Cinéma

Quinzaine 2019 - Blaise Harrison : "J'avais une envie très forte d'écrire aussi ce film au montage"

Date de publication : 22/05/2019 - 17:02

Son premier long métrage de fiction, Les particules, s'apparente à un teen-movie fantastique tourné au cœur du pays de Gex.

Comment présentez-vous en quelques mots Les particules ?
C’est mon premier long métrage de fiction, un teen-movie fantastique qui s'inscrit dans la continuité de mes précédents documentaires, dans lequel le réel et la fiction se côtoient et se nourrissent mutuellement. C'est un film dans lequel j'ai eu envie de raconter l'adolescence, son énergie, ses doutes et ses inquiétudes, ses questionnements parfois métaphysiques et existentiels... À travers une approche métaphorique et sensorielle, j'ai voulu retranscrire l'état particulier, les émotions et les sensations de cet âge dans un territoire bien particulier, le pays de Gex, région frontalière traversée par le plus puissant accélérateur de particules du monde. Les particules est une expérience adolescente loin des préoccupations adultes, un trip éveillé empreint d'étrangeté et de douceur, sur fond d'amitiés, d'histoires d'amour et de physique des particules.
 
Comment vous est venue cette idée de film ?
J'ai eu envie de filmer l'adolescence (un thème qui m'est cher) en m'inspirant des sensations et souvenirs que je garde de cette période dans ce pays de Gex où j'ai grandi, et où j'avais envie de tourner depuis longtemps. C'est un lieu en apparence banal et ordinaire situé entre la grande métropole genevoise et la nature sauvage du Haut-Jura, mais sous laquelle se cache un monstre de technologie, le LHC du Cern, où les conditions d'énergie du Big Bang sont recréées pour tenter de percer certains des plus grands mystères de l'univers.

Mettre en relation ce qui se joue à la surface dans ma bande d'ados et en sous-sol dans l'accélérateur était alors la porte d'entrée pour raconter par le biais d'un fantastique plausible l'inquiétude de mon personnage face à un monde qu'il voit se transformer et dans lequel il n'arrive plus à trouver sa place.
 
Vous avez écrit le scénario avec Mariette Désert. Comment avez-vous travaillé ensemble ?
L'écriture du film s'est déroulée en plusieurs étapes. Après avoir longtemps travaillé seul, puis accompagné ponctuellement par deux collaborateurs (l'auteur Julien Bouissoux pour une version du synopsis développé, et le réalisateur Dimitri Kourtchine pour une première version du scénario dialogué), j'ai rencontré Mariette Désert après avoir vu Mercuriales de Virgil Vernier, dont elle est coscénariste, et dont la forme, à cheval entre fiction et documentaire m'avait beaucoup plu. J'étais très curieux et intéressé de savoir comment ce film, qui m'apparaissait à la fois si libre, improvisé et maîtrisé, avait pu être écrit. Son écriture s'approchait de celle qui m'intéressait de travailler pour Les Particules, C'est à dire laissant une grande part au réel, et en même temps fictionnelle et structurée. Nous avons ensemble relu tout ce que j'avais écrit jusqu'à présent en remontant dans le temps pour arriver après plusieurs semaines de travail à la toute première version du synopsis.

Durant cette phase de travail, nous n'avons écrit aucune ligne, uniquement discuté de ces différentes versions, relevé ce qui nous semblait intéressant de conserver et qui avait pu être mis de côté en cours de route, fait certains choix, etc. Tout ça a permis à Mariette de comprendre au mieux le film que j'avais en tête et de pouvoir se l'approprier en restant juste par rapport à mes envies et intentions, de comprendre ce que j'avais dans la tête et qui était à ce stade encore assez déstructuré. Mariette travailla seule pendant plusieurs semaines, pour aboutir à un nouveau traitement non (ou peu) dialogué, la base de notre travail de collaboration qui se poursuivit plusieurs semaines.
 
Vous aviez déjà travaillé avec les Films du Poisson qui avaient produit vos deux documentaires… la même chose pour Bande à Part ? Des partenaires naturels ?
J'ai rencontré Estelle Fialon, productrice associée aux Films du Poisson, en 2010 pour mon premier documentaire Armand, 15 ans l'été coproduit par Arte France. Cette première collaboration s'étant passé à merveille, c'est tout naturellement que nous avons continué à travailler ensemble et développé mon second documentaire L'harmonie, également coproduit par Arte France. C'est à cette occasion que j'ai proposé à Lionel Baier, réalisateur et producteur associé de Bande à part Films de coproduire ce film avec Estelle Fialon. La nature même du projet permettait une coproduction franco-suisse, et bien que n'habitant plus en suisse, mais étant toujours en contact avec Lionel Baier, qui en plus d'être réalisateur et producteur, est mon ancien (et toujours actuel) directeur du département cinéma de l'Ecal où j'ai étudié, lui proposer de coproduire ce film était donc pour moi une évidence. Je suis ravi qu'il l'ait accepté !
 
