un fervent partisan du clair. Cette tranche exprime ce que Canal+ entend véhiculer : une image de chaîne originale, libre, dynamique et passionnée, un projet culturel et une identité. Ces notions-là sont portées en grande partie par ce biais. Cette saison, la complète restructuration du clair a d’ailleurs largement participé à l’amélioration de l’image et des retombées commerciales de la chaîne.

Le cinéma et le sport sont totalement absents du clair. Pourquoi ?
Ces deux vecteurs explicites d’abonnements à Canal+ sont réservés à nos abonnés. Les vecteurs implicites, liés à l’image, peuvent être en clair.

De quelle manière Canal+ va-t-elle relancer la production française de fictions et de documentaires ?
En matière de documentaire, nous voulons programmer entre trois et quatre numéros événementiels par an, à l’image de The Staircases (FF n° 3036), que nous coproduisons en 8 x 45 minutes avec ABC. Sur la fiction française, notre ambition est de coproduire au minimum quatre unitaires et deux séries de 52 minutes par an : les premiers, autour de thèmes comme la gestapo (avec GMT), ou le 17 octobre 1961 (avec Cipango), traiteront d’histoires contemporaines très implicantes ; les secondes, sur des univers spécifiques comme la police scientifique ou le journalisme seront traitées de manière extrêmement réaliste. Un pilote, avec Son et Lumière, sur l’univers de la justice va être tourné prochainement.

On sent les efforts de la chaînes dans la fiction et le documentaire, mais pas dans les programmes jeunesse ni en musique. Ces deux genres sont-ils bannis de l’antenne ?
Canal+ n’étant pas une chaîne enfant, notre implication dans les programmes jeunesse restera mesurée. Sur la musique, c’est tout le contraire. C’est un axe sur lequel nous travaillons très sérieusement avec Stéphane Saulnier, le responsable de ce département au sein de la chaîne. Canal+ a un vrai savoir-faire en la matière et se positionne comme découvreur de talents. Il y aura des choses dans la grille de Canal+ dès l’année prochaine.

Lors de votre nomination, en novembre dernier, Bertrand Méheut avait indiqué que Guillaume de Vergès reviendrait après sa convalescence. Est-il joignable aujourd’hui à Canal+ ?
Guillaume de Vergès suit auprès de Bertrand Méheut les négociations avec le cinéma et supervise StudioCanal. Il est son conseiller sur ces questions-là.

L’image de Canal+ retrouve des couleurs d’antan, celle de la belle époque. Mais n’avez-vous pas envie d’y apposer votre touche personnelle ?
Notre ambition est effectivement de restaurer l’image de la chaîne et de l’orienter sur des thèmes différents du passé. Canal+ doit être la chaîne de la liberté, de la modernité et de l’audace… Et nous voulons insuffler cet esprit non pas dans quelques émissions, mais sur l’ensemble de la grille.

Contrairement à ce que voulait Pierre Lescure, votre modèle n’est plus HBO ?
Non, HBO est une offre de produits. Canal+ est une offre de culture. Un projet culturel qui s’exprime dans tous les genres télévisuels et cinématographiques.

Propos recueillis par Carole Villevet et Fabrice Leclerc


vendredi 21 mai 2004

"Canal+ n’est pas une offre de produits mais de culture dans tous les domaines”



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