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Cinéma

Cannes 2026 – July Jung réalisatrice de "Dora" : "J’avais envie de raconter cette histoire avec la voix de Dora"

Date de publication : 17/05/2026 - 10:00

Le premier long métrage de July Jung, A Girl at My Door , a été sélectionné au 67e Festival de Cannes à Un Certain Regard. Son deuxième long métrage, About Kim Sohee a assuré la clôture de la 61e Semaine de la Critique. Son troisième a été retenu par la Quinzaine des Cinéastes.

Dora est votre troisième long métrage. Un fil conducteur le relie-t-il à vos films précédents ?
Il est vrai que les personnages de mes trois films sont tous très seuls. Les éléments et les environnements qui rendent les gens solitaires, la manière dont des personnes seules se rencontrent et créent un lien, ou encore le processus qui les mène à un isolement total… Je me rends compte que je traite principalement du sentiment de solitude.

D'où vous est venue l'idée de réinterpréter Le cas Dora de Freud en l'adaptant au contexte coréen contemporain ? 
Je voulais, à ma manière, donner une fin à cette histoire, souvent considérée comme un échec chez Freud. Mais plutôt que de rester de son côté, j’avais envie de la raconter du point de vue de Dora, avec sa propre voix. Et puis, je voulais en faire quelqu’un de vivant, parmi nous. Comme je suis coréenne, le cadre s’est imposé assez naturellement en Corée du Sud, et on y retrouve l’air de la société d’aujourd’hui.

Comment s'est déroulé le processus d'écriture ? 
Cette fois aussi, j’ai écrit le film seule. Le tout début de l’écriture remonte à 2016. J’ai terminé une première version en 2019. Mais ensuite, je n’ai pas réussi à lancer la production pendant longtemps, et j’ai fini par laisser le projet de côté. Puis, en 2024, j’ai repris le scénario et j’ai rencontré ses producteurs actuels. C’est ainsi qu’en 2025, on est vraiment entrés en phase de préparation du tournage.

Sur quelles bases avez-vous constitué votre distribution ? 
Le rôle de Dora a été confié à Kim Do-yeon après un très long processus d’auditions. Ando Sakura, qui interprète Nami, est l’actrice qui a rendu possible cette transition du personnage vers une identité japonaise. Dans la première version du scénario, elle était coréenne, mais en y repensant, j’ai immédiatement imaginé Ando Sakura, et, presque comme par miracle, le personnage a pris forme dans son intégralité. Quant à Yeonsu, il est interprété par Song Sae-byeok. J’avais envie de retravailler avec lui depuis A Girl at My Door. En écrivant ce rôle à la fois complexe et difficile, je l’avais déjà en tête dès le début du casting.

Le film a été produit en Corée par Red Peter Films, en coproduction avec la France et le Luxembourg. Aviez-vous déjà travaillé avec eux auparavant ? 
Ce sont tous des producteurs avec qui je travaillais pour la première fois. Au départ, ce sont surtout des français qui ont commencé à se pencher sur mon projet. Au début, je me disais : pourquoi ils s’y intéressent alors que je fais un film coréen ? J’étais assez surprise. Mais ils ont lu le scénario avec beaucoup d’attention et ils ont vraiment eu envie de le faire avec moi. Et puis il y a aussi Lee Dong-ha de Red Peter Films, le seul producteur coréen à avoir compris ce projet que j’avais presque abandonné depuis 2019. C’est dommage de s’être rencontrés si tard, mais en même temps, cela a rendu notre lien encore plus fort.

Cherchiez-vous une ambiance ou une atmosphère particulière pour le tournage ?
Le tournage a eu lieu entre août et octobre 2025, dans des villages au bord de la mer et sur des îles du sud de la Corée, dans des grottes côté mer de l’Ouest, et aussi dans des maisons en Gyeonggi. Comme la nature joue un rôle très important pour les personnages, nous avons consacré beaucoup d’effort pour trouver des lieux qui correspondent à ce qui est décrit dans le scénario.

Avez-vous fait des choix particuliers de mise en scène, de découpage ? 
Le mouvement de caméra, qui gouverne l’ensemble du film, a été conçu comme l’expression d’une distance qui se réduit progressivement entre nous et le personnage. Pour cela, nous avons varié les positions de caméra — de loin à très près — ainsi que les choix d’objectifs, du téléobjectif jusqu’au gros plan. Au début, on observe Dora de loin, puis on se rapproche peu à peu, jusqu’à entrer dans son regard.

Des difficultés quelconques durant les prises de vues ? 
Sur le tournage, dans un petit village côtier paumé en Corée, il y avait une actrice japonaise et une équipe française. Quatre langues se mélangeaient en permanence, et chaque échange prenait facilement deux fois plus de temps que d’habitude. Et ce n’était pas seulement une question de temps : cela demandait une énergie énorme. Tout le monde était sous pression. Sans compter la chaleur écrasante de l’été coréen… cela mettait tout le monde encore plus à bout.

Combien de temps a duré le montage ? 
J’ai travaillé environ deux mois de manière intensive sur le montage. J’écris moi-même le scénario, et avant le tournage je fais un storyboard qui ressemble déjà presque à un premier montage. Ensuite, je reviens sur les rushes, je les regarde bien en détail, et je fais un premier montage à partir de ça. Puis, dans la deuxième phase, je cherche à affiner le rythme et la texture globale du film. Je pense aussi au son et à la musique… et je décide petit à petit ce que je coupe et ce que je veux mettre en avant.

Quand le film a-t-il été achevé ? 
J’ai terminé l’étalonnage final le 4 mai. Et j’ai pu voir la version finale projetée dans une salle de cinéma à Paris le 9 mai.

Qu'attendez-vous de cette sélection à la Quinzaine des Cinéastes ? 
Je crois que le film de Chantal Akerman que j’admire profondément, Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles, a été présenté pour la première fois à la Quinzaine des réalisateurs en 1975. Rien que ce fait rend déjà cette sélection et cette projection particulièrement honorables pour moi. Je suis vraiment heureux de présenter mon film en première à la Quinzaine, et de pouvoir yrencontrer un public libre et passionné.

Recueilli par Patrice Carré
© crédit photo : DR


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