Qu’attendez-vous d’un producteur ?
Estelle Fialon et Lionel Baier sont des producteurs et des personnes que je respecte et que j'admire beaucoup. J'ai toujours eu le sentiment d'avoir été accompagné, compris et soutenu dans mes désirs de films, à la fois en termes de production, mais également d'un point de vue artistique. J'ai toujours senti qu'ils accompagnaient et défendaient chaque projet sans jamais chercher à le dénaturer. Au contraire, leur travail consiste justement à m'aider à concrétiser le film dans lequel ils ont décidé de croire à un moment donné. Je sais que je peux les solliciter au moindre doute ou à la moindre question, et qu'ils m'aideront à trouver des solutions ou des réponses me permettant d'arriver au bout du film que je veux réaliser, et qu'ils le défendront quoiqu'il arrive, sans aveuglement, pour faire en sorte qu'il existe tel que j'en ai envie. Ils sont mes premiers interlocuteurs et conseillers privilégiés du début à la fin d'un projet. C'est à mon avis le rôle d'un producteur, qu'ils remplissent chacun de la meilleure des façons.
 
Vous avez tourné dans le pays de Gex et en Suisse en janvier, février et mars 2018… Des difficultés particulières ?
Pas spécialement, de mon point de vue en tout cas, hormis quelques aléas par ci par là, le tournage s'est très bien passé, j'étais accompagné d'une équipe absolument géniale, investie et adorable. Tous ont fourni un gros travail, car un des parti pris en termes de dispositif était : long temps de tournage, petite équipe. Donc forcément et au regard des conditions pas toujours évidentes (beaucoup de tournage de nuit, températures souvent négatives) leur travail n'a pas toujours été facile, et je leur en suis infiniment reconnaissant, car tous ont joué le jeu et permis aux jeunes comédiens non professionnels de se sentir à l'aise dans une équipe extrêmement délicate et bienveillante.
 
Il s’est déroulé ensuite un certain temps temps entre la fin du tournage et la présentation du film… Pourquoi ?
Un peu plus d'une année pour finir un film après tournage ne me semble pas particulièrement long... Le temps de montage a duré peut-être un peu plus longtemps qu'habituellement, mais sans excès toutefois je crois... Ce travail fut d'ailleurs assez complexe car j'avais une envie très forte d'écrire aussi ce film au montage, comme j'ai pu le faire dans mes précédents documentaires. Certains rushes permettaient de travailler dans ce sens, mais je me suis quand même malgré tout trouvé coincé dans cette démarche. Nous avons dû trouver un équilibre entre un récit naturaliste et la dimension fantastique et concilier l'aspect documentaire et le récit de fiction…
J'accorde aussi beaucoup d'importance au son et à la musique, et beaucoup de temps et d'attention a été dédié à ce travail, tout comme à celui des effets spéciaux numérique qui était un monde  totalement nouveau pour moi.

À l’arrivée, le film est-il semblable à ce que vous aviez en tête au début ?
Dans son essence, j'ai vraiment le sentiment d'avoir fait le film que je voulais et d'avoir été fidèle à ce que j'imaginais au tout début de sa conception.
Mais concrètement, pas du tout, et heureusement ! C'était dans la nature du projet : de réussir à s'affranchir par moments du scénario, de laisser le réel et les imprévus nourrir le film d'une manière inattendue à tous les stades de la production, de lâcher prise et d’être attentif à tous ces aléas et ces surprises qui rendent un projet vivant et excitant jusqu'à la fin... Dans son dispositif et son écriture, tout le projet a été envisagé de cette façon. S'il ressemblait exactement à ce qui était prévu avant tournage, ce serait pour moi une sorte d'échec !
C'est un équilibre difficile à trouver et qui demande beaucoup de vigilance, celui que de trouver le juste milieu entre ce lâcher prise qui permet à un projet d'être enrichi par tout ce qui était imprévu et pas calculé, et en même temps ne pas perdre le fil, de garder sa trajectoire, et de réussir à raconter une histoire.
 
La Quinzaine, où vous étiez en 2011 avec votre court métrage, est un bel endroit pour présenter son film…
Oui, forcément. C'est fou de se retrouver dans une si belle sélection, entouré de réalisateurs passionnants, dont les films le seront sans aucun doute tout autant. C'est aussi une première reconnaissance et une belle récompense pour l'équipe et tous les gens qui ont participé au film d'une façon ou d'une autre.
Je garde le souvenir d'une magnifique projection, à la fois spectaculaire, intimidante et émouvante, et de ces moments très forts passés avec Armand, le personnage de ce premier documentaire venu spécialement pour l'occasion découvrir le film avec sa maman.

Recueilli par Patrice Carré
© crédit photo :


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