Cinéma

Congrès FNCF 2019 - Fréquentation, après-VPF et aide sélective ponctuent le forum de discussion

Date de publication : 25/09/2019 - 07:30

Inaugurant, ce mardi 24 septembre, la dimension éditoriale de la grand-messe des exploitants hexagonaux, le forum de discussion a été l’occasion de revenir sur les grandes problématiques traversées aujourd’hui par le secteur, en attente de réponses concrètes de la part du CNC.

Après une introduction de Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF), place a été faite à Laurence Meunier pour la commission de branche de la grande exploitation. La rapporteure a entamé sa prise de parole par un point sur la fréquentation, selon elle plus problématique pour cette branche que les autres, la grande exploitation affichant une progression de 3% sur les huit premiers mois de 2019, contre 5% à l’échelle nationale.

"La grande exploitation est cette année encore la branche dont la progression des entrées est la plus faible", a commenté Laurence Meunier. Selon elle, "la principale raison en est le maillage du territoire, qui s’est considérablement accru ces dernières années, avec des zones de chalandise de plus en plus mitées avec des cinémas de proximité qui provoquent plus de redistribution d'entrées que de création de public. Certaines grosses exploitations ont ainsi perdu une partie substantielle de leurs entrées, ce qui finit par poser problème dans une économie de frais fixes". Dans ce contexte, "la branche approuve une évolution plus restrictive des seuils de CDACi", pour rappel fixés à 299 places aujourd'hui.

La rapporteure a ensuite évoqué la question des engagements de programmation, jugeant que "les problèmes qu’ils génèrent surpassent de plus en plus les effets bénéfiques qui étaient escomptés". Et de dénoncer "une rigidité excessive, dogmatique et contre-productive du CNC dans leur homologation".

La branche demande, au passage, "une évaluation des engagements et de leurs contreparties ainsi qu’une réflexion sur leur adaptation aux évolutions du marché, le nombre de films croissants et l’apparition de salles différenciées. Il ne faudrait pas que des engagements trop rigides bloquent l’innovation technologique des cinémas". Et de conclure : "Nous espérons que la nouvelle direction du CNC sera attentive aux enjeux des salles et saura y répondre de manière pragmatique."

Aide sélective et après-VPF en pointe pour la moyenne exploitation

Prenant le relais pour la commission de branche de la moyenne exploitation, Sylvie Jaillet a, elle aussi, débuté sa présentation par un focus sur la fréquentation, en hausse de 3% à 4% pour la branche, dans la foulée "de grosses frayeurs tout au long du premier semestre".

Après avoir abordé "le sujet de la qualité intrinsèque des œuvres", parmi lesquelles figurent "des navets dignes d’une série B" selon elle, la rapporteure s’est également "alarmée de la concentration actuelle du secteur de la distribution, l’abus de position dominante" présentant "un réel danger pour nos salles". Et d’évoquer, sans les nommer, les engagements de programmation. "Ce n’est pas en multipliant les outils de contrôle et de flicage que la situation va s’améliorer." La concentration dans l’exploitation, "notamment au sein des plus grandes agglomérations", a, elle aussi, été pointée du doigt. Avec, selon Sylvie Jaillet, l’aide sélective, "seul outil pour limiter" cette concentration.

Et la rapporteure de "constater avec amertume", dans ce contexte, que "le CNC ne joue plus le jeu" puisque l’enveloppe de 7 M€ prévue reste "désespérément figée et n’évolue plus comme par le passé en fonction du nombre et de la qualité des projets". La branche espère, en conséquence, que "la nouvelle direction du CNC saura revenir à un mode de financement plus vertueux".

Sylvie Jaillet a ensuite pris la salle à témoin, à travers un sondage à la volée, sur les problèmes techniques rencontrés par les exploitants vis-à-vis de leurs projecteurs numériques. "Nous nous rendons compte que nous rentrons progressivement dans l’ère du renouvellement de notre parc", a ainsi résumé l’exploitante, relevant dans la foulée que "l’Observatoire numérique est confronté à une situation de blocage. Il faut désormais que le CNC prenne ses responsabilités".

