Cinéma
UPC : La souveraineté culturelle, un bien national à défendre
A l’issue du dîner des producteurs à Cannes, Marc Missonnier, président de l’UPC, défend la souveraineté culturelle et revient sur les équilibres du modèle de financement du cinéma, dans un contexte de débats politiques et européens, et appelle à mieux en affirmer les principes.
Comment se porte l'UPC ?
L’UPC se porte bien et reste le premier syndicat représentatif des producteurs et productrices. Nous avons 18 films dans les différentes sélections à Cannes cette année : nous sommes donc au cœur du Festival. Nous représentons l’ensemble de la production française et participons à toutes les grandes discussions du secteur.
Nous travaillons aussi avec le SPI, la SRF et l’ARP pour peser dans le débat politique de l’année prochaine. Nous défendons notamment l’idée que la culture, et particulièrement le cinéma, constitue une pierre angulaire de notre souveraineté culturelle. Nous souhaitons inscrire cette notion de souveraineté culturelle française et européenne dans la Constitution.
Nous voulons également mieux nous adresser au grand public pour déconstruire certaines idées reçues sur notre secteur. Beaucoup pensent encore que les films sont financés par les impôts, ce qui n’est pas le cas, ou qu’il suffirait de ne produire que des films qui marchent. Si nous savions à l’avance lesquels fonctionneront, ce serait évidemment beaucoup plus simple. L’enjeu est donc de mieux expliquer notre modèle.
Cette inscription dans la Constitution est un principe fort. Y a-t-il d’autres combats en vue ?
Cette idée de souveraineté culturelle a des conséquences très concrètes : elle concerne la défense du service public, du CNC ou encore de certaines directives européennes.
Nous défendons aussi l’idée de réserver les aides publiques et l’accès à notre système de financement et de diffusion à des sociétés contrôlées par des capitaux européens, aussi bien en matière de gouvernance que de capital. Nous portons ce combat depuis 2023.
Au niveau européen, cela pose également la question de la définition de l’œuvre européenne. Aujourd’hui, il suffit qu’un producteur exécutif soit européen pour qu’une œuvre soit qualifiée d’européenne. Ce n’est pas satisfaisant : la maîtrise du copyright et de la production déléguée devrait aussi être européenne.
Le secteur semble plus que jamais être sur un fil. Partagez-vous ce constat ?
Je ne suis pas aussi pessimiste. Même si le système est contesté, il reste solide. Nous avons réussi à intégrer les plateformes dans notre écosystème. J’ai récemment participé à une audition à Bruxelles sur la révision de la directive SMA, face à la commissaire Virkkunen et à la DG Connect. Aux côtés de diffuseurs et de plateformes, personne n’a remis en cause ce modèle. Cela montre qu’il fonctionne aussi au niveau européen.
Je suis raisonnablement optimiste, même s’il reste des incertitudes à lever, notamment des recours qui devront être réglés par la justice ou la négociation. Mais il y a des principes sur lesquels nous ne céderons pas : l’aval finance l’amont, et plus on se rapproche de la fenêtre salle, plus la contribution au cinéma doit être forte.
Oui, il y a des menaces, notamment autour de l’audiovisuel public et du CNC, dans le contexte électoral à venir. Mais le système fonctionne. Le cinéma reste un art populaire qui s’exporte et rassemble les Français. Pourquoi casser une machine qui marche ?
La perspective de la présidentielle inquiète tout de même la filière.
La culture est aujourd’hui largement accaparée par l’extrême droite, et ce n’est pas normal. On entend trop peu les responsables politiques sur ces sujets. Lors des deux dernières présidentielles, la culture a quasiment été absente du débat public. Cela ne peut pas se reproduire l’année prochaine. Les responsables politiques devront prendre position.
Comment interprétez-vous l’accord conclu entre Prime Video et l’Arcom, conditionné à un accord avec le cinéma français d'ici à fin juillet ?
Je veux d’abord saluer le travail de l’Arcom, qui a permis cet accord avec Prime Video, ainsi que la volonté d’Amazon de s’insérer pleinement dans notre écosystème. Des discussions vont désormais s’ouvrir. Mais la question du calendrier n’est pas centrale : l’essentiel, ce sont les principes sur lesquels repose la négociation. Nous ne conclurons jamais un accord au détriment de ces principes.
Cette négociation ouvre également la porte au dossier de la nouvelle chronologie des médias. Où en êtes-vous ?
Nous n’avons pas encore parlé avec tout le monde, donc il est encore trop tôt pour être précis. Mais il existe une volonté commune d’aboutir à un accord plus durable sur la chronologie des médias. L’idée serait de passer d’un cadre de trois ans à cinq ans. Trois ans, c’est trop court : cela nous oblige à renégocier en permanence des équilibres complexes. Cette extension devra passer par la loi.
Lors des rencontres de L'ARP, l'UPC avait présenté une étude inédite sur le risque de plus en plus grand pris par un producteur sur un film. Quelles suites ont été données ?
Nous avons échangé avec les diffuseurs et le CNC pour partager ce constat. Nous réfléchissons aujourd’hui à plusieurs pistes, autour des accords de financement mais aussi d’une forme d’autorégulation du marché. Cette réflexion intervient alors que les gros budgets sont revenus dans le cinéma français. Ils sont peut-être aujourd’hui un peu trop nombreux, mais le marché se rééquilibrera peut-être avec les résultats en salles.
La situation est particulièrement sensible pour les films dits du milieu, avec un investissement en volume moindre de Canal+ et un engagement plus limité de Disney+.
On observe à la fois le respect de la diversité et une concentration sur les plus gros budgets. Il faut donc trouver des solutions collectives, car les films du milieu restent essentiels, aussi bien pour les entrées que pour les festivals. Mais je ne veux pas céder au catastrophisme. Nous avons des talents incroyables et des producteurs capables de prendre des risques. L’enjeu est que ce risque reste acceptable.
Selon vous, faut-il désormais réguler YouTube comme un diffuseur ?
C'est un sujet essentiel, que j’ai évoqué lors de mon audition à la Commission européenne. On ne peut pas considérer comme normal qu’un service comme YouTube soit absent du financement de la création et des obligations de diffusion. Ils se présentent eux-mêmes comme la première chaîne de France. Il existe une asymétrie qu’il faut corriger. Les outils existent déjà, au niveau européen comme français. Les autorités pourraient aller plus loin dans la régulation, voire dans la taxation de YouTube. C’est aussi une question de volonté politique.
Vous êtes également présent à Cannes pour présenter un film.
Tout à fait ! J'ai le plaisir de produire le film de Judith Godrèche, Mémoire de fille, adapté de l'ouvrage d'Annie Ernaux (Un certain Regard), aux côtés de Carole Lambert. Je tiens à souligner que Carole est la première productrice à avoir deux films en sélection officielle avec Sanguines.
Florian Krieg
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