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DÉJEUNERS
DU FILM FRANCAIS
Ce mois-ci, Le film français a invité
au Flora Danica, pour son déjeuner mensuel, les réalisateurs
Bernard Rapp pour Un petit jeu sans conséquence, Ismaël
Ferroukhi pour Le grand voyage (à laffiche depuis le
24 novembre) et Pierre Erwan Guillaume pour son polar Lennemi
naturel ainsi que les comédiens Éric et Ramzy, deux
des interprètes des Dalton.
Ismaël Ferroukhi
Comment est né le projet du Grand voyage qui vous a mené
de la France à La Mecque ?
Je portais ce projet depuis plus de dix ans. Linspiration
mest venue de mon père qui a fait son pèlerinage
à La Mecque en voiture quand jétais plus jeune.
Et comme je voulais aussi aborder le thème de lincommunicabilité
entre un père et son fils, jai pensé inscrire
cette relation dans un trajet à La Mecque. Il sagissait
de confronter deux personnes dans un lieu unique, et quoi de mieux
quun voyage de 5 000 km en voiture.
Le film a-t-il été difficile à monter ?
La rencontre avec Humbert Balsan a été déterminante.
Jai mis quatre ans pour trouver un producteur, jai dû
me battre comme un forcené car je sentais que ce film était
une nécessité pour moi. Si je navais pas pu
le faire, jaurais arrêté le cinéma.
Comment sest déroulée la préparation
?
Je suis parti en repérage depuis Paris, à travers
lItalie, la Slovénie, la Croatie, la Serbie, la Bulgarie,
la Turquie, la Syrie et la Jordanie. Je voulais mimprégner
des paysages pour mieux les oublier pendant le tournage.
Nicolas Cazalé et Mohamed Majd sont épatants de
naturel. Comment les avez-vous sélectionnés ?
Jai rencontré Nicolas avant quil soit connu.
Pendant cinq ans, jai pensé à lui pour le rôle
du fils. Jai fait tout de même un casting avant le tournage,
mais je pensais sans cesse à Nicolas qui mest apparu
comme une évidence. Je suis allé au Maroc pour trouver
Mohamed. Je nai vu quun seul comédien là-bas.
Je ne lavais jamais vu jouer, mais jai apprécié
lhomme quil était. Je les ai fait ensuite se
rencontrer et jai tout de suite su que ça marcherait
entre eux. Pour moi, je tenais mon film à ce moment-là.
Le tournage a-t-il été difficile ?
Ce fut très dur, à tel point que lon se
demandait chaque jour si lon tournerait le lendemain. Certaines
scènes ont été réalisées sans
autorisation. Je me souviens que nous sommes arrivés en Serbie
au moment où la frontière venait de fermer, nous avons
dû passer par des moyens détournés pour entrer
dans le pays. En fait, lenvie de faire ce film était
tellement forte quelle a balayé tous les obstacles.
La fin du film se déroule à La Mecque. Comment
êtes-vous parvenu à tourner dans un lieu saint comme
celui-ci ?
Jai obtenu une autorisation du consulat saoudien qui
ma permis davoir un visa et denvoyer du matériel
sur place. Je savais que cétait peut-être la
seule fois de ma vie que je me rendrais à La Mecque. Jai
dailleurs commencé le tournage là-bas. Je me
disais que si jy arrivais, rien ne pourrait plus marrêter.
Je voulais que les spectateurs puissent ressentir lémotion
du pèlerinage, jai donc filmé au milieu de la
foule avec ma caméra. Je me suis fondu au milieu des pèlerins
et aucun dentre eux ne ma jamais posé de questions
sur ce que je faisais.
Le grand voyage a été primé au Festival
de Venise. Cétait laboutissement de cette aventure
Venise fut un grand moment. Jai été très
ému par les réactions du public.
Quel a été leffet de ce prix sur votre carrière
?
Le prix na pas aidé à faire parler du film,
et je le regrette. Les médias nont pas ou peu relayé
ce qui sétait passé à Venise. En revanche,
ce prix peut maider à monter plus facilement mon prochain
projet.
Justement, quels sont vos projets ?
Jai quelque chose en tête, mais rien de précis.
Pour le moment, jai surtout envie daller au bout du
Grand voyage.
Propos recueillis par Anthony Bobeau
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