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Court métrage : les clichés ont la vie dure

Le court métrage n’échappe pas aux idées reçues même si son image de marque change d’année en année. Mise au point sur sa visibilité, son identité et sa diversité, à l’occasion du 26e Festival de Clermont-Ferrand qui se tiendra du 30 janvier au 7 février.

 
Sergio, de Camille Clavel (Sotavento).
“A vant il y avait des courts métrages qui précédaient le grand film. Maintenant il n’y a plus que les festivals pour en projeter ou alors on les voit très tard à la télévision.” Avouez que vous êtes “dans le court métrage” et vous subirez automatiquement cette réflexion, que ce soit à l’issue d’une projection ou d’un débat, dans un dîner en ville ou même dans le taxi qui vous ramène chez vous. Le court n’est plus ringard, il a même la cote, mais le cliché reste récurrent.

Avant c’était mieux ?
Pour Didier Kiner, responsable du pôle diffusion de l’Agence du court métrage :
“Avant c’était mieux ? J’y croirai le jour ou quelqu’un sera capable de me fournir des informations qualitatives et quantitatives fiables.” Producteur établi en Bretagne, Jean-François Lecorre (Vivement lundi) a des souvenirs précis de “l’ancien temps. J’ai 38 ans et ma mémoire du cinéma, d’enfant ou adolescent n’a gardé que peu de traces de courts avant les longs. Il me faut citer Le vin vif de Touraine, ce film institutionnel qui hantait les premières parties de programmes à la fin des années 70. De 1980 à 1986, j’ai pu voir trois à quatre films par semaine dans de grandes villes cinéphiles comme Brest ou Rennes, sans découvrir le moindre film court en avant-programme.” Il existe donc un mythe qui laisserait à penser que le court était autrefois fréquent dans les salles. “C’est le grand poncif, la tarte à la crème par excellence!”, renchérit Pascale Faure, responsable éditoriale des programmes courts de Canal+. “Comme s’il y avait eu un âge d’or du court métrage, un jardin d’Eden d’où on nous a viré ! Le court avant le long, c’était surtout des films de villes jumelées tournés par la femme du maire, des courts métrages sur la fabrication des soldats de plomb ou encore des dessins animés de recherche projetés dans une salle éclairée !”

Spectateur de court = spectateur actif
Pour Richard Turco, directeur du pôle image Haute-Normandie. “Le débat est stérile. La réalité se trouve plutôt dans l’évolution des modes de diffusion et de consommation du court. Oui, les films sont diffusés mais ils ne répondent plus à un mode de consommation passif – et inattentif – du spectateur. Aujourd’hui, voir du court procède d’un mode actif, d’une volonté et d’une recherche de réels contenus.” Car si on peut toujours voir des courts métrages avant certains longs, notamment dans les salles affiliées au Radi (Réseau alternatif de diffusion de l’Agence du court métrage), ou chez MK2, ce n’est plus le mode de diffusion majoritaire. “Cela sous-entend que l’on ne parle que de films susceptibles d’être montrés en première partie de programme, c’est-à-dire de moins de 10 ou 15 minutes”, souligne Philippe Germain, délégué général de l’Agence. “Les courts métrages durent jusqu’à 59’. Si l’on considère que le court n’est bon que pour la première partie de programme, que faire de tous les films entre 15 et 59’? La diffusion avant le long n’est qu’un des moyens de montrer les films courts. Ce n’est pas le seul. La première partie a du bon car elle permet de toucher un public qui ne se serait pas déplacé pour le court métrage. En même temps, si le public n’est pas préparé, il y a le risque qu’il ne prête pas au film l’attention qu’il mérite. D’où l’importance de qualifier le travail des salles qui passent des courts avant les longs.” En revanche, on voit de plus en plus de films courts sur grand écran, sous forme de programmes complets ou de soirées du court organisées par diverses associations. On citera, au passage, quelques programmes thématiques comme Amour tout court sorti le 12 février, ou encore Zéro/un distribué par EuropaCorp. au moment de la Fête du cinéma. On rendra aussi justice au travail des Lutins en rappelant le succès grandissant de leur Tour de France dans les cinémas Pathé et Gaumont, certaines séances faisant le plein, devant certains blockbusters du moment. On peut aussi voir, sur Paris, des séances de courts au Balzac et, depuis peu, à l’Espace Cardin.

Autre initiative, celle de MK2 qui a choisi de programmer en séance unique, mais quotidienne, L’homme sans tête de Juan Solanas (prix spécial du jury à Cannes). Sorti le 18 décembre au MK2 Bibliothèque, le film, toujours en exploitation, a attiré plus de 1 000 spectateurs en quatre semaines et l’expérience sera reconduite. La vie des courts n’étant plus liée à un calendrier d’actualité de sorties, leur exploitation peut s’installer sur la durée. Nombre d’entre eux sont mieux vus que certains longs métrages. On citera le film de Souad El Bouhati, Salam, certes Grand Prix de Clermont et César du meilleur court, mais dont le sujet ne peut pas être qualifié de “facile”, et qui a été vu par plus de 100 000 spectateurs à ce jour. Travailler sur le court suppose de la détermination et de la constance, payantes à long terme. L’expérience de la salle de cinéma de Paris entièrement dédiée au court, le Cinéalternative, n’aura malheureusement duré que 18 mois, faute d’un soutien financier spécifique immédiat. Pourtant, le court attire beaucoup sur son aspect événementiel, d’où le succès croissant des soirées et festivals, qui vient d’amener à la rédaction d’une charte pour d’autodiscipliner le secteur.

Vendredi 13 février 2004

 

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