
Cannes 2026 – Sarah Arnold réalisatrice de "L’espèce explosive" : "C’est une comédie romantique aux faux airs de polar, qui parle de pulsions et dans laquelle se baladent beaucoup de sangliers"
Date de publication : 17/05/2026 - 15:00
Sarah Arnold a déjà réalisé plusieurs films courts dont L’Effort commercial, présenté à Clermont-Ferrand ou il a reçu le Prix France TV du meilleur court métrage en 2021. L’espèce explosive qui est son premier long métrage a été retenu par la Quinzaine des Cinéastes.
Vous avez réalisé quatre courts et L’espèce explosive est votre premier long avec vos producteurs Helen Olive et Martin Bertier. Des étapes clés dans votre parcours ?
Quand j’ai rencontré Helen Olive par hasard dans un bar, elle était assistante de Claudie Ossard et n’avait pas de structure de production. C’est Karin Sitbon qui nous a accueillie chez Utopie Films, pour produire mon premier court-métrage Leçon de Ténèbres. Mais comme j’avais rencontré Martin Bertier aux Films du Poisson, lorsque je faisais un stage en production et que j’avais le souhait de travailler avec lui aussi, ils se sont associés à Karin Sitbon pour produire Totems, mon second court-métrage. Ce n’est qu’à partir de Parades, mon troisième court-métrage, qu’ils ont créé 5À7 Films. Chaque court-métrage et chaque prix reçu ont été des étapes majeures qui nous ont donné confiance et envie de continuer. La dernière étape clé en date étant l’obtention de l’avance sur recettes du CNC, qui a débloqué beaucoup de choses quant au financement de l’Espèce Explosive.
Qu’attendez-vous d’un producteur ?
Beaucoup ! Une collaboration artistique, de la transparence, du travail, de la communication, un soutien financier, un engagement, une entente politique, une relation d’amitié... Ce sont autant mes films que les leurs, nous les portons ensemble.
Un fil rouge entre vos courts et éventuellement L’espèce Explosive ?
Il y en a quelques-uns… Un intérêt pour la question politique, des personnages inaptes à vivre dans ce monde, l’envie de faire cohabiter tragique, comique, douceur et brutalité, une mise en scène qui s’éloigne du naturalisme…
D’où vous viennent les idées de films ?
Le décor, c’est souvent ce qui vient en premier. Avant d’avoir une histoire en tête, il y a des lieux ou des milieux que j’ai envie de filmer. J’ai besoin de poser une scène, comme au théâtre, sans laquelle je ne sais pas imaginer l’histoire. Ça vient sans doute du fait d’avoir grandi dans la Marne, un lieu où je ne voulais pas vivre, mais où j’ai tourné tous mes films. Ensuite il y a des éléments disparates, que j’appelle des piliers forts, qui portent en eux l’énigme dont il faut faire émerger le sens au scénario. Je prends les choses à l’envers, c’est pas très pratique !
Comment vous est venue celle de L’espèce Explosive ?
Je suis tombée sur un article qui parlait d’un conflit entre agriculteurs et chasseurs sur fond d’invasion de sangliers. D’un côté, il y avait les chasseurs, qui nourrissaient le gibier pour le maintenir dans le bois ; de l’autre, les agriculteurs aux champs dévastés, qui les tenaient pour responsables. J’ai eu envie de partir d’un contexte local pour évoquer une problématique plus globale, qui serait celle du profit que peut faire une minorité privilégiée, au détriment d’une majorité plus modeste. Le projet n'était donc pas de faire un film sur la chasse, mais d’évoquer les mécaniques de pouvoir et de prédation économique qui sous-tendent nos sociétés contemporaines.
Pouvez-vous pitcher L’espèce Explosive ?
C’est une comédie romantique aux faux airs de polar, qui parle de pulsions et dans laquelle se baladent beaucoup de sangliers.
Vous avez écrit avec plusieurs coscénaristes, Jérémie Dubois, Olivier Seror, Romain Winkler et Mehdi Ben Attia. Comment s’est déroulée l’écriture du film et qui a fait quoi ?
