Cinéma

Congrès FNCF 2015 – La petite exploitation et l’art et essai animent le Forum de discussion

Date de publication : 29/09/2015 - 23:00

Les deux sujets furent longuement évoqués durant ce traditionnel point d'étape des commissions de branche, organisé ce mardi 29 septembre, aux côtés d'autres dossiers récurrents tels que l'accès au film, l'après-VPF ou les relations-distributeurs exploitants.

C’est dans une ambiance décontractée que s’est ouvert le traditionnel Forum de discussion du Congrès des exploitants, reprogrammé au mardi après-midi pour succéder directement aux réunions des branches tenues le matin même.

Après un hommage rendu par Richard Patry, président de la FNCF, aux personnes disparues dans l’année – dont Régine Juin, Raoul Aubert, Michel Gallay –, le Forum a laissé place à Jamila Messaoud, directrice du département cinéma de Médiamétrie. L’institut avait en effet concocté un sondage portant sur la première expérience de cinéma. Il en ressort notamment qu’un spectateur sur deux se souvient de sa première fois en salles. 90% des sondés privilégient l’expérience du film sur grand écran pour des raisons de confort et 59% pour l’ambiance. 91% l’identifient par ailleurs comme un moyen de s’évader du quotidien tandis que 88% mettent en avant l’aspect social du plaisir d’une sortie à plusieurs. Un sondage "feel-good, qui démontre la réussite de notre travail sur la perception de notre activité aux yeux des spectateurs", dixit Richard Patry.

La grande exploitation vigilante sur la chronologie des médias

Une fois n’est pas coutume, la grande exploitation a ouvert le bal des rapports de commissions de branche, par la voix de Laurence Meunier, sa rapporteuse. Après avoir évoqué des craintes relatives à la Loi Liberté de création, architecture et patrimoine, notamment sur l’évolution de l’autorisation des séances en plein air, Laurence Meunier a appelé à plus de vigilance sur la chronologie des médias, déplorant" la proposition de bonus d’Europa Cinemas dans le cadre de sorties day & date. "Nous tenons à une fenêtre d’exposition forte de films en salle", a lancé la rapporteuse.

Introduisant l’incontournable  sujet de l’après-VPF, la branche a constaté que la projection numérique engendre "des charges d’exploitation importantes, et même supérieures à celles que nous connaissions avec le 35 mm". Et l’exploitante d’évoquer le futur renouvellement du matériel : "il est légitime d’envisager la mise en place de mécanismes permettant de faire face à ces nouvelles dépenses"

Passant au sujet brûlant des relations avec les distributeurs, l’exploitante a tenu à pointer le nouveau modèle de contrat envoyé par Warner Bros. France cet été aux exploitants. Un document "imposant des contraintes sans fondement ni contrepartie et s’arrogeant un pouvoir de contrôle inacceptable sur nos entreprises". La rapporteuse a affirmé le refus collectif de sa branche de la plupart des clauses de ce contrat et demandé que la médiatrice se saisisse du dossier, "afin d’éviter que la fourniture de copies soit conditionnée à la signature de ce contrat". En outre, la branche a évoqué le partage des recettes 3D, regrettant également l’obligation de diffusion de films en 100% 3D.

Moyenne exploitation : des pistes pour l’après-VPF

Prenant la parole pour la moyenne exploitation, Marie-Laure Couderc, sa rapporteuse, s’est à son tour emparé de la question de l’après-VPF, dégageant deux pistes pour l’avenir : "un post-VPF, pérenne, renégocié et forfaitaire, et/ou un fonds de soutien dédié, abondé par la quote-part du pourcentage du taux de location, évidemment sur la part distributeur".

Le piratage fut lui aussi abordé, la moyenne exploitation regrettant la tendance qui consiste à voir dans les sorties simultanées et le e-cinéma "les nouvelles armes de lutte" contre la diffusion illicite des films, avant de dénoncer elle aussi l’initiative d’Europa Cinemas.

Ouvrant le champ des relations entre exploitation et distribution, la branche a débuté avec l’évolution des contrats de Warner, jugeant "le fond inacceptable" tout en en dénonçant la forme. Le plein programme systématique, le format des films et les difficultés croissantes d’accès aux œuvres ont également été déplorés. Sur cette dernière question, "l’ADRC ne peut pas palier aux défaillances des plans de sortie timorés et concentrés de nos fournisseurs", a jugé la rapporteuse, qui conclut sur une invitation aux distributeurs : "vous avez besoin d’équipements, nous avons besoin de films : entendons-nous".

La petite exploitation monte au créneau

Enfin, la petite exploitation a clôturé les rapports de branches par le biais d’un discours résolu prononcé par Laurent Coët, son rapporteur. Rappelant en préambule que la petite exploitation représente 73% des établissements actifs en France, l’exploitant a pointé de multiples problématiques. A commencer par celle de l’accès au film, qualifiée de "récurrente, incompréhensible, épuisante et décourageante". Et Laurent Coët de dénoncer l’exigence du plein programme, "totalement inacceptable pour les petits exploitants et tout particulièrement les 1 000 mono-écrans existants".