La réforme art et essai a été, elle aussi, abordée, notamment à travers les baisses de subventions constatées pour "les plus grosses salles" et les paiements tardifs de subventions. Et Sylvie Jaillet d’espérer, plus largement, de la "bienveillance lors de la commission d’appel".

La rapporteure a conclu son intervention par un point sur la réforme audiovisuelle, dont "nos salles vont être fortement impactées". Avec, en particulier, une interrogation autour de la suppression des jours interdits, dont la branche se dit "très inquiète que ce sujet puisse cacher une remise en question plus profonde de l’ensemble des accords sur la chronologie des médias".

La petite exploitation sur tous les fronts

Concluant les rapports des commissions de branche, Sonia Brun s’est exprimée au nom de la petite exploitation, là encore en commençant par la fréquentation. Et de constater, à l’échelle des membres de la commission, que "globalement, elle n’a cessé de baisser au fil des années pour les établissements qu’elle représente. Et lorsque la fréquentation arrive à se maintenir, c’est parce que le nombre de séances proposées par les salles est plus important".

En conséquence, selon la rapporteure, les coûts de fonctionnement augmenteraient dans des proportions inverses aux entrées et aux recettes, et seraient pénalisés par "des séances imposées, ‘techniques’, générant zéro à trois spectateurs". L’exploitante a ensuite pointé du doigt l’augmentation du nombre de films en salle et la hausse du nombre de séances, "pas compatibles avec ce type de conditions d’exposition de plus en plus régulières". Avec, selon elle, des conséquences sur la diversité, "au point que certaines salles ont de plus en plus de mal à maintenir le niveau de leur classement art et essai".

L’occasion de glisser sur le "positionnement de l’offre de films par les distributeurs à l’échelle d’un territoire. Ne devrait-on pas aujourd’hui raisonner en nombre de séances, et non plus en nombre de copies ? Le partage de copies ne devrait-il pas être élargi lorsque l’on constate que cela augmente les entrées d’un film ?", a interrogé Sylvie Jaillet.

La rapporteure a évoqué, en corollaire, les demandes d’exposition de certains distributeurs. "Faudrait-il envisager la rédaction d’un livre blanc en direction de nos partenaires de la distribution pour les sensibiliser aux modes de fonctionnements et aux enjeux propres à la petite exploitation d’aujourd’hui ?"

La question de l’après-VPF et du renouvellement du matériel reste, elle, "au cœur des préoccupations de la petite exploitation, qui attend des réponses précises du CNC à ce sujet". Pour autant, c’est sur la question de l’enveloppe de l’aide sélective que la branche a tenu à "alerter" le Centre, elle aussi.

Enfin, les séances plein air et non commerciales, sujet de tensions récurrentes depuis quelques années, ont été évoquées en conclusion. La petite exploitation souhaite ainsi que "soit mis en place un cadre unique et plus contraignant en matière d’autorisation de ces séances pour l’ensemble du territoire, mais aussi que les organisateurs non exploitants respectent à 100% la réglementation", les Dracs pouvant agir comme régulateur de ces opérateurs.

Le non commercial inquiète toujours

Fil rouge du forum de discussion depuis plusieurs années déjà, la question des séances non commerciales a, une fois de plus, animé les débats. Plusieurs intervenants ont ainsi exprimé, à l'instar de la petite exploitation, leur souhait d’une régulation plus présente sur le terrain, déplorant le manque de suivi dans les contrôles. L’occasion pour Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la FNCF, de préciser qu’un groupe de travail, réunissant des représentants des "exploitants, médiathèques et ayants droit" était à l’œuvre sur cette question.