J’ai travaillé seule durant un an, fait des recherches, des entretiens, un traitement, puis j’ai rencontré Olivier Séror, fin connaisseur de films de genre. Il m’a aidé à dessiner les contours du polar et nous avons écrit plusieurs versions qui se terminaient par une sorte de chasse à l’homme. J’ai participé au Torino Script Lab sous le patronage de Nadja Dumouchel. Une très belle expérience. J’ai été à l’oral de l’avance, mais je l’ai ratée une première fois. Je cherchais le genre, mais je cherchais aussi quelque chose de féminin, une sorte de passage de relais entre les différents personnages, comme si chacun, à tour de rôle, pouvaient devenir le personnage principal. C’est ce à quoi nous avons travaillé avec Romain Winkler, un ami réalisateur avec qui j’ai fait mes études à l’Ensav de Toulouse. Dans ces nouvelles versions, le film se terminait avec le personnage de la psy, qui faisait une sorte de hold-up du film, en prenant la place du personnage principal. J’ai raté l’avance une deuxième fois. Nous avons participé au Full Circle Lab créé par Matthieu Darras et au forum de coproduction de la Berlinale. J’ai ensuite collaboré avec Mehdi Ben Attia, que je rêvais de rencontrer et dont j’aime les films. Mais le temps qui nous était donné étant assez court, nous ne sommes pas parvenus à débloquer le film, qui se finissait à l’époque par une grande manifestation. Finalement, j’ai rencontré Jérémie Dubois, qui m’a obligé à tout remettre à plat, à tout requestionner pour clarifier ce dont le film parlait. La trajectoire et les mouvements émotionnels des personnages sont devenus plus clairs. Cela nous a amené à réécrire une grande partie des dialogues. Nous avons travaillé deux ans et avons fait deux consultations avec Philippe Barrière. J’ai beaucoup appris et nous avons fini par obtenir l’avance.
Qui est venu en premier pour votre casting ?
C’est Jean-Louis Coulloc’h qui m’a inspiré le personnage de Brun, j’ai écrit pour lui. C’est un acteur extrêmement sensible. Son corps est une caisse de résonance qui vibre au gré de ses émotions et son visage à la Marlon Brando m’évoque un cinéma d’un autre temps.
J’ai rencontré Alexis Manenti à la résidence Émergence qui nous a permis de réaliser deux scènes du film et tester des idées de mise en scène. J’étais contente du résultat, c’est un grand acteur. Il a ce plaisir de la provocation que je cherchais. Une carapace de bad boy qu’il devait fendre, pour laisser voir sa sensibilité. Et puis Alexis est corse de par son père, ça aussi ça me plaisait.
Avec François Guignard, mon directeur de casting, on a travaillé longtemps pour construire toute la galerie de personnages du film. Ça a été un travail minutieux et passionnant. Il m’a parlé d’Ella Rumpf. J’ai senti qu’elle était intéressée par la question de l’engagement et de la voix qu’on porte lorsqu’on fait un film. J’ai vu en elle quelqu’un d’un peu farouche et droit dans ses bottes… Ça m’a plu parce que ça rejoignait son personnage. Tout comme je suis suisse et italienne résidant en France, Ella, est suisse et française. Nous nous retrouvions sur cette sensation ténue de ne pas savoir tout à fait à quel pays on appartient et qui laisse paradoxalement aussi une certaine liberté. Enfin, j’aimais son côté masculin, car il s’agissait de travailler son personnage comme un homme et à l’inverse, celui de Fulda comme une femme.
Vincent Dedienne nous a semblé être la personne idéale pour représenter cette masculinité alpha flanquée d’un complexe d’infériorité, car il est tout l’inverse. Vincent est fin, sensible, intelligent, et je me suis dit qu’il saurait s’emparer de ce rôle avec humour pour constituer un duo savoureux aux côtés d’Alexis Manenti.
