Cinéma

Lumière MIFC 2019 - Nathanaël Karmitz et Vincent Paul-Boncour détaillent leur rapprochement autour du cinéma de patrimoine

Date de publication : 17/10/2019 - 08:10

Le président du directoire de MK2 et le dirigeant de Carlotta Films évoquent les origines et les contours de leur "collaboration poussée de mise en avant de grandes œuvres du patrimoine mondial", annoncée en début de semaine.

Quelles sont les origines et la philosophie générale du rapprochement de MK2 et de Carlotta Films autour du cinéma de répertoire ?
Nathanaël Karmitz : Depuis que nous avons arrêté la distribution en salle et l’édition DVD, nous travaillons avec différents partenaires. Je souhaitais toutefois donner une nouvelle ampleur à l’exploitation de nos catalogues et, surtout, revenir à un niveau d’ambition correspondant mieux aux auteurs et à la philosophie de MK2. En réfléchissant aux professionnels avec qui nous pourrions collaborer, j’ai évidemment pensé à Vincent. Nous nous connaissons depuis une vingtaine d’années, et il réalise un travail admirable sur le patrimoine. Je lui ai alors proposé cette idée.
Vincent Paul-Boncour : Carlotta réalise un travail sur le patrimoine depuis maintenant 21 ans, et ce sur tous les médias : salle, vidéo physique, VàD, télé… En tant que distributeur, nous travaillons historiquement avec les salles de MK2. Nous avons récemment eu l’occasion de nous rapprocher un peu plus, notamment grâce à Retour à Howards End de James Ivory et Herbes flottantes de Yasujiro Ozu, dont nous avons acquis les droits salle auprès de MK2 Films. De manière un peu naturelle, nous avons décidé d’étendre cette collaboration.
N. K. : En commençant cette réflexion, d’abord par la salle puis par le DVD, nous nous sommes aperçus que nos forces étaient très complémentaires. Or, en tant qu’indépendants, nous avons justement intérêt à nous allier et à compléter nos forces, plutôt qu'essayer de partager un gâteau qui ne cesse de se réduire.

Quatre axes sont concernés par ce rapprochement. Pouvez-vous nous les détailler ?
N. K. : Il y a, d’abord, un axe simple autour de l’édition DVD. Puis, ensuite, de la distribution en salle, avec notamment deux grands événements – à la fois en France et à l’international pour nous – l’an prochain autour d’Abbas Kiarostami et Claude Chabrol, deux auteurs emblématiques de l’ADN de MK2. De l’autre côté, Carlotta pourra profiter de notre savoir-faire sur l’exploitation des droits télé, VàD et SVàD de son catalogue en France. Enfin, nous envisagerons la possibilité de réaliser conjointement des acquisitions multiterritoires sur des droits de films de patrimoine. Jusqu’ici, nous nous intéressions plutôt à des droits internationaux, et Vincent à des droits France. Désormais, nous pourrons acheter ensemble des droits monde.
V. P-B. : Sur la partie vidéo, nous – Carlotta et MK2 – sommes très attachés au support physique, au bel objet. Malgré un marché compliqué, on voit bien qu’il y a une cinéphilie à développer, y compris dans les nouvelles générations, qui veulent posséder. De cette manière, nous allons continuer à développer ce travail sur une partie du catalogue MK2, qui va passer par les œuvres de Claude Chabrol et François Truffaut, mais aussi d’autres auteurs évidemment. C’est un axe fort de cette collaboration. Sur la partie salle, nous apporterons notre savoir-faire et notre travail quotidien de distributeur de films de patrimoine, tant en termes de programmation que d’événementiel, d’animation ou de rencontres. Et puis, il y a effectivement l’envie, pas forcément actée par des projets en cours, de développer un travail sur davantage de territoires.

Vincent, quel impact cette collaboration aura-t-elle sur votre société, notamment en termes de line-up ?
V. P-B. : Ce sont des questions que nous nous posons déjà, et que nous allons continuer à nous poser en apprenant à travailler ensemble. Avec 18 films en salle – incluant de grandes rétrospectives – et une vingtaine de titres en DVD/Blu-ray prévus cette année, notre line-up est déjà bien chargé. Nous n’allons donc pas le multiplier par deux. Il est en revanche certain que nous allons monter un peu plus en puissance en termes de nombre de sorties, aussi bien en salle qu’en vidéo physique. Mais nous avons de quoi supporter et intégrer des événements en plus de notre propre line-up. Nous allons procéder de manière calibrée, et voir comment les choses avancent de manière naturelle dans notre envie partagée d’être encore plus présents et plus forts ensemble sur le cinéma de patrimoine.

Nathanaël, quelle part du catalogue de MK2 pourrait être concernée par ce rapprochement ?
N. K. : L’idée de ce partenariat n’est pas tellement de parler de volumétrie. Raisonnablement, cela concernera chaque année une à trois grandes opérations qualitatives en salles, avec des sorties ambitieuses.

Et en vidéo ?
V. P-B. : C’est un peu la même chose. Nous allons travailler sur une vision, non pas à court terme, mais à moyen et long termes, sur plusieurs années. L’œuvre de François Truffaut a déjà été bien vue, bien montrée, mais je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à faire. Les films de Claude Chabrol (auquel un hommage sera rendu l’an prochain à l’occasion des dix ans de sa disparition, Ndlr) n’ont, eux, jamais été montrés en Blu-ray. On peut également prendre l’exemple d’André Téchiné. Nous venons de sortir son deuxième film, Souvenirs d'en France, et MK2 détient les droits du Lieu du crime et de Rendez-vous, devenus invisibles en DVD. Tous ont été récemment restaurés. Nous allons donc créer un événement Téchiné, avec la sortie de ces trois titres dans de belles éditions qui n’existent pas aujourd’hui. Mais tout cela va se faire sur plusieurs années. Nous n’allons pas faire des intégrales Truffaut et Chabrol sur la seule année 2020, mais éditorialiser, thématiser, en faire une partie cette année puis en 2021 et en 2022.
N. K. : C’est en cela qu’il ne s’agit pas juste d’un "deal de licence", mais d’un vrai travail de collaboration, d’une véritable alliance de forces, afin de donner l’ampleur qu’elle mérite à ces auteurs, ces films et ces ressorties.

Propos recueillis par Kevin Bertrand
© crédit photo : Philippe Quaisse (Nathanaël Karmitz)/Mano (Vincent Paul-Boncour)


L’accès à cet article est réservé aux abonnés.

Vous avez déjà un compte


Accès 24 heures

Pour lire cet article et accéder à tous les contenus du site durant 24 heures
cliquez ici


Recevez nos alertes email gratuites

s'inscrire