Anecdotique pour certains, la question de l’accès au matériel promotionnel est apparu cruciale aux yeux de la branche : "Obtenir une bande annonce peut relever du parcours du combattant", a témoigné le rapporteur, qui appelle de ses vœux la création d’une plateforme de téléchargement unique et d’un matériel promotionnel adapté, "neutre de toute date de sortie".

Après avoir également mentionné les modifications du contrat Warner, "déconnecté des réalités" et "totalement inacceptable dans l’état", le rapporteur a fait part de son inquiétude quant aux conséquences des réformes territoriales en cours et "leur impact direct ou indirect dans nos exploitations".

Dans ce contexte, la petite exploitation a regretté un manque de soutien institutionnel pour répondre à ses difficultés, pointant "un CNC dramatiquement absent et une procédure de médiation totalement inadaptée". Et Laurent Coët d’ajouter que "si la médiation est si peu utilisée, c’est qu’elle monopolise du temps, particulièrement difficile à trouver dans nos petites salles et, du coup, pour un ou deux écrans, cette procédure perd de son intérêt". Avec, parmi les solutions envisagées, la "possibilité de nous mutualiser par la création d’un recours collectif et d’une procédure simplifiée par Internet".

L’intervention de Laurent Coët fut finalement remerciée par une salve appuyée d’applaudissements dans la salle, apparemment très sensible aux multiples problèmes soulevés dans ce rapport.

Concentration et art et essai

Après les rapports, ce fut au tour de l’assistance de relayer les discussions. Ces dernières ont ainsi porté sur l’accès au film et la concentration, avec notamment une intervention de Jean-Michel Gévaudan, délégué général de l’ADRC, témoignant de la situation de plus en plus problématique des exploitations situés dans les villes moyennes. L’agence envisage un total de 3 000 à 3 200 circulations pour 2015, soit autant, si ce n’est plus, que l’an dernier. Et Michel Ferry, vice-président de l’Afcae et exploitant à Orléans, de s’interroger sur les moyens dont dispose l’Agence pour continuer à porter la circulation des copies.

Au cœur de toutes les discussions depuis les récentes attaques lancées par Nathanaël Karmitz dans Le Film français puis Le Figaro, le classement art et essai – et les subventions qui l’accompagnent – a été largement abordé durant le Forum de discussion. Si la position exprimée par le directeur général de MK2 a été qualifiée par plusieurs exploitants d’"infondée" voire d’"inacceptable", beaucoup d’intervenants ont exprimé leur confiance dans ce système auquel ils reconnaissent de nombreuses vertus, sans toutefois exclure, à l’instar du président de la fédération, la nécessité de "toiletter" le dispositif. Et certains de rappeler, en outre, le retard pris par le CNC dans l’envoi des subventions art et essai. Un retard qui aurait poussé "des salles de villes de catégories A et B au bord du gouffre", selon Stéphane Libs, co-président du Scare et exploitant à Strasbourg.

La distribution répond

Les distributeurs présents se sont par ailleurs exprimés. Prenant la parole pour Warner, mis en cause à plusieurs reprises durant les débats, Olivier Snanoudj a tenu à préciser les raisons du changement des contrats de sa structure. Le vice-président chargé de la distribution France de la major a reconnu que la manière "n’a pas été faite de manière idéale", mais que l’objet de cet envoi était nécessaire dans le cadre d’un "toilettage technique des conditions de ventes, avec une prise en compte des pratiques actuelles et des nouvelles législations", tout en se déclarant "ouvert pour un dialogue en toute sérénité" avec les exploitants.

En réaction aux regrets exprimés par Richard Patry autour de la commission distributeurs-exploitants, Frédéric Monnereau (Disney) et Joël Pourgaton (Fox) ont tenu à exprimer leur volonté de dialogue dans le cadre d’échanges avec l’exploitation. Le directeur commercial de 20th Century Fox a même précisé qu’il n’avait "aucun tabou" à venir personnellement débattre avec les syndicats d’exploitants, notamment autour du tarif pour les moins de 14 ans, l’après-VPF, ou même la mise disposition de bandes annonces.

En fin de rencontre, Odile Tarizzo, présidente de la commission des questions sociales de la FNCF, a pris la parole pour exposer les différents accords paraphés cette année avec les partenaires sociaux : sur le forfait jour des cadres, sur la formation professionnelle et sur la complémentaire santé. Flore Tournois, présidente de la commission des jeunes exploitants, dont le tiers des membres sera renouvelé en 2016, a conclu le Forum en livrant un bref bilan des travaux accomplis, tout en formulant ses espoirs pour la prochaine génération qui suivra.

Kevin Bertrand et Sylvain Devarieux
© crédit photo : S.De.


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