Alain est tout ce que Brun n’est pas. Pour l’incarner, il fallait une sorte de soleil qui puisse susciter le désir chez Brun. Quelqu’un de très vivant, bruyant, sûr de lui et vindicatif. Pascal Rénéric vient du théâtre, il a l’amour du risque et c’était beau de le voir sauter dans une scène sans savoir tout à fait comment on allait atterrir.
Pour ce qui est de Marchal, le chef de la gendarmerie, on s’est vite dit avec François Guignard qu’il fallait faire un pas de côté pour ne pas tomber dans la caricature de la figure du chef. J’ai été troublée lorsque je me suis rendu compte que Bertrand Belin avait un jeu, un ton et un phrasé qui correspondaient en tout point à la musique des dialogues que nous avions écrits. Son regard d’aigle insondable était exactement ce qui fallait pour incarner l’ambiguïté de Marchal.
Est-ce que vous cherchiez une ambiance, une atmosphère particulière ?
On a tourné de mi-septembre à fin octobre en Argonne, au croisement entre le département de la Marne, des Ardennes et de la Meuse. Dans le musée Guerre et Paix de Novion Porcien et dans la ville de Charleville-Mézières. Nous avions deux pôles de tournages. Je cherchais une ambiance un peu western, des habitations vétustes, s’enfoncer dans la campagne loin de tout. Pas très pratique pour la régie !
Avez-vous une méthode de travail spécifique ?
Non, je n’ai pas de méthode spécifique. Je me prépare beaucoup et j’ai toujours l’impression de ne pas être prête. J’ai besoin d’anticiper pour me sentir calme. En juillet, nous sommes partis deux semaines sur les décors avec Noé Bach (le chef opérateur) et des doublures, pour décider du découpage. Ensuite, lors du tournage, nous avons appliqué ce découpage tel quel, à quelques rares exceptions près. C’était une proposition de Noé, je n’avais jamais fait ça. Ça m’a beaucoup plu parce que ça m’a libéré la tête pour les comédiens sur le tournage. On savait toujours ce qu’on allait faire. En août, j’ai eu environ deux semaines de répétitions avec les acteurs et actrices (dont l’une était non professionnelle) pour travailler certaines scènes.
Des difficultés particulières pendant le tournage ?
La boue ! On a commencé par une nuit, sous une grosse pluie, avec une grue. Les engins se sont embourbés, il a fallu les sortir au tracteur. Par la suite, d’autres camions ont glissé dans des ornières, on a aussi eu quelques pannes sur de vieux véhicules de jeu… Mais à part ça, et malgré un grand nombre de décors, c’est un tournage qui s’est bien passé, grâce à la super équipe régie de Juliette Hubert, à celle de Guillaume Huin, mon premier assistant, à l’équipe image et notamment au chef machiniste François Diard et au chef électricien Tom Porte et là a rigueur de Ludovic Leiba, notre directeur de production. Ça a aussi été un plaisir de travailler avec Gaelle Usandivaras, Simon Jerez et l’équipe déco qui était super. J’ai adoré ce tournage. J’ai vu beaucoup de communication et de collaboration entre les équipes. C’était beau à voir.
Combien de temps a duré le montage ?
Le montage avec Isabelle Manquillet a duré environ 5 mois et demi. J’ai été surprise par la vivacité de la deuxième partie. J’imaginais Fulda plus sombre, mais la comédie, avec Vincent Dedienne et ces gendarmes un peu simplets, rendaient le film plus lumineux que ce que j’avais imaginé. Nous avons eu du mal à trouver l’entrée dans le film. Ça résistait. La partie sur Brun représentait environ 20 pages au scénario. Je voulais vraiment que le film donne à Brun la place de personnage principal et que celui-ci disparaisse brutalement. Or, juxtaposer cette partie tragique avec la partie plus comique qui venait ensuite était ardu. On a fini par couper et le fim a trouvé son équilibre.
Quand le film a-t-il été achevé ?
Le DCP a été prêt trois jours avant la projection du 17 mai à la Quinzaine des Cinéastes.
