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Annecy 2019 - WIP "Culottées" : 30 portraits de femmes qui ont changé le monde en 3,30’

Date de publication : 13/06/2019 - 08:19

L’équipe de Silex Films a présenté les premières images animées très réussies de l’adaptation en série courte de l’œuvre de Pénélope Bagieu, qui sera diffusée par France Télévisions et qui a vocation à une diffusion à l’étranger.

Produite par Silex Films, et précisément par Priscilla Bertin, Judith Nora et Arnaud Colinart, Culottées est donc l’adaptation en 30 épisodes de 3,30’ de Culottées, la série de portraits de femmes en bande dessinée de Pénélope Bagieu. Des femmes du passé ou du présent dans le monde entier qui ont chacune, comme l’a rappelé Priscilla Bertin lors du WIP, d’avoir la particularité d’être sorties de leur carcan, de la route qui leur était tracée pour devenir des "modèles pour toutes". Démarrée sur un blog, la BD a été publiée en 2016 par Gallimard (deux tomes), vendue à plus de 450 000 exemplaires en France, traduit dans 16 langues et disponibles dans 22 pays.

"Nécessaire" au regard du sujet, cette adaptation était aussi propice à réaliser 30 épisodes de chaque portrait, dont la biographie est déjà synthétisée. Ce qui rendait l’objet très accessible, "la série devant l’être au plus grand nombre à partir de 9 ans". Au final, Silex Films s’est donc lancée avec l’engagement de France Télévisions, mais aussi le soutien du CNC, de la région Nouvelle-Aquitaine et des Sofica, dans une adaptation en 2D dans son studio Silex Animation à Angoulême. Le tout en accord avec Pénélope Bagieu, en "consultante très bienveillante", qui n’adapte pas mais est "garante" de cette adaptation, la production lui ayant transmis au fur et à mesure tous les scénarios et l’animatique.

Pour constituer son équipe, Silex Films a assumé "une envie politique" en confiant la série à des scénaristes et réalisatrices femmes, pour le sujet et parce qu’il y a relativement peu de réalisatrices dans l’animation. Ainsi, l’écriture est signée Émilie Valentin et Élise Benroubi, et les réalisatrices, issues de La Poudrière et des Gobelins, sont Phuong Mai Nguyen et Charlotte Cambon de Lavalette.
Après avoir développé la série pendant deux ans, Silex Films a fabriqué un pilote, avant de démarrer la fabrication début 2019. Elle sera livrée en fin d’année.

Chaque épisode a été construit en retenant l’idée la plus forte de chacune des vies des principaux personnages, de ses "culottées". "On a privilégié le 'je', pour que chacune s’exprime à la première personne, et on a gardé le off pour les informations de contexte. À la fin de chaque épisode, notre "culottée" donne un peu son mantra, l’idée forte qui a guidé sa vie, qu’elle peut conseiller", a exposé Priscilla Bertin. Une des difficultés étaient de synthétiser les informations ou d’en trouver d’autres si nécessaires pour comprendre à l’écran le récit.

Pour présenter les principes narratifs de la série, un épisode terminé a été diffusé en avant-première, celui de l’Australienne Annette Kellerman, née à la fin du XIXe siècle et qui a libéré le corps des femmes voulant faire de la natation en inventant le maillot de bain. L’équipe a décliné la structure de l’épisode en trois parties. La première est la caractérisation et le drame initial de la "culottée". Dans son enfance, elle a subi une poliomyélite, et c’est par la pratique de la natation qu’elle a retrouvé le mouvement de son corps, mais à l’époque elle nageait en robe. La deuxième est la phase de l’empowerment, où, en ayant assez de devoir nager en robe, elle prend les choses en main  : elle se lance dans la fabrication d’un maillot de bain, d’abord une combinaison couvrant les bras et les jambes avant de le couper au niveau des des bras et des cuisses, un geste très choquant à l’époque. La troisième phase est celle où elle continue "de gravir la montagne", où elle va s’imposer.