"Le travail est complexe mais nous avançons", a-t-il précisé en envisageant d’aboutir à un "nouveau cadre" à l’"horizon 2020". "Il est question de créer des règles très claires de déclaration et de constat d’infraction, avec la possibilité de verbaliser, a poursuivi Marc-Olivier Sebbag. Globalement, il s’agit de rendre le système beaucoup plus clair, aussi bien pour les salles que pour les organisateurs de séances non commerciales. (…) Si l’on arrive au bout de ce travail, nous parviendrons enfin à ce que l’on demande depuis des années, c’est-à-dire une réglementation unique pour l’ensemble de ces projections, qui sanctuarise la salle."

Un "plafond de verre" pour la fréquentation

Comme l’an dernier, alors au sortir d’un été particulièrement morose, les discussions se sont focalisées à plusieurs reprises sur la fréquentation. "Collectivement, un travail formidable semble fourni par tous les exploitants, a jugé Rafaël Maestro, directeur de Ciné-Passion en Périgord et vice-président de l’Afcae. Ce qui au final devrait donner une fréquentation à 230 millions, voire 250 millions d’entrées." Et l’exploitant de se demander si la fréquentation n’aurait pas "atteint visiblement un plafond de verre" malgré la progression du nombre d'écrans et de séances.

"Effectivement, nous n’arrivons pas à franchir ce plafond, a abondé Richard Patry. Nous sommes tout de même revenus à un niveau de fréquentation équivalent à celui des années 1960, au prix d’efforts colossaux. La salle est le seul diffuseur qui progresse", a rappelé le président de la FNCF, en citant les éditeurs vidéo et les chaînes de télé.

"Le maintien de la fréquentation à ce niveau se fait au prix d’investissements importants de la part de l’ensemble des exploitants", a souligné pour sa part Jean-Pierre Villa, dirigeant du réseau Véo. "Ce qui peut expliquer que la grande exploitation, devant le niveau d’investissement fait, soit inquiète des résultats. Nous devons peut-être trouver avec le CNC des lieux de discussion où nous parlerions d’économie des salles, afin d’aborder le problème des équilibres financiers que recherchent les cinémas et qui sont la clé de voute du système."

L’aide sélective en débat

Sujet phare de l'année écoulée, l’aide sélective a également suscité plusieurs réactions au sein de l’assemblée. À l’instar de Thierry Tabaraud, exploitant à Saint-Dizier et Saint-Dié-des-Vosges, qui a pointé "des tensions depuis un certain temps avec le CNC sur le budget de l’aide sélective", essentielle à une certain typologie d’exploitation. Et d’espérer que le CNC "nous entendra et renforcera la somme – importante – dont nous avons besoin".

En réaction, Xavier Lardoux, directeur du cinéma du CNC, a rappelé que "l’aide sélective est extrêmement sollicitée, et beaucoup plus peut-être que par le passé parce que des projets ambitieux – parfois très onéreux – viennent aussi la solliciter. C’est bon signe et nous allons essayer de trouver les moyens de vos ambitions, de vos projets", a-t-il assuré.

La concentration en question

Réagissant aux propos de Laurence Meunier, Patrick Dallet, exploitant du Vivarais de Privas, s’est d’emblée dit "très inquiet après le rapport de la grande exploitation, parce que c’est la première fois qu’on met en cause le maillage des salles. Il faut que la grande exploitation comprenne que ce maillage est bénéfique pour tout le monde".

Et Yves Sutter, directeur général de Cinéville, de préciser les choses : "Ce n'est pas du tout ce type de situation qui est visé, mais les grandes agglomérations où l'on a une densification du maillage très fort, avec à la fois des multiplexes généralistes et des équipements de proximité. Et la question que nous nous sommes posée ce matin, sans être contre ce maillage, a été de se dire : y a-t-il une limite et où se trouve-t-elle ?" 