Qu'attendez-vous de cette sélection ?
La Quinzaine est un merveilleux endroit ! Ça me plait que ce soit une section non compétitive. Je n’ai jamais été à Cannes, j’ai hâte de découvrir et j’espère avoir le temps de rencontrer d’autres réalisateurs et réalisatrices.
Quand j’ai rencontré Helen Olive par hasard dans un bar, elle était assistante de Claudie Ossard et n’avait pas de structure de production. C’est Karin Sitbon qui nous a accueillie chez Utopie Films, pour produire mon premier court-métrage Leçon de Ténèbres. Mais comme j’avais rencontré Martin Bertier aux Films du Poisson, lorsque je faisais un stage en production et que j’avais le souhait de travailler avec lui aussi, ils se sont associés à Karin Sitbon pour produire Totems, mon second court-métrage. Ce n’est qu’à partir de Parades, mon troisième court-métrage, qu’ils ont créé 5À7 Films. Chaque court-métrage et chaque prix reçu ont été des étapes majeures qui nous ont donné confiance et envie de continuer. La dernière étape clé en date étant l’obtention de l’avance sur recettes du CNC, qui a débloqué beaucoup de choses quant au financement de l’Espèce Explosive.
Qu’attendez-vous d’un producteur ?
Beaucoup ! Une collaboration artistique, de la transparence, du travail, de la communication, un soutien financier, un engagement, une entente politique, une relation d’amitié... Ce sont autant mes films que les leurs, nous les portons ensemble.
Un fil rouge entre vos courts et éventuellement L’espèce Explosive ?
Il y en a quelques-uns… Un intérêt pour la question politique, des personnages inaptes à vivre dans ce monde, l’envie de faire cohabiter tragique, comique, douceur et brutalité, une mise en scène qui s’éloigne du naturalisme…
D’où vous viennent les idées de films ?
Le décor, c’est souvent ce qui vient en premier. Avant d’avoir une histoire en tête, il y a des lieux ou des milieux que j’ai envie de filmer. J’ai besoin de poser une scène, comme au théâtre, sans laquelle je ne sais pas imaginer l’histoire. Ça vient sans doute du fait d’avoir grandi dans la Marne, un lieu où je ne voulais pas vivre, mais où j’ai tourné tous mes films. Ensuite il y a des éléments disparates, que j’appelle des piliers forts, qui portent en eux l’énigme dont il faut faire émerger le sens au scénario. Je prends les choses à l’envers, c’est pas très pratique !
Comment vous est venue celle de L’espèce Explosive ?
Je suis tombée sur un article qui parlait d’un conflit entre agriculteurs et chasseurs sur fond d’invasion de sangliers. D’un côté, il y avait les chasseurs, qui nourrissaient le gibier pour le maintenir dans le bois ; de l’autre, les agriculteurs aux champs dévastés, qui les tenaient pour responsables. J’ai eu envie de partir d’un contexte local pour évoquer une problématique plus globale, qui serait celle du profit que peut faire une minorité privilégiée, au détriment d’une majorité plus modeste. Le projet n'était donc pas de faire un film sur la chasse, mais d’évoquer les mécaniques de pouvoir et de prédation économique qui sous-tendent nos sociétés contemporaines.
Pouvez-vous pitcher L’espèce Explosive ?
C’est une comédie romantique aux faux airs de polar, qui parle de pulsions et dans laquelle se baladent beaucoup de sangliers.
Vous avez écrit avec plusieurs coscénaristes, Jérémie Dubois, Olivier Seror, Romain Winkler et Mehdi Ben Attia. Comment s’est déroulée l’écriture du film et qui a fait quoi ?