Pour trouver une identité narrative et visuelle, le choix a porté sur une identité forte qui doit se retrouver dans la voix et la musique. Et c’est la même actrice par épisode, quel que soit le personnage. En l’occurrence Cécile de France qui prête sa voix pour les 30 épisodes.
La musique est assez présente, et très importante dans cette série – elle est signée Fred Avril –, pour transmettre le côté rebelle, énergique des personnages.

Après avoir réalisé un premier épisode, les réalisatrices ont pensé que ça serait simple pour faire les autres. "Et en fait non ! Car ce sont 30 histoires et 30 époques différents et des sujets aussi très différents", ont-elles confié.
Pour la mise en scène, cherchant quelque chose de "dynamique et lisible", le parti pris a été de fabriquer des images minimalistes et épurées pour raconter des histoires très symboliques. Idem pour la gestuelle des personnages. Les réalisatrices ont cité comme référence importante le film intitulé Film film film de Fiodor Khitrouk (1968), qui raconte le processus d’un film de son écriture à sa fabrication, avec un dessin très épuré.

Culottée ayant une vocation internationale, l’image doit être parlante pour tout le monde, ont poursuivi les réalisatrices. Le storyboard a été une étape importante. La mise en scène de chaque épisode repose sur l’idée "d’un mini théâtre, avec le personnage au centre de l’action, où les idées sont condensées et sans surdécoupage". Les réalisatrices ont privilégié la compréhension de l’image. Elles ont effectué des prédécoupages pour tester les scénarios avant de passer le scénario aux storyboarder.
Les difficultés qu’elles ont rencontrées étaient liées à des notions géopolitiques compliquées, des références historiques et à la violence à l’écran, pour un certain nombre de "culottées". Elles n’ont pas fait l’impasse sur ces violences mais elles ont trouvé des astuces visuelles pour les rendre regardables, toujours afin de garder une justesse de narration.
Pour la couleur, elles ont étudié la palette de la bande dessinée de chaque personnage, chacune ayant une caractérisation visuelle forte. Ont été créé des line-ups de couleurs évolutifs pour chaque personnage principal et des line-ups des personnages secondaires pour chaque épisode. Elles ont joué avec la couleur pour donner du sens à l’image et aider la narration.

La fabrication s’effectue entièrement au studio angoumoisin avec trois chefs d’équipes, chacun est responsables "pour aider à trouver des solutions graphiques et économiques".
Pour la productrice exécutive, Philippine Gelberger, cette production était équivalente à 30 courts métrages dans une économie de séries. Les réalisatrices se sont réparties entre les épisodes, chacune étant cheffe d’équipe et référente de ceux qu’elles ont choisis. "Des vrais couteaux suisses, présentes quotidiennement au plus près de leur équipe" selon Philippine Gelberger. L’équipe complète de fabrication représente 25 personnes très motivées, majoritairement féminines, chacun étant assez fans de la série. La fabrication a été organisée sur 12 mois entièrement dans le studio d’Angoulême pour conserver la maîtrise de la chaîne de production.

L’ambition de Silex Films est de faire rayonner la série partout en la vendant à des diffuseurs étrangers et en la présentant en festival. "Nous nourrissons l’ambition de trouver dans chaque pays une ambassadrice qui puisse être la voix de la série", a indiqué Priscilla Bertin. La série est vendue par Miam ! Animation.

Présente au WIP, Tiphaine de Raguenel, de France Télévisions, a précisé que cette série, dont le groupe est très content, avait été engagée pour France 5 pour un public plus large que celui des cases enfants. Il s’agira de lui trouver la meilleure case par rapport au sujet en linéaire, en plus d’une diffusion sur la plateforme France.tv, le groupe étant assez convaincu que Culottées se prêtera aussi à une exposition non linéaire au regard de son format et son sujet.

Sarah Drouhaud
© crédit photo : Silex Films


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