La question des rapports concurrentiels entre la grande exploitation et les deux autres branches a, là aussi, mobilisé une large part des échanges. À l'image de Guillaume Bachy, directeur des Cinémas du Palais de Créteil, qui a pointé "la concentration dans certaines grandes villes, avec des circuits en quasi monopole aujourd’hui". Une problématique reprise par Stéphane Libs, coprésident du Scare et exploitant des cinémas Star à Strasbourg, qui a cité en exemple les monopoles intramuros d’UGC à Lille et Kinepolis à Metz. "Les groupes sont capables de faire de l’art et essai, mais sur le travail de proximité, je pense que les Messins et les Lillois vont beaucoup perdre."

Prenant la suite, Marie-Christine Désandré, présidente du groupement Cinéo, s’est à son tour déclarée "particulièrement préoccupée" par la concentration en cours dans la grande exploitation, en particulier à l'échelle du groupement d’exploitants indépendants privés, mais aussi, plus largement, sur la transmission des salles. "Nous sommes inquiets de la préservation de notre modèle d’exploitants indépendants", a-t-elle résumé.

Focus sur l’égalité femmes-hommes et la condition féminine

La dernière partie du forum de discussion fut l’occasion de se concentrer sur une seule thématique d’actualité : l’égalité femmes-hommes au sein du secteur. En effet, Odile Tarizzo, présidente de la commission des questions sociales de la FNCF, a livré un point précis – étude à l’appui –, sur le sujet, devenu un "enjeu prioritaire" aux regard des dernières dispositions du code du travail entrées en application en janvier. Une commission paritaire spéciale a ainsi été formée avec l’objectif affirmé d’obtenir avant la fin 2019 un accord de branche sur de nombreux dispositifs dans ce domaine.

La FNCF a également invité le collectif 5050 en 2020 à s’exprimer, incarné sur la scène du CID par Béatrice Boursier, également déléguée générale du Scare. Cette dernière a ainsi proposé aux exploitants et distributeurs la signature de la charte 5050 dédiée, volontariste, comportant trois points : la récolte de chiffres genrés, l'apport d'un éclairage spécifique aux films de réalisatrices, et la parité et la diversité au sein même des entreprises.

"Le cinéma a une grande responsabilité, celle des images, des représentations qu’il donne à voir à l’écran, des modèles qu’il propose à nos filles et aux jeunes, a expliqué Béatrice Boursier. Il doit donc être exemplaire sur les questions de parité et de diversité, sur et derrière l’écran, à tous les niveaux. Tout le monde peut agir à son niveau, nous espérons que les exploitantes et exploitants, distributrices et distributeurs, éditrices et éditeurs de films, ne seront pas à la traîne sur cette question."

Eva Letzgus, exploitante du Trèfle de Dorlisheim et du Vox de Strasbourg, est ensuite venue présenter une nouvelle initiative : un réseau de mentorat entre exploitantes, baptisé EVE (cf. FF n° 3877), pour Entraide volontaire des exploitantes. Enfin, la commission de réflexion des jeunes exploitants de la FNCF a conclu ce riche panel par un point sur leurs travaux, et notamment l’élaboration d’un guide de bonnes pratiques en faveur de l’égalité femmes-hommes dans l'exploitation.

Bordereau à la séance pour 2020

Si le CNC a multiplié les prises de parole ponctuelles, peu d’annonces concrètes ont été formulées durant les échanges. Notons, toutefois, l’instauration du bordereau à la séance "d’ici juin 2020 au plus tard". Avec la promesse de former par-là "un outil statistique important, qui permettra d’analyser encore plus finement la fréquentation", a résumé Xavier Lardoux.

Kevin Bertrand et Sylvain Devarieux
© crédit photo : DR


L’accès à cet article est réservé aux abonnés.

Vous avez déjà un compte


Accès 24 heures

Pour lire cet article et accéder à tous les contenus du site durant 24 heures
cliquez ici


Recevez nos alertes email gratuites

s'inscrire