J’ai travaillé seule durant un an, fait des recherches, des entretiens, un traitement, puis j’ai rencontré Olivier Séror, fin connaisseur de films de genre. Il m’a aidé à dessiner les contours du polar et nous avons écrit plusieurs versions qui se terminaient par une sorte de chasse à l’homme. J’ai participé au Torino Script Lab sous le patronage de Nadja Dumouchel. Une très belle expérience. J’ai été à l’oral de l’avance, mais je l’ai ratée une première fois. Je cherchais le genre, mais je cherchais aussi quelque chose de féminin, une sorte de passage de relais entre les différents personnages, comme si chacun, à tour de rôle, pouvaient devenir le personnage principal. C’est ce à quoi nous avons travaillé avec Romain Winkler, un ami réalisateur avec qui j’ai fait mes études à l’Ensav de Toulouse. Dans ces nouvelles versions, le film se terminait avec le personnage de la psy, qui faisait une sorte de hold-up du film, en prenant la place du personnage principal. J’ai raté l’avance une deuxième fois. Nous avons participé au Full Circle Lab créé par Matthieu Darras et au forum de coproduction de la Berlinale. J’ai ensuite collaboré avec Mehdi Ben Attia, que je rêvais de rencontrer et dont j’aime les films. Mais le temps qui nous était donné étant assez court, nous ne sommes pas parvenus à débloquer le film, qui se finissait à l’époque par une grande manifestation. Finalement, j’ai rencontré Jérémie Dubois, qui m’a obligé à tout remettre à plat, à tout requestionner pour clarifier ce dont le film parlait. La trajectoire et les mouvements émotionnels des personnages sont devenus plus clairs. Cela nous a amené à réécrire une grande partie des dialogues. Nous avons travaillé deux ans et avons fait deux consultations avec Philippe Barrière. J’ai beaucoup appris et nous avons fini par obtenir l’avance.
Qui est venu en premier pour votre casting ?
C’est Jean-Louis Coulloc’h qui m’a inspiré le personnage de Brun, j’ai écrit pour lui. C’est un acteur extrêmement sensible. Son corps est une caisse de résonance qui vibre au gré de ses émotions et son visage à la Marlon Brando m’évoque un cinéma d’un autre temps.
J’ai rencontré Alexis Manenti à la résidence Émergence qui nous a permis de réaliser deux scènes du film et tester des idées de mise en scène. J’étais contente du résultat, c’est un grand acteur. Il a ce plaisir de la provocation que je cherchais. Une carapace de bad boy qu’il devait fendre, pour laisser voir sa sensibilité. Et puis Alexis est corse de par son père, ça aussi ça me plaisait.
Avec François Guignard, mon directeur de casting, on a travaillé longtemps pour construire toute la galerie de personnages du film. Ça a été un travail minutieux et passionnant. Il m’a parlé d’Ella Rumpf. J’ai senti qu’elle était intéressée par la question de l’engagement et de la voix qu’on porte lorsqu’on fait un film. J’ai vu en elle quelqu’un d’un peu farouche et droit dans ses bottes… Ça m’a plu parce que ça rejoignait son personnage. Tout comme je suis suisse et italienne résidant en France, Ella, est suisse et française. Nous nous retrouvions sur cette sensation ténue de ne pas savoir tout à fait à quel pays on appartient et qui laisse paradoxalement aussi une certaine liberté. Enfin, j’aimais son côté masculin, car il s’agissait de travailler son personnage comme un homme et à l’inverse, celui de Fulda comme une femme.
Vincent Dedienne nous a semblé être la personne idéale pour représenter cette masculinité alpha flanquée d’un complexe d’infériorité, car il est tout l’inverse. Vincent est fin, sensible, intelligent, et je me suis dit qu’il saurait s’emparer de ce rôle avec humour pour constituer un duo savoureux aux côtés d’Alexis Manenti.
Alain est tout ce que Brun n’est pas. Pour l’incarner, il fallait une sorte de soleil qui puisse susciter le désir chez Brun. Quelqu’un de très vivant, bruyant, sûr de lui et vindicatif. Pascal Rénéric vient du théâtre, il a l’amour du risque et c’était beau de le voir sauter dans une scène sans savoir tout à fait comment on allait atterrir.
Pour ce qui est de Marchal, le chef de la gendarmerie, on s’est vite dit avec François Guignard qu’il fallait faire un pas de côté pour ne pas tomber dans la caricature de la figure du chef. J’ai été troublée lorsque je me suis rendu compte que Bertrand Belin avait un jeu, un ton et un phrasé qui correspondaient en tout point à la musique des dialogues que nous avions écrits. Son regard d’aigle insondable était exactement ce qui fallait pour incarner l’ambiguïté de Marchal.
Est-ce que vous cherchiez une ambiance, une atmosphère particulière ?
On a tourné de mi-septembre à fin octobre en Argonne, au croisement entre le département de la Marne, des Ardennes et de la Meuse. Dans le musée Guerre et Paix de Novion Porcien et dans la ville de Charleville-Mézières. Nous avions deux pôles de tournages. Je cherchais une ambiance un peu western, des habitations vétustes, s’enfoncer dans la campagne loin de tout. Pas très pratique pour la régie !
Avez-vous une méthode de travail spécifique ?
Non, je n’ai pas de méthode spécifique. Je me prépare beaucoup et j’ai toujours l’impression de ne pas être prête. J’ai besoin d’anticiper pour me sentir calme. En juillet, nous sommes partis deux semaines sur les décors avec Noé Bach (le chef opérateur) et des doublures, pour décider du découpage. Ensuite, lors du tournage, nous avons appliqué ce découpage tel quel, à quelques rares exceptions près. C’était une proposition de Noé, je n’avais jamais fait ça. Ça m’a beaucoup plu parce que ça m’a libéré la tête pour les comédiens sur le tournage. On savait toujours ce qu’on allait faire. En août, j’ai eu environ deux semaines de répétitions avec les acteurs et actrices (dont l’une était non professionnelle) pour travailler certaines scènes.
Des difficultés particulières pendant le tournage ?
La boue ! On a commencé par une nuit, sous une grosse pluie, avec une grue. Les engins se sont embourbés, il a fallu les sortir au tracteur. Par la suite, d’autres camions ont glissé dans des ornières, on a aussi eu quelques pannes sur de vieux véhicules de jeu… Mais à part ça, et malgré un grand nombre de décors, c’est un tournage qui s’est bien passé, grâce à la super équipe régie de Juliette Hubert, à celle de Guillaume Huin, mon premier assistant, à l’équipe image et notamment au chef machiniste François Diard et au chef électricien Tom Porte et là a rigueur de Ludovic Leiba, notre directeur de production. Ça a aussi été un plaisir de travailler avec Gaelle Usandivaras, Simon Jerez et l’équipe déco qui était super. J’ai adoré ce tournage. J’ai vu beaucoup de communication et de collaboration entre les équipes. C’était beau à voir.
Combien de temps a duré le montage ?
Le montage avec Isabelle Manquillet a duré environ 5 mois et demi. J’ai été surprise par la vivacité de la deuxième partie. J’imaginais Fulda plus sombre, mais la comédie, avec Vincent Dedienne et ces gendarmes un peu simplets, rendaient le film plus lumineux que ce que j’avais imaginé. Nous avons eu du mal à trouver l’entrée dans le film. Ça résistait. La partie sur Brun représentait environ 20 pages au scénario. Je voulais vraiment que le film donne à Brun la place de personnage principal et que celui-ci disparaisse brutalement. Or, juxtaposer cette partie tragique avec la partie plus comique qui venait ensuite était ardu. On a fini par couper et le fim a trouvé son équilibre.
Quand le film a-t-il été achevé ?
Le DCP a été prêt trois jours avant la projection du 17 mai à la Quinzaine des Cinéastes.
Qu'attendez-vous de cette sélection ?
La Quinzaine est un merveilleux endroit ! Ça me plait que ce soit une section non compétitive. Je n’ai jamais été à Cannes, j’ai hâte de découvrir et j’espère avoir le temps de rencontrer d’autres réalisateurs et réalisatrices.
Recueilli par Patrice Carré
© crédit photo : DR
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